
Aujourd’hui parlons poils. Pas les poils d’un lama, ni ceux de Chuwbaca, mais ceux d’une ado de 15 ans qui est tiraillée par les codes, les jugements, ses propres valeurs et par la loi de l’adolescence (mais si, tu sais, cette période floue de l’existence, où tu cherches encore ta place).
Cette adolescente comme tout être humain, comme tout homme, toute femme et tout mammifère, possède des poils. Car oui je suis, tu es, nous sommes des mammifères, mais nous ne sommes pas pour autant tous égaux, certains ont plus de droits que d’autres.
La moitié de la population humaine doit retirer ses poils pour satisfaire l’autre moitié.
Moi je suis née Femme, née dans la « mauvaise » moitié de la population, celle que l’on autorise à ne pas respecter, celle qui doit se soumettre a l’autre.
Donc, je suis une femme poilue. Oui j’ai des poils pour le plus grand malheur de tous, je dis bien pour le plus grand malheur de tous car tout le monde ou plutôt toutes les femmes n’ont pas le DROIT d’avoir des poils.
Parce c’est comme ça les femmes, ça doit souffrir pour être « belles », c’est ce que l’on m’a toujours répété, et j’ai fini par trouver cela normal. Donc ce qui devait arriver, arriva, les poils ont débarqué et le massacre a commencé.
Une fois de retour chez moi je suis restée contemplative devant mes jambes, mes jambes de Barbie : lisses et propres aux yeux du monde. Ensuite mille et une questions ont filé dans ma tête : pourquoi suis-je obligée ? Pourquoi que certaine zones ? Pourquoi moi et pas lui ?
Je suis restée choquée face à cette injustice, cette dictature : la dictature du poil !
J’ai longtemps cru que mon corps m’appartenait mais non, il appartient à la société ; la société qui souhaite me faire rentrer dans la catégorie des femmes Barbie, celle des femmes minces, grandes, délicates et surtout sans poil. J’ai donc commencé à me révolter contre moi-même afin de réussir à contredire cette idée que l’on avait fait germer dans mon esprit, me révolter contre l’idée que les poils féminins sont moches et sales, que je dois à tout prix trouver une solution pour désintégrer ce qui fait de moi un mammifère.
À votre avis, combien de fois avez-vous entendu ou même participer à la conversation suivante ? : « Beurk… Tu as des poils là ! » en pointant du doigt ma jambe. « Oui, c’est marrant je n’avais pas remarqué », répondis-je sur un ton ironique. Les yeux dégoutés il me répond : « Rases-les ! C’est vraiment moche ». Je le regarde les yeux ronds comme des billes et je lui réponds : « Mais… Toi aussi tu en as ! Même plus que moi, et toi tu as déjà pensé à t’épiler ? ». « Pff… N’importe quoi ! Cela fait bien trop mal ».
En fait il n’avait jamais vu de femmes poilues, parce que tout autour de nous, nous ne voyons que des femmes épilées. Après cela j’ai compris que malgré moi la conscience collective a décidé pour moi à quoi doit ressembler ma pilosité.
Car depuis la nuit des temps les femmes se doivent d’être Barbie. Dès notre plus jeune âge la manipulation commence avec nos jouets, Barbie et compagnie sont nos modèles. Puis on grandit : les films, les pubs, et le marketing prend la relève. Même en se baladant au musée on peut remarquer que les statues et icones féminines ne possèdent pas de poils. Trouvez-vous cela normal ?
Nous ne trouvons plus cela normal, de devoir perdre du temps et de l’argent pour satisfaire une norme collective. Pas normal de ne pas comprendre pourquoi nous cherchons à tout prix à retirer ce que nous avons tous depuis le commencement de l’humanité.
Alors message à vous les filles : vous avez le droit de choisir votre coupe de cheveux, alors pourquoi n’auriez-vous pas le droit de choisir votre coupe de poil ?! Rasés, coupés ou épilés cela n’a aucune importance tant que vous êtes réellement conscientes et consentantes des raisons qui vous poussent à le faire. Quoi que vous fassiez, faites-le pour vous, pas pour les autres et surtout pas pour essayer de rentrer dans une case ou une norme sociale.
Message à vous les gars : avant de vous moquer ou critiquer négativement une femme qui a décidé de garder ses poils, demandez-vous pourquoi vous allez donner un jugement et surtout rappelez-vous que vous aussi vous en avez.
Bref, tout cela pour dire assumez-vous, votre corps et vos poils.
Jeanne et Dorine





