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La Trousse Corrézienne

LTC 17 · 2 mars 2018

La CPML et le Lot en Action : des médias libres et associatifs

La Trousse corrézienne : On se dit, on se réclame et on le clame « média libre », nous La Trousse, vous, et d’autres. Bon, c’est bien joli tout ça mais pour toi, qu’est-ce qu’un média libre ? Qu’est-ce que cela veut dire pour le Lot en action ?

Laurent : Alors, pour ma part, médias libres, c’est libre du pouvoir financier et du pouvoir politique, donc indépendant des revenus publicitaires. Ce n’est pas possible d’être indépendant si on est financé par des actionnaires privés, si on est lié à un parti politique. Dans le cadre de la Coordination Permanente des Médias Libres, on s’est posé cette question, ces questions. À la fois de qu’est-ce qu’un média, et qu’est-ce qu’un média libre. Quand on parle de médias, cela recouvre une grande variété de supports : presse, radio, télé, mais aussi tout ce qui existe sur le net. C’est vraiment multi-support. Certains n’ont pas de site Internet, mais utilisent des vidéos très courtes et ce sont des médias. Donc c’est difficile à définir, mais ce qui est intéressant, c’est aussi pourquoi on le fait. Nous, pour le Lot en action, ce qui nous a animés c’est de faire passer de l’information avec une participation citoyenne forte, c’est le « faire-ensemble » qui nous anime, dans le sens de l’éducation populaire. Nous, on va s’arrêter, mais sur le territoire, ça va manquer. Il y a des gens qui ont trouvé le journal, se sont intéressés au lieu, et sont venus s’installer. La participation citoyenne est essentielle : c’est difficile de se couper du terrain, il faut être présent, faire participer. Il existe des médias libres sans participation, mais alors avec des équipes professionnelles.

LTC : Et pourquoi cette coordination ? Quels ont été et quelles sont aujourd’hui les rôles de la CPML ?

Laurent : La CPML a cinq ans, et cela a été une aventure superbe. Cela a permis de se rencontrer, entre structures très différentes : des très grosses avec des salariés, très professionnelles comme Reporterre, et puis des toutes petites comme la lettre à Lulu, le sale gosse de la presse nantaise – irrégulomadaire satirique.

Mettre les gens d’accord, c’était compliqué ! L’objectif n’était pas de se fédérer en association, mais au moins de construire une représentativité au regard des pouvoirs publics. La coordination est informelle : ceux qui y adhèrent, adhèrent à la charte qui a été définie au début. On est devenus des interlocuteurs identifiés. L’État, les conseillers, techniciens, technocrates, etc, parisiens, n’avaient aucune idée de ce qui pouvait exister comme médias locaux. Pour eux, et c’est très parisien, ben il n’y avait rien, ou pas grand-chose. La CPML a vu le jour en 2014 et a participé directement à la création du Fonds de soutien aux médias d’informations sociales et de proximité, pérennisé après le premier appel à projets en 2015, qui avait vu déferler les demandes ! La CPML a permis d’avoir une représentativité auprès des pouvoirs publics et a favorisé la création du fonds de soutien. Bon 1,5 millions d’euros actuellement pour plusieurs centaines de médias (hors radios associatives) contre un total d’aides individuelles à la presse de 80 millions d’euros par an…

LTC : Et maintenant ?

Laurent : C’est difficile. Toujours pareil, cela demande du temps. L’informel c’est souple, mais ce n’est pas toujours facile. Par exemple certains souhaitent rejoindre la Coordination, et font donc une demande par mail en s’engageant à respecter la charte. Mais ceux qui ont en charge de répondre sont noyés sous les mails, les urgences, etc. Après il y a eu les rencontres à Meymac, sauf cette année, où les rencontres vont se dérouler à trois moments différents. Je sens que cela se délite un peu. Après il y a des structures qui restent actives comme Médiacoop, Le Lot en action, une nana de Radio MNE, un journaliste indépendant de Reporterre, un autre du Ravi… Quand on connaît les montants d’aides à la presse en France, plus de 80 millions en aides individuelles, qui vont le plus aux gros titres. Là, l’idéal serait d’obtenir un fonds de soutien comme celui qui existe pour les radios associatives. Un tel fonds pourrait permettre d’avoir des salariés, de sortir des contrats aidés. C’est cette motivation qui existe actuellement.

LTC : tu parles de nombreux médias, mais en presse par exemple, comme vous, nous, c’est quoi les difficultés les plus importantes ?

Laurent : c’est un projet associatif gourmand en moyens humains. Certains durent longtemps, mais disparaissent. On a des besoins en professionnels et si on n’arrive pas à financer des postes, c’est difficile. Les gens viennent, comme dans tout projet associatif, avec un besoin de donner du sens. Certains ont un goût fort pour l’écrit, l’enquête, le graphisme. Nous on a vu beaucoup de gens passer. On peut avoir plus de trente contributeurs sur un numéro, et cela a tourné, avec une vraie mixité d’âge. On a vu beaucoup de jeunes passer, mais c’est difficile qu’ils restent : à un moment ils ont du temps, s’engagent, mais quand tu as vingt-cinq ou trente ans, tu cherches du travail, on n’a pas le revenu universel ! Et si on entre dans les contrats aidés, on sait qu’on ne peut pas pérenniser, et ceux qui travaillent, ils acceptent 800 € par mois, avec une grosse charge, et après ça tourne. Comme en radio, où les gens qui travaillent changent tous les uns ou deux ans. Et ce n’est pas satisfaisant. C’est insupportable en fait. Il faudrait des aides au fonctionnement. Et puis on peut faire peur aussi, en travaillant comme des fous, comme on a fait ! Mais c’était bien, ah oui, c’est bien !

Le Lot en Action aura ouvert la voie…

ML : On se dit, on se réclame et on le clame « Média libre », nous La Trousse, vous, et d’autres. Bon c’est bien joli tout ça, mais pour toi, qu’est-ce qu’un média libre ? Qu’est-ce que cela veut dire pour le Lot en actions ?

L : Alors, pour ma part, médias libres, c’est libre du pouvoir financier et du pouvoir politique, donc indépendant des revenus publicitaires. Ce n’est pas possible d’être indépendant si on est financé par des actionnaires privés, si on est lié à un parti politique. Dans le cadre de la Coordination Permanente des Médias Libres, on s’est posé cette question, ces questions. À la fois de qu’est-ce qu’un média, et qu’est-ce qu’un média libre. Quand on parle de médias, cela recouvre une grande variété de supports : presse, radio, télé, mais aussi tout ce qui existe sur le net. C’est vraiment multi supports. Certains n’ont pas de site Internet, mais utilisent des vidéos très courtes et ce sont des médias.

L : Donc c’est difficile à définir, mais ce qui est intéressant, c’est aussi pourquoi on le fait. Nous, pour le Lot en actions, ce qui nous a animé c’est de faire passer de l’information avec une participation citoyenne forte, c’est le « faire ensemble » qui nous anime, dans le sens de l’éducation populaire. Nous, on va s’arrêter, mais sur le territoire, ça va manquer. Il y a des gens qui ont trouvé le journal, se sont intéressés au lieu, et sont venus s’installer.

La participation citoyenne est essentielle : c’est difficile de se couper du terrain, il faut être présent, faire participer. Il existe des médias libres sans participation, mais alors avec des équipes professionnelles.

ML : Et pourquoi cette coordination ? Quels ont été et quelles sont aujourd’hui les rôles de la CPML ?

L : La CPML a cinq ans, et cela a été une aventure superbe. Cela a permis de se rencontrer, entre structures très différentes : des très grosses avec des salariés, très professionnelles comme Reporterre, et puis des toutes petites comme La lettre à Lulu, le sale gosse de la presse nantaise – irrégulomadaire satirique.

Mettre les gens d’accord, c’était compliqué ! L’objectif n’était pas de se fédérer en association, mais au moins de construire une représentativité au regard des pouvoirs publics. La coordination est informelle : ceux qui y adhérent, adhérent à la charte qui a été définie au début. On est devenu des interlocuteurs identifiés. L’État, les conseillers, techniciens, technocrates, etc. parisiens, n’avaient aucune idée de ce qui pouvait exister comme médias locaux. Pour eux, et c’est très parisien, ben il n’y avait rien, ou pas grand-chose. La CPML a vu le jour en 2014 et a participé directement à la création du Fonds de Soutien aux Médias d’Informations Sociales et de Proximité, pérennisé après le premier appel à projets en 2015, qui avait vu déferler les demandes !

La CPML a permis d’avoir une représentativité auprès des pouvoirs publics et a favorisé la création du fonds de soutien. Bon 1,5 millions d’Euros actuellement pour plusieurs centaines de médias (hors radios associatives) contre un total d’aides individuelles à la presse de 80 millions d’Euros par an…

ML : Et maintenant ?

L : C’est difficile. Toujours pareil, cela demande du temps. L’informel c’est souple, mais ce n’est pas toujours facile. Par exemple, certains souhaitent rejoindre la Coordination, et font donc une demande par mail en s’engageant à respecter la charte. Mais ceux qui ont en charge de répondre sont noyés sous les mails, les urgences, etc.

Après il y a eu les rencontres à Meymac, sauf cette année, où les rencontres vont se dérouler à trois moments différents. Je sens que cela se délite un peu. Après il y a des structures qui restent actives comme Médiacoop, Le Lot en actions, une nana de Radio MNE, un journaliste indépendant de Reporterre, un autre du Ravi…

Quand on connaît les montants d’aides à la presse en France, plus de 80 millions en aides individuelles, qui vont le plus aux gros titres. Là, l’idéal serait d’obtenir un fonds de soutien comme celui qui existe pour les radios associatives. Un tel fonds pourrait permettre d’avoir des salariés, de sortir des contrats aidés. C’est cette motivation qui existe actuellement.

ML : tu parles de nombreux médias, mais en presse par exemple, comme vous, nous, c’est quoi les difficultés les plus importantes ?

L : c’est un projet associatif gourmand en moyens humains. Certains durent longtemps, mais disparaissent. On a des besoins en professionnels et si on n’arrive pas à financer des postes, c’est difficile. Les gens viennent, comme dans tout projet associatif, avec un besoin de donner du sens. Certains ont un goût fort pour l’écrit, l’enquête, le graphisme. Nous on a vu beaucoup de gens passer. On peut avoir plus de trente contributeurs sur un numéro, et cela a tourné, avec une vraie mixité d’âge. On a vu beaucoup de jeunes passer, mais c’est difficile qu’ils restent : à un moment ils ont du temps, s’engagent, mais quand tu as 25 ou 30 ans, tu cherches du travail, on n’a pas le revenu universel ! Et si on entre dans les contrats aidés, on sait qu’on ne peut pas pérenniser, et ceux qui travaillent, ils acceptent 800 € par mois, avec une grosse charge, et après ça tourne. Comme en radio, où les gens qui travaillent changent tous les uns ou deux ans. Et ce n’est pas satisfaisant. C’est insupportable en fait. Il faudrait des aides au fonctionnement. Et puis on peut faire peur aussi, en travaillant comme des fous, comme on a fait ! Mais c’était bien, ah oui, c’est bien !

Le Lot en Action, une du n°41
Le Lot en Action, une du n°00
Le Lot en Action, une du n°65
Le Lot en Action, une du n°78

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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