
Le jeu a toujours occupé une place essentielle dans le développement de l’enfant. Banalité pour ceux qui côtoient de près le monde de l’enfance. Mais banalité qu’il est bon de se rappeler dans un monde où la primauté de l’intellect accentue la tendance à laisser les corps se taire et à passer sous silence les fondamentaux pour une bonne connaissance de soi et les ancrages essentiels à l’exercice de sa propre liberté d’être.
Le jeu, un allié dans la rencontre privilégiée à l’autre
Quand je joue avec un enfant , je suis touchée par l’échange, et c’est réciproque. Il se passe quelque chose qui laisse des traces chez l’un et chez l’autre. il y a bien quelque chose de moi qui est touché et qui me met en relation directe avec mes sensations, mes émotions et mes pensées. A fleur de regards et de sourires, le face à face se déploie et ouvre un espace où les qualités relationnelles viennent se nourrir : observation, attention, écoute, compréhension, libre expression, spontanéité, créativité … Nous échappons ainsi au monde du quantitatif et du comptage, des scores et des trophées !!. l’essentiel est la qualité du lien et ce que nous en faisons comme histoire commune. La relation se joue et se rejoue sans cesse. Ce sont les gestes, les mimiques du visage, les attitudes corporelles qui parlent d’elles-mêmes. « Les premiers modes de communication sont fondamentalement corporels : regard, odeur, chaleur, variations toniques, productions sonores, contact tactile, mimiques, gestualités expressives » nous dit Claude Pujade Renaud.1 Pujade-Renaud Claude, 1976, Danse et narcissisme en éducation, Paris, ESF
Pujade-Renaud Claude, 1976, Danse et narcissisme en éducation, Paris, ESF
Le jeu, un allié dans le développement de la personne
Au delà de la phrase clef de Donald Wood Winnicott « ce qui est naturel, c’est de jouer. » 2 Winnicott Donald Wood, 2004 [1971], Jeu et réalité, Paris, Gallimard., il est bon de rafraîchir l’ordinaire du jeu chez l’enfant en dévoilant l’extraordinaire de sa simplicité et de ses bienfaits , non pas parce qu’il déploie toute innovation Hight Tech, mais simplement parce que le jeu se développe par et au service de l’être. Quand un enfant joue, il est pleinement lui. Il ne joue pas pour se distraire. Il découvre qu’il peut être pleinement lui en jouant avec son pouvoir de création sur le monde. Il expérimente son pouvoir d’action, de décision et il exerce son libre arbitre. Le jeu lui permet de créer des contacts stables et rassurants avec lui même et de tisser des liens entre son corps, ses émotions et l’environnement. A partir de là, son système de pensées pourra s’élaborer sereinement et sa parole s’ancrer concrètement.
Winnicott Donald Wood, 2004 [1971], Jeu et réalité, Paris, Gallimard.
La mise en corps du jeu
On parle facilement du jeu sensorimoteur des premiers mois de la vie qui permet à l’enfant de découvrir son corps. C’est par le jeu que la coordination motrice s’affine et qu’il lui est ainsi possible de percevoir et d’investir le monde. Il y a mise en jeu du corps, par la sollicitation évidente de l’ouïe, la vue, le toucher, le goût et l’odorat. Par ses 5 sens la conscience de soi se développe. Les mouvements et leurs perceptions dans l’espace et le temps, les gestes, les sensations créent des empreintes corporelles sur lesquelles vont progressivement se construire les émotions et les pensées, et plus tard le langage. La conscience naît par, et avec le corps. Cependant, cette expérience corporelle des premiers mois perdurent à travers les âges. Le corps reste la condition essentielle et primordiale pour que nous puissions trouver chacun notre place sur cette terre. Par lui, nous engrangeons tout un tas d’informations, de repères, de savoir-faire et de savoir-être. Il est notre allié essentiel nous informant de nos perceptions, de nos émotions et de nos besoins. Il nous accompagnera à toutes les époques de nos vies et il nous permettra de faire de nos vies , un jeu enthousiasmant.
Le jeu comme l’apprentissage de la liberté
Quand la vie n’a plus de goût, l’être humain ne joue plus. Si autant de personnes perdent le goût de vivre ou ne le trouvent pas, ne serait ce pas par cette absence cruciale du jeu au quotidien. La lourdeur des responsabilités étouffe la légèreté de l’enfance et ses jeux qui pouvaient l’accompagner. Mais si vivre c’était jouer et que le défi de chacun était de faire de sa vie un jeu ? Imaginons que le jeu fasse partie de nos vies à part entière, nous serions en perpétuelle création personnelle pour inventer des choses pour nous mettre à l’aise, pour créer ce qui nous fait du bien, pour vivre des scénarios qui nous rassurent, pour nous adapter plus facilement … Nous serions sans cesse à l’écoute de nous-mêmes pour répondre parfaitement à nos besoins. Nos émotions seraient prises en compte au service de nos choix. Et ainsi la vie pourrait s’équilibrer au quotidien car nous exercerions à chaque instant notre liberté d’être.
Encadré
A vos plumes !!
Pour les prochains numéros , nous avons besoin de vos contributions pour faire vivre cette rubrique. Parents, enfants, grands parents ou toutes personnes dont l’envie est de partager leurs expériences éducati ves, sont les bienvenus.
Envoyer vos textes à Yoéva : corpsenmouvement@yahoo.fr
Yoéva





