
« je m’en fous, j’irai en enfer et j’en ai rien à faire ! ». C’est sa nouvelle devise. Elle va la mettre sur sa pierre tombale. Pourtant la vie est bien morne : passage des aides soignantes, petites courses en twingo, un horoscope à lire. Le sien seulement, parce que les autres « je m’en fous ! » . Enfin libre de le dire en grande gueule. L’avantage de la sénilité. On pourra lui pardonner. Avant elle passait pour une égoïste. Elle aurait aimé être une humaniste. Effluve d’une idée fugace. Libre d’envoyer C H I E R le monde : « aux infos, ils nous bassinent de conneries, mais j’y crois quand même ! Ça me rassure de voir qu’autour de moi ça s’effondre comme je m’effondre. AH AH ! Un vrai bordel, une déroute… rien à foutre. L’humain est une espèce en voie de disparition. Le diable est là, on est plein à tomber dans le panneau, plus que ça, à sombrer dans le chaos. OH OH ! Que ma chair exulte dans cette chute ! ». Heureusement qu’il y a les mots fléchés, ça la rassure. Elle met des lettres dans des cases. Elle range tout bien. Ça lui donne l’illusion d’un ordre dans tout ce chaos.
« Rien à foutre » . L’enfer est depuis toujours le royaume de la terre. Et pourtant elle y a cru à cette magnifique société de consommation. Elle a couru comme tout le monde dans les grandes surfaces. Elle a tout misé sur son médecin. Maintenant elle est complètement dépendante : « c’est rassurant de prendre mes médicaments. » Son humeur massacrante règne en maître sur son monde intérieur, ça la rassure : « y’a plus rien à faire, je suis en enfer ! » Et mon humeur d’un monde meilleur : « tu sais où je me la fous ! ». Je remballe mon sourire, ferme la porte, à la recherche d’un ailleurs certainement meilleur …
Yoéva





