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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 13 · 30 juin 2017

Faire vivre les traditions en Limousin

Le Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin

C’est d’un pas léger que je monte les escaliers de la Mairie de Seilhac pour découvrir au second étage, les bureaux du Centre Régional des Musiques Traditionnelles en Limousin. Je ressens la même impatience et vivacité de mes pas quand je m’élance sur la piste de danse des bals folk et trad qui essaiment en territoire Limousin et ailleurs.

Rencontre avec Olivier Durif

Sauf que là, ce n’est pas la fébrilité des instruments et des danseurs qui m’accueillent ! Après avoir croisé Dominique Meunier, Directeur Adjoint, je me retrouve face à Olivier Durif, Directeur du CRMTL. Réalité d’un Grand Bonhomme qui porte plus de 40 ans d’expériences artistiques de terrain des territoires regorgeant des vivantes richesses traditionnelles. Je trouve ça rassurant de les avoir déjà vu tous les deux, accompagner en musique l’Atelier de Danse Trad’ de Patrick Graval (un vendredi par mois à Seilhac). Et oui ! Comment animer, dynamiser, faire connaître et transmettre les cultures traditionnelles locales, encourager, soutenir et relayer toutes sortes d’initiatives, sans faire l’expérience directe et engagée des musiques et danses du Limousin ! (1) De la même manière, c’est ma sensibilité de danseuse passionnée et de danse thérapeute qui se trouve engagée dans cet article.

A l’origine …

L’histoire de la création du CRMTL s’inscrit dans la genèse du folk en France dans les années 70 (2). L’après 68 fait naître des engouements pour les anciennes traditions : on cherche à lutter par tous les moyens contre l’uniformisation planétaire et les modèles imposés par le monde industriel, on milite et s’engage pour ne pas perdre ses racines. Les traditions en voie d’oubli sont réinterprétées et redynamisées pour ré-inventer un nouvel art de vivre et de nouveaux liens dans le collectif. Olivier Durif et ses compagnons de route étaient dans cette mouvance : « On se devait de bousculer l’ordre établi pour ne pas perdre le fil de la vie. C’est ça qui m’a poussé à agir jusqu’à maintenant. » Quand il découvre avec d’autres les bals et fêtes de village où se côtoient la danse et la musique, où se mélangent les corps dansant et les vibrations sonores des instruments, il a été littéralement secoué par l’intensité engagée des « anciens », déployant une énergie farouche et débridée : « ce qui m’a fait chialé, c’est que je voyais les sons de mon violon à travers ces danseurs fous, leurs pas, leurs mouvements venaient appuyer là où je jouais ». Bouleversé par ces héritiers d’anciennes traditions, il n’a eu de cesse de suivre ce fil de vie à l’état brute où « la guinche permet aux barrières physiques, psychiques et sociales de se lever ». Ici pas de corps étriqué, enfermé dans un code, une forme, mais une énergie débridée circulant entre les musiciens et les danseurs, ouvrant à des échanges étonnants d’allégresse et de surprises. Dans ces espaces festifs, il est même possible de s’affranchir de la pesanteur : « le temps des bourrées étaient des moments concentrés d’une rare intensité dont le danseur et le musicien s’emparaient pour donner tout ce qu’ils avaient à donner. » Au fur et à mesure de leurs évocations, ces scènes anciennes deviennent palpables à mes sens. Je ressens leur flagrance et résonne en écho les paroles de Saint Augustin : « la danse fait naître un homme libre et vibrant dans l’équilibre de toutes ses forces » … Elle le libère « de la lourdeur des choses et lie l’individu à la communauté. » Je ressens vibrer à nouveau en moi mes premiers émois de bal quand gamine de 5 ans, j’ai lâché les mains de mes parents pour aller accrocher celles d’inconnus dans une ronde endiablée : plus de barrières à ma timidité, plus de limites corporelles, juste le plaisir, le bonheur et la liberté de se mouvoir et de s’émouvoir avec d’autres.

De l’exaltation

Olivier Durif continue : « de telles fougues des anciens ont déserté les parquets des bals, mais ça arrive encore à certains événements quand les musiciens et les danseurs ne sont pas dans l’économie comptable de leurs énergies et se laissent emporter par cet esprit farouche ». Je comprends ça de l’intérieur, je connais cette impression proche de la transe : ça surgit de-ci de-là, quand la rencontre des corps et des sons a lieu. La magie opère à nouveau. L’espace et le temps vibrent et se colorent des timbres bien particuliers des instruments traditionnels (vielle à roue, violon, chabrette limousine, cabrette, accordéon, flûte de berger …), les harmoniques s’élèvent, l’air bouge au rythme impulsé par les souffles, les mains, les pieds, les corps tout entier. Les battements de cœur s’entendent à l’unisson, les liens se tissent entre les musiciens et les danseurs, les mouvements ne se font que l’écho de la musique, les appuis se posent sur les temps forts, les équilibres se tressent de déséquilibres, les regards se brodent de désirs et d’envie de liberté. L’alchimie a lieu, le partage des sensations se nourrit de la matérialité de la musique : épaisseur, couleur, énergie, chaleur, fraîcheur, rondeur… La musique à l’état brut, le Trad est dénué de polissage : Olivier Durif tient à propager l’ivresse contenue dans le flacon plutôt que le flacon lui-même : « la vraie modernité est dans la tradition régénérée. Poussé à l’extrême on pourrait dire que la tradition c’est l’oubli de la tradition. Je me réjouis quand j’assiste à ces scènes de mixité générationnelle, où la jeunesse s’empare de cet héritage. La guinche est là encore et encore, … »

Je repars de là-bas sous un monceau de cordes, le cœur vibrant, concernée plus que jamais par l’impact de la danse et de la musique sur le collectif. J’irai danser autrement à la prochaine édition de La Nuit de la bourrée à Sainte-Féréole, le samedi 27 janvier 2018. Je suis convaincue que le renouveau ne se fera pas en marche mais bien en dansant !

ENCADRE

Le Centre Régional des Musiques Traditionnelles en Limousin existe à Seilhac depuis 1994, dans le but de faire vivre les musiques et cultures traditionnelles. Découverte et promotion du patrimoine local, préservation, régénération et transmission des traditions musicales et dansées, soutien à la création et aux publications, le centre offre aussi une plate-forme d’accompagnement technique, organisationnelle et artistique, et est un lieu ressources d’archivages et d’informations. Il développe aussi des ateliers artistiques en musique et en danse de l’initiation à la formation.

CRMTL – 4 Avenue Jean Vinatier – 19700 SEILHAC – 05 55 27 93 48 – crmtl@crmtl.fr – www.crmtl.fr

(1) Olivier Durif : Musiques des monts d’Auvergne et du Limousin. Collection Musiques du Monde. Paris : Cité de la Musique / Arles : Actes Sud, 1998.

(2) Valérie Rouvière, Le mouvement Folk en France – %%A(http://trio.eth.chot.free.fr/MOUVEMENT%20FOLK/le_mouvement_folk.html|http://trio.eth.chot.free.fr/MOUVEMENT%20FOLK/le_mouvement_folk.html)%%

Yoéva

Olivier Durif et les musiques traditionnelles

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