
Du 20 au 26 novembre auront lieu les Journées Nationales des Prisons (JNP). Comme chaque année, le Groupe National de Concertation Prison (GNCP) invite à se pencher sur la question carcérale. Cette 24° édition aborde l’oubli de la prison et de ceux qui s’y trouvent.
« Oublier n’est pas un acte passif, c’est aussi un acte volontaire »
Dans sa présentation thématique, la Fédération des Associations Réflexion Action Prison Et Justice (FARAPEJ) note que « la société toute entière veut oublier la prison » (1).
Bien qu’il soit prouvé que la prison est inefficace et engendre même souvent la récidive qu’elle est censée combattre, la société française continue de réclamer toujours plus de « pourrissoirs », comme les nomme l’avocat pénaliste Maître Henri Leclerc. Avec comme suite logique : « Pas dans mon quartier, ma ville, ma commune ». Les vieilles prisons intra-muros rendues vétustes par « l’oubli » d’entretien sont peu à peu remplacées par des centres pénitentiaires relégués loin en périphérie des villes.
La volonté d’éloigner de la vue ces bâtiments d’enfermement va de paire avec celle d’effacer leurs locataires. Les détenus sont des voisins indésirables (comme les SDF, les migrants, les drogués, les « cas sociaux ») qui nous dérangent dans nos certitudes et nos codes, nous renvoient à notre responsabilité et à notre incapacité à gérer nos choix de société. À cela, quelles réponses ? Politique de l’autruche et hypocrisie ! Pourtant, comment oublier que dedans comme dehors, il y a des femmes (qui parfois sont enceintes, accouchent), des bébés (qui passent leurs 1ers mois de vie derrière des barreaux), des mineurs (l’âge minimum d’incarcération est de 13 ans !), des gens âgés, des gens handicapés, des personnes gravement malades physiquement ou mentalement, des étrangers, des minorités agressées, des mourants et des morts ? À plusieurs niveaux, la prison est le reflet de notre société. Familles, proches, victimes, personnels sont d’autres oubliés. « En France, une personne sur mille est en prison [et] on peut estimer qu’il y a plus de 400 000 personnes concernées par l’incarcération d’un proche dont plus de 90 000 enfants » (1). Quel accompagnement pour ces familles, ces jeunes ? Souvent, ce sont des associations qui officient. Des bénévoles qui pour la plupart n’osent pas « avouer » leur engagement, tant ils anticipent l’incompréhension, la peur, le rejet de leur entourage. Les victimes, « grandes oubliées des prétoires » selon Robert Badinter, ressentent aussi le sentiment de mise à l’écart. Combien de fois entendent-elles qu’il faut oublier ?
Quant aux personnels intervenant en prison (surveillance, soins, éducation, réinsertion) que sait-on des pratiques et conditions de travail (2) ?
Trous… de mémoire ?
Celles et ceux que nous sommes si empressés de mettre « au trou », ne les avions-nous pas déjà oubliés quand ils étaient dehors ? Et ne les oublions-nous pas encore quand il s’agit de les … réinsérer ?? Souvenons-nous aussi que nul n’est à l’abri et que nous pouvons tous, un jour ou l’autre, être concernés plus ou moins directement par la prison. Il est surprenant d’apprendre que nombre de juges « oublient » d’appliquer la contrainte pénale, alternative à l’enfermement instaurée en 2014. Que d’autres peines de probation mises en œuvre ailleurs (Canada, Suède) avec succès, restent quasi inconnues en France. L’incapacité à traiter le sujet « prison » de manière dépassionnée se ressent partout. Combien de médias à sortir du fait divers et à encourager une réelle réflexion ; d’établissements scolaires à aborder le sujet ; combien d’entre nous à penser la question individuellement et en famille, entre amis ?
Il est urgent de traiter cette amnésie collective et parfois sélective. Paradoxalement cette ténacité à oublier disparaît totalement lors de la libération de la personne incarcérée. Les ex-condamné(e)s qui ont pourtant purgé leur peine, ré-intègrent la société du dehors avec l’étiquette « prison » collée à vie et une identité trop souvent résumée à un casier judiciaire. D’une certaine façon la prison perpétuelle avec ses oubliettes moyenâgeuses.
(1) dossier http://jnp.farapej.fr/JNP2017)
(2) dossier « Le personnel des lieux de privation de liberté » : http://www.cglpl.fr/wp-content/uploads/2017/07/Rapport-thématique-personnel_web.pdf
Cathy Serin




