
Jean-Pierre Siméon, agrégé de lettres modernes, poète et directeur artistique du Printemps des Poètes de 2001 à 2017 nous offre là un manifeste politique d’une bien étrange teneur. Une étrangeté en effet dans l’éthique du divertissement qui subsume nos existences, injonction perpétuelle à tout détourner à notre profit et tourner le dos au réel qui ne serait plus alors que lui-même détournement. Boucle vicieuse de la dérision qui nous habite. La poésie y est rupture. Elle se confronte sans détours aux objets de nos peines et de nos joies, dans la pluralité des expressions de ce qui ne saurait « être » autrement. Située loin de la compréhension rapide et immédiate, elle convoque le sensible. Elle offre le véhicule d’une résistance contre l’ordonnancement d’un magma verbal qui noie la résonance des faits et des objets avec notre humanité propre. Siméon est de ceux qui savent que l’ontologie du langage des parlêtres que nous sommes peut tout et plus. Il y a là une invitation subversive à reconquérir le monde avec le souffle vital du chant des mots. D’aucuns disent – et je les crois parce qu’il faut se prémunir de l’enzyme digestive qui nous gouverne – : « à ne pas mettre entre toutes les mains. »
Philippe Van Assche




