On ne peut pas faire un dossier sur la culture de la pomme en Corrèze sans donner vent de la polémique qui sourd. Un reportage d’envoyé spécial diffusé sur France 2 en mars 2015 « Peut-on encore manger des pommes ? »2 a mis les pieds dans le plat. Ton grave et musique oppressante, il fait le dessin au crayon rouge d’un triangle de la mort entre Pompadour, Lubersac, Allassac. La réponse à la question du danger est sans appel, preuve scientifique à l’appui. Oui, danger pour les producteurs, oui danger pour les riverains, oui danger pour les consommateurs. Mangeant des pommes, il faut bien vouloir manger aussi des pesticides, fongicides, conservateurs ou retirer un petit centimètre du fruit en même temps que la pelure. Mais cette intervention médiatique a sacrifié la responsabilité au sensationnel. Comme d’habitude. Elle a porté préjudice non seulement aux producteurs pollueurs déjà bien culpabilisés mais aussi à l’ensemble des personnes qui depuis parfois des générations tentent de perpétuer de bonnes pratiques pour les hommes et l’environnement. Néanmoins en mettant les pieds dans le plat, elle a eu la vertu de nommer le problème à échelle nationale. La parole a enfin été donnée aux riverains qui se battent légitimement pour vivre dans un environnement sain. L’alerte des médecins du limousin sur la dangerosité des pesticides a pu être amplifiée. L’omerta aurait-elle été brisée ?
Cacophonique
La Trousse Corrézienne, localement, a, elle aussi, contribué depuis sa création à mettre en lumière les associations et les personnes qui s’engagent pour retrouver conscience dans la raison du « tout chimique. » Nous nous appelions encore Corrèze en action3. Une époque que les lecteurs de moins de un an ne peuvent pas connaître. Nous avions rencontré le Dr Joseph Mazé, du collectif Alerte médecins pesticides qui comporte aujourd’hui 1630 médecins signataires. Il nous avait permis de faire le point sur le danger des molécules utilisées dans les traitements, identifiées comme perturbateurs endocriniens. Il nous avait parlé aussi de la difficulté pour des professionnels de santé, même armés d’un rapport de l’INSERM4, d’alerter les pouvoirs publics et de se faire entendre localement par les premières victimes : les producteurs. Un autre entretien avec Fabrice Micouraud de ONGF Allassac5 faisait l’état des lieux des nuisances pour les riverains et là encore de la difficulté à dialoguer. Nous avions aussi retranscrit une réunion publique, Impact sur la santé des pesticides, qui avait fait salle comble à Allassac. Nous avions pu y constater l’impuissance et le désengagement de ceux qui désireraient être nos élus. Et puis il y a eu la non-manifestation contre les pesticides en mars 2015, annulée en dernière minute par les organisateurs qui affirmaient avoir été menacés par des représentants du monde agricole qui souhaitaient faire le coup de force. Un dommage de plus dans la nécessité du débat.
Brouhaha
Ce que passe sous silence le reportage de France 2 pour mieux désigner de méchants pomiculteurs, c’est l’essentiel : la complexité de la situation, la responsabilité d’un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) comme celui de Perlim, l’impuissance des pouvoirs publics et la pression des grands groupes de distribution qui alimentent encore la grande majorité d’une population crédule. Perlim : ou comment une poignée de pomiculteurs s’organisent collectivement pour valoriser leur production en créant, au bout du compte, une usine à gaz6. Ce GIE est devenu le relais impossible de cahiers des charges multiples et contradictoires et le grand manitou des modes de production, à la solde des grands groupes de distribution. Chacun sait que la façon de produire qui prime en ce domaine n’est pas AB. Le GIE a largement contribué en Corrèze à l’industrialisation d’une production qui a entraîné le développement de la monoculture et une production intensive impliquant l’intensification des traitements chimiques. Sur ce dernier point, la tendance est au retournement de veste. Comme nous l’indiquions, la direction du groupe rêve de permaculture… industrielle. Mais « la propreté » nouvellement impulsée par les distributeurs comporte un prix qui a du mal à entrer dans le plan économique du bas coût. Les producteurs en sont les victimes, encore. Ils tirent la langue. Le verger aux pommes d’or n’est plus.
La transition est inéluctable. Elle sera radicale ou pas. En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’elle se nourrira de bonnes pratiques plus respectueuse de l’environnement, parfois ancestrales. Ce dossier tente de mettre en lumière quelques démarches engagées en Corrèze pour faire face au blocage, parfois même à la faillite annoncée et affronter résolument l’avenir… Qu’est-ce qui se jouera après les tambours assourdissants de l’industrialisation ?
1 – Cf « La pomme, fruit défendu » Corrèze en Action N°-1 2 – Disponible sur internet : http://bit.ly/1dICdj1 3 – Cf Corrèze en action N°-4 de l’été 2014 4 – Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale – rapport téléchargeable : http://bit.ly/1mrlK5c 5 – ONGF : http://www.ongf.org/a-propos 6 – Cf « Perlim au pays des sorciers », LTC N°0, page 3




