
Il s’agit des programmes informatiques utilisés par les traders pour optimiser leurs transactions boursières. La machine réagit au millième de seconde à la moindre variation des cours et permet d’acheter ou vendre avant tout le monde. Mais comme dans ce monde là ils sont tous équipés…
Conscientes des risques de réactions en chaîne les autorités boursières ont tenté d’interdire ce fameux H.F.T. avec le même entrain et la même efficacité que l’O.N.U. tentant d’éviter la prolifération nucléaire ou notre gouvernement l’évasion fiscale.
Acheter, vendre, acheter, vendre, acheter, vendre, le plus vite possible, tel est le but. Le top ce serait d’arriver à vendre avant d’avoir acheté.
Non ? C’est de l’escroquerie ?
Quelques procès sur ce thème ont déjà eu lieu.
« Mais m’sieur le juge, à 1 pouillième de seconde près j’avais bon. C’est mon algorithme qu’a dû merder. Vous savez j’y connais rien en informatique. Je préfère qu’on me traite d’incompétent plutôt que d’escroc1Qui trouve l’auteur de cette dernière phrase dans une affaire de boursicotage gagne un Carambar.. »
Qui trouve l’auteur de cette dernière phrase dans une affaire de boursicotage gagne un Carambar.
Le juge fut toujours compréhensif et bon enfant.
Bref le H.F.T. c’est le rêve de tout épicier normalement constitué.
Imaginons le commerce à haute fréquence dans nos campagnes. Par exemple dans le petit bar/épicerie de mon village.
Dans sa manière délicieusement anachronique de pratiquer le tenancier sert, par jour, douze cafés, soixante-douze rosés et pastis, dix-huit demis, deux saucissons, une tranche de pâté, une boîte de sardines portugaises à l’huile d’olive, encore quelques rosés, quelques blancs, et quelques pastis et de manière aléatoire quelques paquets de cafés, de sucre, et autres denrées de première nécessité. L’arriération est telle que le pauvre n’a même pas de statistiques de ventes précises, c’est dire.
Tout cela lui prend douze heures de dur labeur, avec pour seule gratification, en plus d’un gain monétaire modique, la primeur des nouvelles les plus locales, et des comptes-rendus précis de l’état d’avancement de la pousse des champignons dans les bois alentour ou de la disparition, lente mais inéluctable, des truites dans l’étang d’à côté.
Imaginons donc que ce modeste villageois se lance dans le commerce à haute fréquence : un café, un rosé, un café, un pastis, j’vous mets le pastis dans le café, sucrez avec la tranche de pâté. Aïe aïe aïe j’avoue que j’ai un peu peur des mouillettes de sardine dans mon café. Mais bon si c’est le progrès, on peut pas aller contre, faut bien savoir s’adapter.
Par contre en une heure de temps il a fini sa journée, et comme il ne parle pas couramment le texto, il n’a plus le temps d’avoir ses informations locales. Et ne plus savoir quand sortent les morilles, ni s’il y a encore des truites dans l’étang, ça lui mine le moral, sans parler du vieux Pierre dont il n’a plus de nouvelles, ni des aventures coquines de la Jeanne qu’il suivait plein d’un intérêt un peu libidineux, il faut l’avouer.
Il finira par sombrer dans la dépression, fermera son estaminet, et terminera ses jours errant sur la place, tournicotant autour du monument aux morts en éructant de barbares anglicismes.
Quant à nous, les villageois, nous serons condamnés aux apéros tristement solitaires, et à quarante bornes pour un paquet de café. Vive le progrès !
Brice Gauthier






