
Le pouce contre la vitre, tous les éléments essentiels apparaissent. Il suffit d’une pression à cet endroit précis du cadran pour que je sois au courant de tout : température interne, extérieure, pressions et autres mesures indispensables à ma survie dans ce monde moderne. Le programme de ma journée est affichée sur un écran au plafond. Mes habits sont éjectés de mon armoire : résultat rapide de la collecte de toutes mes données. La porte de la salle de bain s’ouvre, une douce musique m’invite à me lever. Je sors de mon lit. Il y a de la buée sur les carreaux, c’est normal on est en plein hiver. L’écran me l’avait bien annoncé ! Comme les temps ont changé ! Avant, le nez collé à la vitre j’aurais su la météo. Maintenant ma journée commence par cette évaluation de mes données personnelles. Tout s’est mis en route en dehors de mon choix. Cette simple pression de mon pouce a révélé mes premiers besoins journaliers pour démarrer la journée du bon pied ! Mon petit déjeuner est pris en charge par Éleo. Aucune odeur. Pas de bruit de quelqu’un qui s’affaire dans la cuisine. C’est vrai, il est discret et rapide. Je sursaute d’ailleurs quand il arrive derrière moi avec en tout et pour tout, disposées sur un plateau, trois pilules et un verre d’eau. Mes besoins ne pèsent pas lourds ! Mais, rien de tel ne peut arriver, je suis endormie. J’ouvre les yeux et repense à ce mauvais rêve d’un monde de puces implantées qui consigneraient tout pour nous faciliter la vie. Pas d’Éléo à l’horizon, juste à dire « ok google : quelle est la température extérieure ? Mets en route la machine à café ? Ouvre les volets ? » Ouf ! Je suis sauvée, je ne vis pas dans un monde high tech sous cutanée. Le Beau parleur est là au centre de la pièce. Il est à l’affût de tous mes besoins, il entend tout, il vérifie tout, il surveille tout. Je me sens en grande forme ! Hyper connectée ! Mais non, rien de tel ne peut arriver, je suis endormie. Le cauchemar dans le cauchemar a pris forme dans le labyrinthe de ma conscience. C’est certainement ce que j’ai entendu la veille dans une émission qui a donné naissance à ces tourments nocturnes. J’ouvre les volets, les oiseaux sifflent leur mélodie d’un monde meilleur, le printemps est là …..
Yoéva





