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La Trousse Corrézienne

LTC 18 · 4 mai 2018

Grandeur nature #2 : l’entretien

La Confédération Paysanne en Corrèze

Entretien avec Denis Campmas, du GAEC des Baies de Pan (élevage de 500 brebis Limousines) situé à Peyrelevade sur le plateau de Millevaches, porte-parole de la Confédération Paysanne de Corrèze.

La Conf, c’est quoi ? À quoi ça sert ?

La Conf, c’est un syndicat agricole de petits et moyens producteurs, dans lequel on se bat pour la défense et le développement de l’agriculture paysanne.

La Conf, c’est aussi un syndicat qui a une optique internationaliste. Entre autres au travers de la lutte pour la « souveraineté alimentaire », c’est-à-dire le droit des peuples de choisir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires, partout dans le monde. Ça, c’est un aspect qui touche l’ensemble des citoyens, et pas seulement les paysans… Même si une des conséquences directes de la généralisation de l’agriculture paysanne serait l’augmentation des populations agricoles partout dans le monde, y compris en France.

Ça veut donc dire que les décisions, les prises de position et le type d’agriculture pour lequel milite la Conf ne doivent pas poser de problèmes aux petits et moyens paysans d’autres pays.

D’une certaine façon, cela rajoute de la cohérence dans les positionnements. On ne va donc pas défendre les choix faits dans une filière X ou Y, dont le but serait principalement l’exportation sur des marchés extérieurs, surtout si ces exportations risquent de détruire la production locale. Même si cette filière est par ailleurs vertueuse sur le plan environnemental ou social…

La Confédération Paysanne fait donc partie d’une organisation plus large qui fédère les organisations paysannes du monde entier qui luttent pour la souveraineté alimentaire, La Via Campesina.

Même si on ne s’intéresse, en tant que syndicat paysan, quasiment qu’aux questions agricoles et alimentaires, on a conscience du reste, car ces questions touchent à tous les aspects. Par ce levier-là, on pense pouvoir remettre en cause énormément de ce qui pose problème aujourd’hui, à tous niveaux.

Et qu’est-ce que ça donne au niveau national ?

Au niveau national, il s’agit de la défense des systèmes de production et d’alimentation qui nous semblent vertueux, aux niveaux économiques, sociaux, environnementaux… On milite pour que la classe politique en général choisisse un mode d’alimentation pour sa population qui réponde à ces enjeux là. À plutôt favoriser les producteurs locaux, même si ça peut sembler « plus cher », que d’aller chercher la côte de porc au bout du monde. Si les politiques favorisent l’agro-industrie, qui produit une nourriture qui paraît moins chère, on connaît l’avenir : on voit les grandes plaines d’élevage américaines, les monocultures intensives, les usines à aliments…

C’est d’autant plus dangereux que ce système produit de la nourriture qui est faussement moins chère : on ne prend jamais en compte les « coûts cachés » de l’agriculture industrielle. C’est-à-dire les subventions qui vont aux plus gros au détriment des plus petits, l’explosion des problèmes de santé liés à l’alimentation dans la population et les coûts que cela engendre – il suffit de penser à la grippe porcine et aux millions de vaccins commandés à cette période -, les impacts environnementaux tels que la dépollution des nappes phréatiques ou des plages envahies par les « algues vertes » par exemple, ou encore les impacts sur le monde du travail d’une agriculture ultra mécanisée et robotisée et la destruction des emplois ruraux et du tissu social que cela entraîne. Tous ces coûts sont en fait « externalisés » : ils sont payés par l’ensemble des citoyens, et c’est la raison principale pour laquelle la nourriture issue du système agro-industriel semble moins chère que la nourriture qui provient de l’agriculture paysanne.

Nous, on milite pour que l’agriculture en France ne prenne pas cette direction. Par des actions, des manifestations, le fait d’être présents dans des institutions clés, d’être souvent en contact avec les politiques… En fait, c’est la complémentarité des modes d’action qui fait qu’on a parfois des victoires, à tous les niveaux y compris le local.

Par exemple ?

Par exemple, la lutte autour des Surfaces Pastorales Ligneuses (SPL), montre bien à quoi sert un syndicat, au jour le jour.

Les Surfaces Pastorales Ligneuses, c’est quoi ? Des landes en fait, qui sont souvent des landes à bruyère ici, sur le plateau. Des fermes qui ont des surfaces comme ça, il y en a un certain nombre en Corrèze, mais pas que. Ça touchait tout le Limousin, et d’autres régions en France.

En cours d’année, un certain nombre d’éleveurs se sont rendus compte que leurs surfaces qui étaient classées comme ça n’étaient plus éligibles à la PAC. Par un décret ministériel, ces surfaces s’étaient retrouvées classées comme « non-agricoles », au même titre qu’une piste d’atterrissage, ou une forêt. Alors que ce sont des surfaces qui sont pâturées par nos moutons, et dont on tire du fourrage !

Du coup, les aides sur ces surfaces tombaient, parce que la valeur fourragère de ces surfaces était niée. Certaines fermes étaient assez peu impactées, mais un certain nombre d’autres risquaient de mettre la clé sous la porte du jour au lendemain.

Alors qu’est-ce qu’on a fait ? On a commencé par organiser des réunions publiques, et on a essayé de mobiliser les élus locaux pour qu’ils se mettent au courant.

Voyant que ça ne suffisait pas, on est passé à la vitesse supérieure : on a été directement prendre rendez-vous au ministère de l’agriculture avec le niveau national, et quelques instants avant que le rendez-vous ne commence un autre groupe a déployé une immense bâche d’ensilage sur le stand du ministère au salon de l’agriculture, histoire d’enfoncer un petit peu le clou.

Comme ça n’a toujours pas suffi, on est allé directement faire une manif, avec quelques brebis, dans une instance du ministère de l’agriculture.

Enfin une semaine plus tard on a refait une manif, cette fois à Limoges, à nouveau avec quelques brebis. En parallèle de toutes ces actions, les négociations étaient constamment en cours. Et tout ça est allé très vite, un mois et demi-deux mois…

Finalement, après une énième réunion au ministère, on a appris que tout était gagné.

Ce sont des dizaines de fermes sauvées à court terme, et probablement des centaines à moyen et long terme. Donc sur ce coup-là, sans la Conf, on aurait perdu les trois quarts des moutonniers du plateau en une saison.

(ENCADRE)

Comment soutenir ?

-Si vous êtes paysan, adhérez.

-Sinon, les Amis de la Conf de Corrèze vous tendent les bras ! L’association regroupe des mangeurs qui veulent aider les paysans dans leur combat de toutes les façons possibles et imaginables. Première réunion le ??? à ???. Venez faire un tour ! Infos : mail ?

-Les Confédérations Paysannes du Limousin sortent une bière de soutien ! Pour avoir plus d’informations, savoir où la trouver, ou encore la distribuer vous-même, contactez mail ?

Et quelques dates :

-La Conf sera présente aux Nuits de Nacre (29.6-01.7 cette année), ou elle régalera les mélomanes de délicieux « kebabs paysans » (avec de la vraie viande de moutons SPLo-compatibles). Et surtout, elle organise le grand banquet final du dimanche midi.

-Conférence débat sur les accords de libre-échange le ? À ?

-Le 15 septembre, les Conf du Limousin et l’ADEAR organisent la grande fête de l’Agriculture Paysanne du Limousin à la ferme collective de la Tournerie (Coussac-Bonneval, 87). Débats, ateliers, jeux pour les enfants, spectacles et concerts… Réservez dès maintenant votre week-end !

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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