
La nouvelle loi rend obligatoire le recours à une convention pour les dons réalisés entre un distributeur de denrées alimentaires et une association caritative. Selon bon nombre d’associations, l’idée est séduisante, mais la pratique est plus compliquée à mettre en place.
Depuis son installation à Uzerche il y a quatre ans, Intermarché et les Restos du cœur ont signé une convention qui permet à la grande surface de faire des dons trois fois par semaine en campagne d’hiver. Et oui, car ce type d’accord était déjà possible avant la loi… C’est l’association caritative qui fait le choix des produits qu’elle souhaite récupérer parmi ceux mis de coté par le supermarché. Une responsable de rayon nous précise qu’il leur reste quand même les produits frais proches de la DLC car d’une part les Restos ne veulent pas prendre de risque et puis leur bénéficiaires n’en veulent pas quand c’est trop prêt de la date. Pour autant, comme dans de nombreux magasins, les produits frais invendus ne sont toujours pas donnés aux salariés, ceux-là même qui finissent par les balancer à la benne sans prendre le temps de les trier.
Car pour le moment à Uzerche seul les Restos du cœur ont conventionné avec une grande surface et il reste encore de nombreux invendus à donner. Et comme la Corrèze est une grande amatrice de supermarchés, les autres supermarchés du quartier peinent à trouver d’autres structures à qui remettre leurs invendus. Il faut dire qu’ils ont tout à y gagner : moins de poubelle, une image de marque redorée, et enfin et surtout une réduction d’impôt, car comme tous les dons en nature fait par une entreprise, il est défiscalisable. Cet hiver, Super U a fait un appel du pied à un groupe de personnes qui avait commencé à s’organiser pour récupérer ces invendus. L’idée était de redistribuer à qui était intéressé, pas forcément dans le besoin. La démarche est plus militante que caritative. Le but est avant tout de limiter le gaspillage. Les membres de ce groupe étaient déjà glaneurs de poubelles auparavant et voyait dans la loi la possibilité de récupérer dans de meilleures conditions. Cependant celle-ci stipule que les grandes surfaces doivent passer des conventions avec des associations caritatives habilitées 1. Pour cela il faut mettre en place un système de stockage des denrées qui respecte les mesures d’hygiène et être en capacité de fournir des éléments chiffrés quand à la quantité de denrées distribuées et le nombre de personnes et foyers bénéficiaires.
Cela limite complètement l’action au contexte de l’aide alimentaire auprès des personnes les plus démunies. Et quand bien même, pour les Secours populaires et autres Banques alimentaires, pouvoir bénéficier de dons supplémentaires via les invendus des magasins signifie une logistique plus importante (bénévoles, frigo, espace de stockage). Enfin rappelons que les grandes surfaces ne sont pas vraiment obligés de donner leurs invendus. Ils en ont l’obligation uniquement si des structures habilitées se portent volontaires pour récupérer les produits.
Ce n’est pas demain la veille que la petite association de quartier ou un collectif militant pourra récupérer les invendus-non-donnés-aux-pauvres pour les distribuer sous forme de panier, pour faire des repas conviviaux entre voisins, alimenter le compost ou nourrir ses lions.
1; association caritative habilitée en application de l’article L. 230-6 du code rural et de la pêche maritime,
Des chiffres:
Chaque année, la France gaspille près de 10 millions de tonnes de produits alimentaires, soit 317 kg par secondes. Sur ces 10 millions de tonnes, plus de 1,2 concerne de la nourriture encore consommable, soit près de 20 kg par Français et par an.
Près de chez nous
Sans opportunisme, mais par conviction, la Biocoop de Malemort peut afficher le zéro gaspillage. Le gérant, Emmanuel Roche, nous affirme qu’aucun déchet alimentaire ne part à la poubelle. Mais que deviennent les invendus, les produits périmés ? Emmanuel a plusieurs solutions sous le coude. Quand les produits sont proches de la péremption, ils sont offerts aux clients. Ceux-ci peuvent se servir dans une boite disposée près de la caisse. Quand cela est possible, certains invendus sont proposés au cuisinier du Battement d’ailes, centre agro-écologique et culturel à Cornil (on enlève le reste de la phase : répétition de dispose) Tout ça sans besoin de convention et autres valorisations fiscales. Toujours par conviction. Enfin, si vraiment c’est trop gaté, ça part aux cochons chez un producteur de porc en plein air.
Comme quoi…
Plus loin :
Les Gars’pilleurs est un mouvement libre et ouvert, dénonçant les aberrations de l’agroalimentaire en sensibilisant et en distribuant gratuitement sur la voie publique, à tous et toutes, des denrées jetées par les supermarchés, boulangeries, commerces, etc.



