L’école française se place au dernier rang des pays de l’OCDE concernant l’égalité scolaire
Cette ségrégation est structurelle et appuyée sur une ségrégation résidentielle : il existe dans notre pays des écoles de pauvres et des écoles de riches, d’autant plus depuis que l’assouplissement de la carte scolaire a jeté l’école en pâture à la libre concurrence : les écoles privées sous contrat (et même depuis peu hors contrat) sont ainsi une autre possibilité offerte aux nantis pour conforter leurs privilèges.
La dégradation progressive de l’école publique, même lorsqu’elle porte le nom d’école de la confiance, incite ainsi les familles mécontentes à se tourner peu à peu vers le privé, ce qu’elles font de plus en plus fréquemment, selon un processus qui prépare une libéralisation de ce secteur. Mais à quoi cette dégradation ressemble-t-elle ?
Des fausses bonnes idées de la bienveillance…
Le rapport de l’Institut des Politiques Publiques de mars 2016, indique en outre que les Programmes Personnels de Réussite éducative (PPRE), institués par la loi de cohésion sociale de 2005, n’ont pas fait progresser les enfants bénéficiaires davantage que les enfants du groupe témoin. Au contraire même, notamment du fait que « […] le jugement que les enseignants portent sur le niveau des élèves peut être infléchi par de multiples informations autres que les seuls résultats scolaires : le redoublement ou encore le placement en filières spécialisées peuvent par exemple tendre à tirer ces jugements vers le bas. » ; et « l’estime de soi sociale […] en est affectée négativement. ».
En outre, si les effectifs dans les classes d’éducation prioritaire sont certes inférieurs à ceux mesurés dans les classes de milieu ordinaire, le différentiel (inférieur à 2 élèves par classe !) ne saurait avoir un impact significatif sur la réussite scolaire des plus défavorisés. Le temps des apprentissages scolaires est moindre en éducation prioritaire (à cause des problèmes de discipline, du turn-over des enseignants…), avec notamment le recours abusif à des enseignants non titulaires et peu expérimentés qui doivent consacrer un temps important à l’instauration d’un climat de classe favorable aux apprentissages, au préjudice du temps réservé à l’enseignement et aux apprentissages en tant que tels.
Ainsi, alors que les élèves scolarisés en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) auraient de meilleurs résultats dans un contexte socialement hétérogène, ils subissent un effet de stigmatisation sociale et de ghettoïsation en vertu d’une discrimination dite positive.
En outre, le CNESCO1 rappelait en 2016 que la première politique d’éducation prioritaire a été mise en place en tant que dispositif temporaire, notamment à cause des effets pervers susceptibles d’être engendrés,comme « […] l’effet de stigmatisation de ces établissements du fait du label éducation prioritaire, entraînant le départ des familles les plus favorisées et une composition sociale de ces établissements qui, se dégradant dans la durée, ne pouvait que rendre […] les résultats des élèves négatifs. Malgré ces premiers avertissements de ces concepteurs, l’éducation prioritaire a [depuis] été pérennisée et étendue […]. ».
… aux vraies vilaines idées de la malveillance
Sous couvert de bons sentiments, c’est donc un dispositif contre-productif qui est aujourd’hui en place. Et puisque le CNESCO le savait, on peut très raisonnablement penser que le ministère le sait aussi. De là à penser que tout ceci est organisé à dessein, au détriment de plusieurs générations d’enfants, pour marchandiser un secteur qui s’annonce d’ores et déjà hyper-rentable…
1 Organe indépendant chargé depuis 2013 d’évaluer les dispositifs mis en place au sein de l’Éducation Nationale, le Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire a été démantelé par l’actuel gouvernement à l’automne 2018.
Stlaf



