
L’été, j’aime bien me baigner dans les lacs ou les étangs ; j’ai toujours serviette et maillot de bain dans la voiture et, tous les soirs, après le boulot, je file me faire une pause baignade. Facile, autour de chez moi, c’est truffé de plans d’eau.
Mais l’autre jour, en partant au boulot, j’avise une affiche quatre par trois qui vante le lac du Causse (l’un d’entre eux), affiche sur laquelle on voit une jeune fille de dos sur une sorte de planche, pagaie à la main, barrée du slogan : « Ce n’est pas un lac, c’est une salle de sports ! »
Alors comme ça, pour vanter un lac dans lequel on peut à loisir se rafraîchir le soir, faire des longueurs, ou tout bêtement des ploufs, au bord duquel on peut se rouler dans l’herbe, faire des poutous, faire chier les grillons en leur grattant le cul avec une paille pour les faire sortir de leur trou, balancer des cailloux pour faire des ronds dans l’eau ou des ricochets mais je suis nul en ricochets, autour duquel on peut gambader, marcher, pédaler, flâner, glander, alors donc, pour donner envie d’y aller, ça suffirait pas de dire que c’est un chouette lac tranquille avec de l’eau dedans, non, faudrait trouver mieux. Et c’est quoi mieux dans la tête du décérébré en charge de la communication du lac de Causse ? Mieux, c’est une salle de sports ! Ce qui le fait rêver ce crétin, c’est les salles de sports, et il imagine dans sa petite tête d’imbécile heureux que c’est pareil pour tout le monde, forcément. Mais dis donc espèce de pervers, t’as été dispensé d’EPS pendant toute ta scolarité au point que ça t’a frustré le bulbe pour penser une minute que tout le monde rêve de passer l’été dans une salle de sports ? Et bien non, figure-toi, sportif de mes deux, qu’il y a des gens comme moi qui aspirent à autre chose, des gens comme moi qui aiment bien nager entre les roseaux pour faire chier les grenouilles, quitte à être dérangé parfois par un serpent d’eau, curieux, qui se demande qui est cet hippopotame maladroit qui gesticule dans son milieu naturel, des gens comme moi qui aiment bien la sensation des orteils dans la vase, entouré de têtards, des gens comme moi qui regardent les éclosions de libellules ou les brochets qui chassent l’alevin, des gens comme moi qui aiment bien sentir cette odeur de terre, d’humide et d’orage, le cheveux gras dans les eaux troubles.
Et l’autre qui résume son lac à une salle de sports! Une salle de sports, ça sent la transpiration, les pieds, les crèmes, les produits, le Redbull, les conseils des coaches personnalisés, ça sent les chronos, les électro-cardio-pneumo-fréquence-mètres, les douches collectives, la concurrence, la compétition, ça sent le lycra fluo, les bandeaux de têtes, les beaux gosses musclés aux ultra-violets qui roucoulent devant des pétasses pareilles. Une salle de sports, ça sent l’effort, le laborieux, le tenace, le grimaçant, le frustré, la douleur, le travail, quoi ! Tout l’inverse de l’idée que je me fais d’un lac.
Et puis d’abord, c’est quoi cette idée de communiquer sur les lacs dans lesquels il m’est agréable de faire trempette ? Qu’est-ce que tu cherches exactement avec tes affiches quatre par trois, tu veux vraiment faire changer d’avis les vacanciers qui s’entassent sur les plages de la Méditerranée, tu veux prendre le risque que, séduits par ta communication, ils viennent tous me faire chier pour s’entasser tout l’été au bord des lacs où j’ai mes habitudes ? Non mais ça va pas la tête !
Sérieusement, on n’est pas tranquilles entre nous ? Qu’est-ce que c’est que cette idée à la con qui consiste à aller dire à tout le monde qu’on a trouvé un endroit tranquille où y a personne? Pour que tout le monde y aille ? Qu’est-ce que c’est que cette idée à la con ? Le tourisme ?
Heureusement au final qu’on recrute des communicants de ton niveau, comme ça, ça nous laisse un peu de temps avant que le lac du Causse (ta salle de sports) soit submergé par des hordes de familles séduites par ton slogan. D’ailleurs, j’y vais plus au lac du Causse… Y a trop de sportifs.
Que ne t’ont-ils pas confié la promotion des Jeux Olympiques de Paris !
Ructor Vigo
Bien entendu, je ne pense pas tout ce que j’écris… Ce que je pense ne s’écrit pas.
Ructor Vigo




