
Et si nous continuions ensemble nos explorations des vrais-faux amis ? Après s’être intéressés dans le dernier numéro de la Trousse à l’assistanat vs la méritocratie, je vous propose de nous pencher cette fois-ci sur d’autres vrais-faux amis : l’écologie vs la gauche.
Longtemps j’en ai voulu au partie écologiste du moment, qu’il s’appelle Génération Écologie, Les Verts ou EELV de se présenter à la fois comme écologiste et de gauche. C’est probablement la raison pour laquelle je n’ai jamais glissé de bulletin écologiste dans l’urne à une élection présidentielle (oui, c’est mon « coming-out » politique !)… Le temps que je comprenne mon erre ment et il n’y avait justement plus de candidat écologiste se présentant à la présidentielle sous cette étiquette exclusive !
Ainsi dans mes jeunes années, je me disais qu’un parti écologiste serait bien plus efficace politiquement s’il ne s’occupait que d’écologie et de rien d’autre, plutôt que de le voir se mêler de tout. Pourquoi donner aussi son avis sur les crises migratoires ou sur le fonctionnement de l’économie libérale ? C’était le meilleur moyen de froisser certains électeurs qui auraient pu être sensibles aux questions environnementales mais être gênés par le reste de ces positions politiques… Pourquoi vouloir donner son avis sur tout au risque de perdre des voix ? Dans cette histoire, pour moi, le héros c’était un certain Nicolas Hulot (oui on a le droit à des erreurs de jeunesse !). Le gars avait réussi à faire signer son pacte écologique à cinq des douze candidats à l’élection présidentielle de 2007, dont les deux présents au deuxième tour. C’était à mon sens l’exemple même de l’efficacité du lobby écologiste lorsqu’il ne s’ancrait ni à droite ni à gauche… Même si le fameux pacte a ensuite servi de papier toilette au président élu et pourtant signataire du dit document…
Et puis voilà, le monde a continué d’avancer… de travers. Chaque année on m’a annoncé une date de « jour du dépassement » de plus en plus tôt dans l’année ; ce jour où les habitants de la planète ont déjà consommé toutes les ressources que la terre est capable de produire en une année complète. Cette année c’était il y a un mois, le 1er août ! La première fois où j’ai entendu parler de cette date, je me suis demandé comment on en arrivait à une telle conclusion ? Comment on pouvait calculer cela ? Et puis j’ai compris… peu importe comment on calcule, le fait est là, comme une évidence : la terre est un ensemble fini, qui a donc une limite. Les ressources à notre disposition sont donc également en quantité finie, avec une limite. Peu importe que cette quantité soit gigantesque à l’échelle d’un seul homme car c’est en sept milliards qu’il faut la partager (en fait beaucoup plus en comptant les vers de terre) ! Cette ressource prend plusieurs formes : eau, air, animaux, végétaux et puis une autre : l’argent. Car finalement l’argent n’est rien d’autre qu’un avoir sur une appropriation à venir d’une ressource matérielle produite directement ou indirectement par la planète. Thésauriser des milliards revient à s’approprier à l’avance les ressources passées ou futures de la planète. Mais, comme indiqué précédemment, ces ressources sont en quantité limitée, donc chaque fois qu’un humain s’accapare un euro de plus, il est obligatoirement puisé soit dans la poche d’un autre humain soit dans le stock fini des ressources passées ou à venir de la planète.
Protéger la planète revient donc à gérer au mieux et durablement cet ensemble de ressources. Impossible ainsi de protéger cette planète sans s’intéresser à la manière dont se répartissent ces ressources, qu’elles soient environnementales ou financières ! Impossible de vouloir protéger la planète et l’espèce humaine sans s’intéresser au système économique qui la ponctionne ! Impossible de vouloir protéger la planète et l’espèce humaine sans s’intéresser à la manière dont cette ressource environnementale ou financière se répartit entre les personnes ! Bref, impossible d’être écologiste sans être vraiment de gauche (et vice-versa ?).
Michel Dupuis






