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La Trousse Corrézienne

LTC 5 · 4 mars 2016

J’adopte des TLB

Pour préserver la ressource en eau, les pouvoirs publics nous ont incités par le porte-monnaie à fermer le robinet pendant le brossage des dents, au moment du shampoing et prendre un lave-vaisselle. Certes. Soit. Mais une fois que nous avons compris ce que faire dans l’eau veut dire, ces mesures nous semblent bien dérisoires. Et l’envie pourrait nous venir… comme un besoin… d’adopter des Toilettes à Litière Bio-maîtrisée (TLB).

Les TLB sont des toilettes faciles à mettre en œuvre, très bon marché, et qui permettent l’expression créatrice. Fini le froid du carrelage et de l’émail réunis, ils ont laissé place à des aménagements en bois plus chaleureux. Finis les branchements d’évacuation et d’alimentation en eau, il s’agit ici de valoriser et non plus de se débarrasser de nos déjections. Rien à voir donc… Pourtant le principe est simple. En place de la fameuse cuvette à eau, un seau avec cinq centimètres de sciure dans le fond. En place de la chasse d’eau qui fuit tout le temps, un réservoir de copeaux de bois dans lequel on viendra prendre un bol, à verser sur la petite ou la grosse commission.

En pratique, il y a quelques subtilités pour que les toilettes soient le plus agréables et leur maintenance la plus aisée possibles. Il faut fabriquer un caisson, en bois en général, avec une assise à hauteur confortable, celle d’une chaise, soit quarante-cinq centimètres. On y fera un trou à la scie sauteuse de la dimension d’une lunette avec abattant. Il s’agit de trouver alors un réceptacle à mettre dessous dont les dimensions optimales sont : quarante centimètres de haut et quarante centimètres de diamètre. Il existe des grandes marmites émaillées ou aluminium qui font l’affaire. Il faut éviter le plastique dans lequel s’incruste plus facilement l’odeur. Plus le seau est léger, plus la maintenance sera facilitée. Détail qui n’en est pas, il est important de veiller à ce qu’il vienne à ras de l’assise. Le jet d’urine féminin, à tendance horizontale, aura tôt fait, sinon, de vous pourrir le caisson. Une bavette en EPDM (sorte de bâche caoutchouc épaisse) peut venir faire étanchéité.

Le seau que nous préconisons a une contenance de cinquante litres. Il convient à une famille de deux à six personnes. Il se vide quand il est rempli aux trois-quarts ou toutes les semaines. Plus longtemps, c’est risquer les remontées d’odeurs acres liées à la transformation de l’urine en ammoniac au fond du seau. Le poids du récipient peut inviter à faire une vidange plus rapprochée. Dans le cas d’une construction neuve, il est malin de prévoir son évacuation par l’extérieur. Une petite trappe sous l’assise côté jardin et le tour est joué. Il faut aller déposer l’engeance nommée dès lors pudiquement « les matières » dans un compost spécifique. Nous en parlerons après. C’est la contrainte. Jamais de gain sans contrainte. Dix minutes par semaine, le temps de sortir, vider, rincer, remettre en place.

Le principe fondamental des toilettes à litière est le compostage. Le TLB, comme la troisième lettre de son acronyme l’indique, consiste a bien maîtriser les éléments vivants d’une bonne décomposition, et ce dès l’étape du seau. La pompeuse bio-maîtrise consiste à avoir un équilibre azote/carbone, un milieu humide sans être submergé, une matière le plus aérée possible. Nos excréments sont de liquides à humides et fortement azotés. Nous ajoutons le papier toilettes et un mélange de copeaux et de sciure, fortement carboné et sec. Le copeau structure le mélange, la sciure absorbe. C’est l’idéal. A noter que le premier seul peut satisfaire le besoin. Il faut éviter que le mélange baigne dans la miction. Il est donc préconisé au moins aux messieurs de faire pipi dehors et si possible pas toujours au même endroit.

Le compostage, qui commence dans le seau, se poursuit dehors dans un coin ombragé du jardin dans un composteur spécifique. Ce dernier est constitué de trois bacs d’environ un mètre cube. Le premier est couvert de manière étanche. Il reçoit les matières de l’année. Le deuxième bac est rempli des matières de l’année précédente en deuxième phase de compostage. Il n’est pas forcement couvert. Le troisième bac permet de stocker de la matière structurante et plutôt carbonée : de la paille, des feuilles, du foin, du broyât… Après chaque seau versé, une couverture de cette matière vient le recouvrir. Le premier bac, compostage en cours, est arrêté à date fixe, début d’automne c’est bien.

Il est alors temps de recueillir l’or brun du deuxième bac. Il a bien diminué en volume. Il reste une bonne moitié. Les matières ont composté en moyenne un an et demi. Un humus noir est prêt à structurer et enrichir votre sol. Votre deuxième bac étant vide, vous pouvez y retourner votre tas en cours. Il est déjà méconnaissable, plus de trace de fèces et une odeur délicate de sous-bois s’en exhale. Faites un mélange alterné : matière du tas / matière verte (herbe fraîchement coupée, dernières orties…). Il s’agit de relancer le processus de compostage. Les matières sont redevenues carbonées, il nous faut ajouter de l’azote. Un arrosage du tas en fin de retournement permettra de retrouver un niveau d’humidité suffisant. Couvrir le tout de vingt centimètres de paille ou foin pour l’isolation et un peu d’étanchéité. Le plus, l’astuce : doubler les murs du compost avec du carton. Il permet d’isoler et d’assurer une meilleure montée en température.

Venons-en maintenant aux principales réticences. La plus fréquente : « j’ai peur que ça sente mauvais ». Un TLB ne pue pas, il exhale naturellement un léger petit fumet agréable, variable en fonction des essences de bois utilisées. Pas besoin de Febreze pour parfumer votre petit coin. Par contre, il faut reconnaître que l’eau a ce pouvoir que n’a pas le copeau de couper instantanément les odeurs. Au moment de faire le caca, son expression olfactive n’est donc pas jugulée aussi efficacement. Pour pallier ce désagrément passager mais néanmoins incommodant, il est possible d’installer ou de détourner une aération forcée du caisson de l’assise vers l’extérieur. Cette aération se déclenche idéalement par un détecteur de présence. Elle n’est nécessaire qu’une dizaine de minutes après l’expression de l’excrément. Ensuite le compostage fait son effet et l’odeur disparaît.

Une autre : « je vais cultiver mes microbes chez moi si je suis malade et polluer mon sol avec les médocs ». A noter qu’en cas de maladie ou de traitement, la vraie question est « que deviennent ces organismes et ces molécules au sortir de leur cheminement intestinal ? » La chasse d’eau dissout le problème mais ne le résout pas. Et il semble scientifiquement de plus en plus évident que le compostage est le plus efficace pour traiter nos déjections. La montée en température est un élément destructeur des mauvaises bactéries. Il apparaît aussi que la richesse du milieu d’un bon compost concurrence les velléités des pathogènes à se développer. Et quand l’eau est un véhicule, la terre est un filtre. Là encore, les toilettes à litière sont les plus performantes. Et c’est toujours pour la même raison : l’excrément y est à sa place.

Eh bien tout est dit, vous avez le mode d’emploi. Alors en selle, si je puis dire. Il ne reste plus qu’à essayer… Mais attention, l’essayer, c’est l’adopter.

Philippe Van Assche

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