Le Département de la Corrèze annonce dans son dernier magazine la création d’un nouveau dispositif d’accueil pour les jeunes confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) : Familles solidaires. Que peut-on en penser ?
Suite à l’adoption du nouveau schéma départemental en faveur de l’enfance, le Département lance un appel à la solidarité des corréziens afin d’accueillir à leur domicile des enfants placés sous sa protection. C’est une démarche volontaire, bénévole, et une indemnité d’entretien sera versée aux accueillants. De premier abord, on est tenté de se dire, pourquoi pas ? Des familles ayant cet élan pourraient ainsi élever des enfants de l’ASE, sans pour autant en faire leur métier. Parce que oui, être famille d’accueil de l’ASE, ou « assistant familial », selon le terme consacré, est un métier à part entière. Pour devenir famille d’accueil professionnelle, les exigences sont assez nombreuses. Il faut dire que le sujet est sensible : il s’agit tout de même d’accueillir des enfants dont, souvent, un Juge des Enfants a décidé du retrait temporaire de leur famille d’origine. Aussi, ces assistants familiaux font d’abord l’objet d’un agrément. Entendez par là qu’une enquête sociale est menée, au travers de plusieurs entretiens auprès du futur salarié et de tous les membres de la famille. Elle vise à s’assurer que celle-ci « présente des conditions d’accueil garantissant la sécurité, la santé et l’épanouissement des enfants accueillis (physique, intellectuel et affectif) ». La procédure dure quatre mois. Le casier judiciaire de tous les adultes présents au domicile, ainsi que l’état de santé de l’accueillant sont vérifiés. Une fois l’agrément délivré, il doit être renouvelé tous les cinq ans. Ensuite, et avant l’accueil du premier enfant, une formation de 60 heures obligatoire est dispensée, suivie d’une formation de 240 heures, en alternance sur une période de 18 à 24 mois, dans les 3 ans suivant la signature du 1er contrat de travail.
La loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfance a introduit une nouvelle possibilité de prise en charge pour les enfants confiés à l’ASE. En effet, jusqu’ici, ceux-ci étaient accueillis soit en famille d’accueil, soit en établissement médico-social. Désormais, et depuis le décret du 10 octobre 2016, il est également possible de recourir durablement à des tiers bénévoles : « Le tiers est recherché dans l’environnement de l’enfant, parmi les personnes qu’il connaît déjà ou parmi d’autres personnes susceptibles d’accueillir durablement l’enfant et de répondre de manière adaptée à ses besoins. » Ainsi, en « recrutant » des familles solidaires, on peut déjà se demander si l’esprit de la loi est bien respecté, même si effectivement rien n’interdit aux départements de faire cette démarche.
Contacté, le Département de la Corrèze n’a pas répondu à nos nombreuses questions. Le service de l’ASE, à l’évocation du nom de La Trousse, nous a renvoyé vers la Direction de l’action sociale, qui nous a redirigé vers le secrétariat du président, M. Coste. Coordonnées laissées, e-mail envoyé… point de réponses.
Des familles d’accueil, professionnelles, ont, elles, bien voulu échanger. Elles découvraient le dispositif. Nous leur avons fait part des questions posées au Département.
D’abord, quels seront les modalités précises de « recrutement » de ces familles solidaires ? On parle pour le moment d’un entretien du service de l’ASE visant à évaluer les conditions d’accueil. S’agira-t-il alors d’une procédure similaire à celle de l’agrément, mais en plus light ?
Ensuite, les familles solidaires bénéficieront-elles d’une formation spécifique ? Il n’en est fait nulle part mention. Pourtant les familles d’accueil le disent, elle est primordiale. C’est au cours de cette formation que sont abordées notamment les questions en lien avec les attentes que l’on peut avoir vis à vis des jeunes, et auxquelles on renonce très vite. Non les jeunes accueillis ne sont pas nécessairement reconnaissants vis à vis de la famille d’accueil, et pour cause. Les parcours sont difficiles, émaillés de ruptures, de difficultés diverses. Ils font juste ce qu’ils peuvent. Comme le disent les familles rencontrées, heureusement qu’elles sont préparées à cela et qu’elles comprennent la complexité de ces situations.
Alors, comment ces familles solidaires seront-elles préparées à ces accueils (notamment en termes d’impacts psychologiques), et quels rôles joueront-elles dans les relations avec les familles d’origine des enfants, le cas échéant ? On n’en saura rien pour le moment.
Le Département précise que les mineurs susceptibles d’entrer dans ce dispositif seront identifiés notamment « sur leur capacité à adhérer à ce dispositif ». On a alors supposé que ces familles accueilleraient en priorité des enfants aux comportements particulièrement adaptés. Mais alors, si ces enfants plus « faciles » ou stabilisateurs, sont orientés ailleurs, les assistants familiaux salariés ne vont-ils pas être en difficultés accrues ?
Bref, cet article commence et finit sur des questions…
Céline Perrin





