
L’électrification de nos territoires, qui a permis à notre civilisation d’accéder si simplement aux pouvoirs de la fée électricité, ne représente qu’un fragment infinitésimal de l’histoire de l’humanité. Et pourtant, qui dans notre société pourrait imaginer passer plusieurs jours voire plusieurs heures sans utiliser quoi que ce soit d’électrique ? Certains d’entre nous se souviennent d’un hiver 1999-2000 où l’apocalypse annoncée prenait corps dans certaines zones rurales de nos contrées (jusqu’à 12 jours sans courant dans certains endroits). Est-ce la cause du pic de natalité dit « de la tempête de 99 » ? Nous y reviendront peut-être un autre jour… Il fut un temps où nos rases campagnes n’étaient pas les laissées-pour-compte de la distribution d’électricité, puisque la ville de Bourganeuf en Creuse, avec son musée de l’électrification, a été la troisième ville française à recevoir l’électricité en 1886, et la première avec le transport de l’électricité à longue distance. Les deux premières localités sont rurales (Haute-Savoie et Ain). Hourra !
Malheureusement il semblerait que la réalité soit tout autre.
À la fin du 19ème siècle, les villes s’éclairent tandis que les villages restent dans l’obscurité. Les notables ruraux vont donc prendre l’initiative d’engager les communes dans le processus d’électrification, pour assurer d’abord l’éclairage public, puis la fourniture d’électricité aux citoyens. Jusqu’en 1923, l’État légifère, régule, contrôle, mais ne s’engage pas de façon décisive :
1900 : création de régies municipales d’électricité
1920 : création des Sociétés d’Intérêt Collectif Agricole d’Électricité (SICAE) pour donner un statut opérationnel aux coopératives électriques créées spontanément par les fermiers.
Au début du 20ème siècle l’État accorde des avances aux collectivités locales pour financer leurs investissements mais il évite de s’engager en risque, exigeant des collectivités locales bénéficiaires qu’elles garantissent les emprunts sur leur budget communal par l’augmentation des tarifs ou des impôts locaux.
La loi du 2 août 1923 définit les modalités de subvention de l’électrification rurale par l’État, subventions qui progresseront de façon continue et ininterrompue pendant une vingtaine d’années. Le Trésor public financera les régies d’électricité et les SICAE exclusivement. Les entreprises privées ne seront pas aidées financièrement. Jusqu’en 1936, la France aura toute une panoplie de lignes de financement.
Repris d’une proposition des Collectivités locales, le Front populaire créé le Fonds d’Amortissement des Charges d’Électrification (FACE), dans sa loi de finance de décembre 1936, « pour alléger les charges communales et départementales d’électrification »… mais aucunement pour se substituer à ces financements publics locaux.
Quand éclate la Seconde guerre mondiale, l’électrification rurale est pratiquement accomplie
avec 96% de la population française raccordée au réseau.
Au sortir de la guerre, l’État est face à une tâche immense de reconstruction, mais aussi d’harmonisation des techniques, d’optimisation du système global électrique français et de baisse et d’uniformisation des tarifs. Les collectivités locales conservent l’Autorité concédante, et EDF est créé pour reprendre les 1200 concessions de distribution qui avaient été accordées à des sociétés privées et gérer les comptes du FACE qui conservera son autonomie pour garantir l’investissement dans les zones rurales moins profitables (seuls les régies et les SICAE gardent leur droit de produire et distribuer de l’électricité).
Le Massif Central est un cas particulier de précocité par son fort potentiel hydroélectrique et par la diversité des situations et les différentes stratégies employées, selon les départements. Pour exemple, l’électrification de notre chère Corrèze est achevée en 1936.
Le réseau interconnecté français s’est construit par le raccordement d’une multitude de petits réseaux locaux, initiés simultanément mais séparément par les clients de l’électricité, les organisations spontanées et non par les contribuables.
Bibliographie et liens utiles :
René Massé – Histoire de l’électrification rurale en France – Édition « Études et travaux en ligne » du Gret. N°03. 2005
Arnaud Berthonnet, « L’électrification rurale, ou le développement de la « fée électricité » au cœur des campagnes françaises dans la première moitié du xxe siècle », Histoire & Sociétés Rurales 2003/1 (Vol. 19), p. 193-219.
Musée de l’électrification – La Grand’eau 19, route de la cascade 23400 BOURGANEUF
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