
La république a fait son tri
Ce qui frappe d’emblée dans ce document, c’est le poids des mots, pas moins de 34 occurrences pour « république », 25 pour « valeurs de la république » ou « valeurs républicaines », 28 pour laïcité.
Par contre, « justice » n’apparaît que 6 fois, pour désigner avant tout l’administration à laquelle auront à faire les élèves qui ne respecteront ni la république et ses valeurs, ni la laïcité et non en référence au principe moral.
« Liberté » et « fraternité » ont droit chacun à une seule occurrence, « égalité » ne fait pas partie de la liste.
La réduction des inégalités et les exigences de mixité sociale sont tout de même mentionnées, mais sans surprise et sans moyens nouveaux pour y répondre : maîtrise du français, lutte contre le décrochage scolaire, incontournables des discours ministériels depuis trop longtemps.
Je crois, tu crois… il croit… à l’école républicaine ?!
Les élèves devront croire (ou faire semblant) au « nouveau catéchisme républicain », diffusé lors de « l’enseignement moral et civique »… très différent de « l’éducation morale et civique » dispensée jusqu’alors… car on y rajoute la laïcité !… cherchez l’erreur ! Pas moins de 1000 personnes « formées » dispenseront la bonne parole et la bonne méthode dans les campagnes… peuplées comme chacun sait d’instits et de profs ignares et incompétents.
C’est en fait, un véritable parcours citoyen qui attend chaque élève, dès l’école élémentaire, parsemé d’une « journée de la laïcité », de « commémorations patriotiques » et d’une « journée défense et citoyenneté »… beau programme !
Le dogme défini et enseigné, il conviendra de le respecter… strictement.
« Les comportements mettant en cause les valeurs de la république (seront) traités, systématiquement signalés au chef d’établissement, avec, le cas échéant, une sanction disciplinaire ».
« Le rétablissement de l’autorité du maître passe par la compréhension et la célébration des rites et symboles républicains (hymne national, drapeau…). »
L’apprentissage par cœur de la Marseillaise sera pour l’élève, l’occasion d’apprécier à leur juste valeur les notions de liberté de conscience et d’expression ou encore les capacités de jugement et d’argumentation que cet enseignement prétend lui faire acquérir.
« Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu’un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la Société. Méfiez-vous des enfants sages ! »
Jean-Paul Sartre in Les mains sales.
Peur et répression, de drôles d’instruments pédagogiques !
Ce document, censé dorénavant régenter les mœurs et les croyances écolières, est tout entier organisé autour d’un grossier amalgame entre civilité, nationalité et laïcité. Il peut paraître normal de respecter les enseignants et l’institution, mais à chacun de « se sentir Français » ou non et c’est à l’État d’être garant de la laïcité. La « mobilisation de l’école » semble avant tout cibler les élèves musulmans insuffisamment francisés. Nous y sommes, la vision identitaire de la laïcité s’installe officiellement à l’école avec un mot d’ordre « éradiquons la menace barbare ! ».
Dans ce processus, tous les élèves sont visés, au-delà de ceux précisément ciblés par la « lutte anti-terroriste ». Peur, répression, dénonciations iront de pair avec les injonctions d’obéissance et de respect de la pensée officielle… tout le reste devenant déviant.
« C’est justement ceux qui ne sont pas “ Charlie ” qu’il faut repérer, ceux qui, dans certains établissements scolaires ont refusé la minute de silence, ceux qui “ balancent ” sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale. Et là, l’école et les politiques ont une lourde responsabilité. »
Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de France 2 – dans le journal de 13 heures du 12 janvier
C’est oublier que les valeurs, on les partage, on y adhère, on ne les impose pas par un acte d’autorité mais au contraire par des échanges, des confrontations et des questions.
Former des citoyens, c’est offrir des éléments de jugement pour un esprit critique, qui ne prend pas pour argent comptant tout ce qui se dit ou s’écrit.
Cela suppose des individus attachés à un raisonnement rationnel, or, remplacer le dialogue, la conviction par l’obéissance ou le dressage… même sous couvert d’autorité civile plutôt que religieuse… quelle rationalité, quelle crédibilité ?
Est-ce vraiment cela le résultat d’une mobilisation citoyenne contre la barbarie et pour la liberté d’expression ? « Reviens Charlie, ils sont devenus fous ! »
Grandir
« Quand est-ce qu’on va enfin enseigner partout dans les écoles, l’histoire objective des religions, sans parti pris, sans dogmatisme, de toutes les religions et philosophies depuis les débuts de l’humanité et le fondement spirituel à dégager de tout ça, que certains peuvent appeler morale laïque si ça leur chante mais surtout et avant tout les outils pour avoir la capacité de choisir et de se forger sa propre morale ?
Afin que nul intégrisme, quel qu’il soit, ne puisse prendre racine dans ce terreau là. »
L’humanité, wake up ! CG, 12 mai 2014.
Dessein de liberté
Vite des reproductions de dessins-alertes se sont répandus, tel celui de Céline Wagner « JE SUIS CHARLIE », treize lettres se détachant en rouge à hauteur du visage de la jeune femme représenté nue, debout. Ce dessin-là est apparu un matin, le 8 janvier 2015 comme un cri muet. Ce dessin-courage s’était alors démultiplié sur l’écran d’ordinateur de « destinataires inconnus ». Vite « transféré », mis en ligne, mieux mis en partage, reproduit dans cette « version » qui sied à merveille au dessin. De la touche « imprimer » quel jaillissement : feuilles blanches transformées une à une en dessins-consciences.
Tout un dessein de liberté s’esquisse au fil des heures, voire de semaines durant : le regard des passants sera capté dans plusieurs endroits du Quercy Blanc où la figure humaine de la femme se dresse et fait face à la barbarie aux côtés d’autres reproductions de Unes de CHARLIE HEBDO (« immortel »), de l’Humanité (du 8 janvier : « C’est la Liberté qu’on assassine ») apposées sur l’initiative de citoyen(ne)s dans des vitrines et lieux publics du bourg de Castelnau-Montratier.
Ce dessin-jalon de Céline reproduit aux côtés d’autres créations de dessinateurs du Quercy dans La Dépêche du Midi le 9 janvier le sera par la suite dans d’autres publications. L’auteure de récits graphiques et de BD continue à créer et à initier à son art les enfants qu’elle accompagne dans leur dessein de liberté pour être au monde.
J. V.
Parce que chaque jour nous répétons aux gamin(e).s qu’une société qui fabrique de la haine est une société qui produit de la mort. Se souvenir, pleurer puis continuer à rire.
Pour Frédéric Boisseau, Elsa Cayat, Ahmed Merabet, Tignous, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Cabu, Charb, Mustapha Ourrad, Wolinski, Honoré, Bernard Maris






