Le dispositif PISA l’annonce régulièrement : l’école française se place brillamment au dernier rang mondial concernant la résorption des inégalités sociales, qu’elle contribue carrément à amplifier. Si l’École est sensée compenser les inégalités socio-économiques, force est de constater que les inégalités sociales sont confortées par le système éducatif, puisque « (…) l’école primaire ne résorbe pas les inégalités sociales, et le collège les amplifie fortement. » (CNESCO1, 2016). Quelles sont les raisons de cet échec structurel ?
Rappelons tout d’abord que le dispositif PISA repose sur un ensemble de tests qui ne concernent que les mathématiques, les sciences et la lecture.
Les résultats indiquent, selon chacun des pays concernés, de fortes disparités quant aux écarts entre les élèves les plus en réussite et les élèves les plus en difficulté. C’est notamment concernant ces écarts que la France se retrouve très mal classée, puisque quasiment en dernière position, comme le confirme l’APED2.
Une fois constatés, et à supposer une volonté politique qui consisterait à tirer profit de cette étude pour améliorer la situation, reste à voir à quels paramètres ces écarts sont corrélés pour en tirer leçon.
Les premières analyses montrent, comme on peut s’y attendre, que la corrélation entre l’origine sociale des élèves et leurs résultats scolaires est indéniable.
Ainsi, et comme le précise David Lopez, doctorant en sciences de l’éducation à l’université Paul Valéry de Montpellier, dans son article « Discrimination scolaire et méritocratie républicaine, ou l’amplification des inégalités sociales », « La pauvreté économique conditionne les mauvais résultats scolaires des plus défavorisés, mais aussi l’orientation dont ils font l’objet, malgré les dispositifs mis en œuvre. »
Or le rapport ministériel de la « Conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale » des 10 et 11 décembre 2012, indique qu’un enfant sur cinq est, en France, en situation de pauvreté, ce qui représente presque trois millions d’entre eux selon l’INSEE3. Si bien que pour Jean-Paul Delahaye, responsable de la mission « Grande pauvreté et réussite scolaire » pour le compte du ministère de l’éducation nationale, il est impératif de « lutter contre les déterminismes sociaux en tant que déterminants de l’échec scolaire pour faire en sorte que la France ne soit plus le pays dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires. ».
Et David Lopez de poursuivre : « une analyse fine des conditions d’enseignement, dans l’éducation prioritaire notamment, montre que « (…) les élèves défavorisés en France ne bénéficient pas d’une égalité de traitement dans leurs conditions d’apprentissage avec leurs pairs favorisés. »
À celles et ceux qui voudraient imputer la responsabilité de ces écarts aux enfants issus de l’immigration, précisons ici que l’étude PISA permet de balayer rapidement ce doute.
Il convient donc de poursuivre l’analyse pour comprendre mieux l’origine exacte des écarts de résultats constatés précédemment ; et puisque ces écarts sont moitié moindre dans un pays comme la Finlande, de nous pencher sur les éventuelles différences flagrantes entre les deux systèmes scolaires. Ici, les données fournies par PISA mettent en lumière qu’il existe dans notre pays des écoles « ghettos de pauvres » et des écoles « ghettos de riches », contrairement à la Finlande qui a organisé ses établissements scolaires de façon bien plus mixte, et c’est là une différence fondamentale puisque les mêmes statistiques, établies par l’APED, prouvent que 62% des inégalités sociales à l’école s’expliquent par ces facteurs structurels qui engendrent ce qu’il convient donc d’appeler une ségrégation structurelle.
Cette rubrique est donc à suivre dans les prochains numéros de « La Trousse », pour tenter d’en cerner tous les facteurs, y compris concernant nos écoles corréziennes dont il serait surprenant qu’elles soient épargnées par ce fléau.
1 Fondé en 2013, le conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) est actuellement menacé de fermeture par le gouvernement en place.
2 Fondé en 1995, l’appel pour une école démocratique (APED) analyse et combat les mécanismes économiques, les réalités institutionnelles, les choix budgétaires, les discours idéologiques et les pratiques pédagogiques qui tendent à maintenir ou à développer l’inégalité sociale devant l’école.
3 L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) collecte, produit, analyse et diffuse des informations sur l’économie et la société françaises.
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