
27, 28 & 29 septembre, à Saint-Martin-Château, c’était la fête de la montagne limousine.
Mais encore ? Car il s’en fait des fêtes là où chacun habite. Entre la fête des écoles, la kermesse, la fête du quartier, du village, la fête du PCF et la fête de la rose, la fête de la soupe, la fête des vendanges et celle de la fraise ou celle de la noix, les fêtes votives ou foraines, et j’en passe !
Alors qu’a-t-elle bien de particulier cette fête de la montagne limousine ?
Prendre soin des autres
Les marques de l’évènement s’inscrivent dans l’espace. La fermeture de routes et la désignation du stationnement, le fléchage des lieux, les gens qui vont et viennent, les stands décorés de ceux qui proposent des nourritures terrestres ou des livres, journaux, revues, informations diverses, bref tout ce qui fait que l’extraordinaire de deux jours, au sens propre du mot, se montre.
Je repère le stand de « Montagne Accueil Solidarité », celui de « la cantoche »*(pour italique ou majuscule, je ne sais pas car je ne sais pas ce dont il s’agit ici) du squat des exilé(e)s du 4 bis, avenue de la Révolution de Limoges, la caravane des gilets jaunes, un stand d’aide juridique, et de nombreux autres. Engagés.
Le programme, concocté au long cours d’une année de réunions plénières à partir des propositions des uns et des autres, est dense : spectacles, débats, échanges, découvertes, jeux, accompagnements… L’organisation est participative et efficace. Au moins une trentaine de bénévoles plus tous ceux qui ont fait une proposition. Tout est gratuit.
Le « souci de prendre soin des autres » est là, comme l’écrit le programme(1) : groupe d’entraide, de soutien, débat sur l’eau « sujet majeur de préoccupation et (dont) il faut nous occuper », atelier d’auto-défense numérique, atelier parents « tisser du lien », cent vingt évènements ou stands annoncés et l’entraide partout sans distinction de personnes, réfléchir à ce qui fait commun, vivre avec la nature et non pas contre elle. Voilà, vivre avec.
Zoom sur des possibles
Il s’en est montré des possibles d’agir. Comme un fil tissé.
Réjouissant : se réapproprier collectivement les funérailles, ne pas les abandonner au secteur marchand. Parler de la mort avec Par la Racine (cf. dossier), échanger sur la toilette funéraire, les cercueils et leur bac étanche obligatoire, les funérailles et les rituels aboutit à un déballage de questions, ouvre l’imaginaire, et ce fut réjouissant.
Rassurant : le pôle de santé Mille soins, réalisé depuis plusieurs années, montre que l’innovation n’est pas qu’une affaire de technique. « L’innovation technologique ici c’est être multi-sites, il n’y a pas une grosse maison de santé mais plusieurs réparties à l’échelle du territoire. Avec des cabinets partagés (…) Il est essentiel de travailler ensemble, quand on travaille ensemble on peut faire mieux, et plus vite ! ».
Prendre en compte les caractéristiques des lieux, l’évolution des métiers, la volonté des professionnels de santé d’équilibrer temps de travail et temps privé, quelque soit le genre, pour penser un système de soins de premier recours adapté, c’est possible.
Poursuivre la mise en question et définir comme objectif « la recherche d’un modèle économique des soins de premiers recours éthique (c’est à dire maintenir les gens en bonne santé), répétable, soutenable pour l’écosystème ». Chapeau bas.
Et de nouveaux médecins sont arrivés.(2)
Un questionnement continu
Passionnante, la discussion sur « Conseils municipaux, assemblée des habitants, et puis quoi encore ? ». En introduction, une vidéo montre une assemblée des habitants à Saint-Martin-Château(3).
Questionnements des habitants qui veulent être au courant, participer aux décisions, et même proposer leurs compétences. Questionnements d’habitants élus du plateau qui regrettent que les habitants s’abandonnent souvent à ceux qu’ils ont élus, qui souhaitent « faire participer » mais comment ? Quel pouvoir décisionnel donner ?
J’ai entendu un maire dire : « Il faut communiquer entre élus et avec les habitants, pour que tout le monde ait accès à la même information ». Je l’ai entendu dire aussi : « Je suis élu, je suis pas animateur… je suis pas animateur… En fait… je suis devenu animateur ! ».
J’ai entendu une maire s’interroger sur la possibilité d’avoir des habitants « en binôme » avec les élus. J’ai entendu des élus et des habitants constater qu’il suffit qu’un élu veuille aller vite, fonce, pour que l’assemblée des habitants perde de sa vigueur.
J’ai entendu « comment on retrouve une culture de la participation ? » Avec en remarque : « Ça, ça intéresse le syndicat ». Le syndicat de la montagne limousine, l’illustration de la volonté de ne pas s’abandonner justement. (cf. encart)
Bref, l’esprit de la fête est : entraide, coopération, collectif, se réapproprier savoirs et compétences, du pouvoir d’agir et d’être. Être là, accueillir et vivre. C’est aussi un questionnement continuel, comme une tranquillité dans une adaptation permanente.
J’ai entendu : « (il est important) de bousculer les usages et ne pas attendre que les politiques changent. C’est bousculer les usages qui fait le changement. », « ici ça marche parce que c’est… la magie de l’esprit », « parce qu’on s’aime bien, indépendamment du reste ».
J’ai entendu citer la phrase de E. O. Wilson : « Au sein d’un groupe, l’égoïsme supplante l’altruisme. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. »
Cela réchauffe l’esprit de sentir le collectif être. Ici.
Avec tous, puisque « nous sommes le territoire, cela signifie que ce sont avant tout les habitants, tous les habitants de ce territoire, qui le font vivre. »(1)
(1)http://www.montagnelimousine.net
(3)https://vimeo.com/363594174
Marie-Laure Petit




