Et si on s’attaquait aujourd’hui à deux termes qui sont souvent utilisés l’un pour l’autre dans le langage commun ? Mais attention, en parlant du capitalisme et du libéralisme on s’attaque à deux gros morceaux et en un peu plus de trois-milles caractères – la place qui m’est accordée pour cette rubrique – il y aura nécessairement de gros raccourcis et simplifications ! Et avant de débuter, entendons-nous sur le fait que par libéralisme nous entendons le libéralisme économique par distinction du social-libéralisme.
Commençons donc par un peu de définition. Le capitalisme est défini comme un régime économique et social dans lequel les capitaux, source de revenu, les moyens de production et d’échange n’appartiennent pas à ceux qui les mettent en œuvre par leur propre travail. Le libéralisme, quant à lui, se définit comme une doctrine de philosophie politique selon laquelle la liberté économique, le libre jeu de l’entreprise ne doivent pas être entravés.
On touche ici à une différence d’importance : le capitalisme n’est pas une idéologie politique mais un système économique. Le capitalisme, et c’est probablement sa grande force, peut s’accommoder de bien des idéologies politiques. La Chine est clairement dans un système économique capitaliste depuis quelques années ou décennies, pourtant son système politique est communiste. La mise en œuvre de plans quinquennaux, les nationalisations d’entreprises ou prises de participations de l’état, les actions de protectionnisme économique sont autant de procédés en opposition frontale avec les rouages de l’idéologie libérale. Si le libéralisme économique est un terreau favorable à l’épanouissement du capitalisme, il ne lui est pas une condition sine qua non.
Pour revenir en France, si le libéralisme est bien un objet de démarcation politique – très grossièrement entre la droite et la gauche, le système d’économie capitalisme n’est remis en cause par presque aucun parti ou à peine du bout des lèvres, à l’exception par exemple du NPA qui affiche la couleur dans son nom ! – le problème c’est que les partis ouvertement libéraux sont dans les faits (sans s’en rendre compte ?) parfois bien plus capitalistes que libéraux ! Démonstration : lorsqu’un gouvernement libéral décide dans sa Loi travail de plafonner les indemnités prud’hommales, il s’agit en réalité d’une mesure anti-libérale puisque dans le libéralisme la règle de base est que le système finit toujours par s’autoréguler, l’intervention de l’état pour fixer des seuils ou des plafonds étant inutile. En revanche, ce type de mesure favorise le propriétaire du capital au détriment du travailleur, elle est ultra-capitaliste. Quand je vous dis que le capitalisme n’a pas besoin du libéralisme pour prospérer !
Si on devait résumer en une phrase triviale la différence entre les deux concepts on pourrait ainsi dire que le libéralisme c’est quand tu travailles pour gagner de l’argent là où le capitalisme c’est quand ton argent travaille pour toi !
Mais une fois qu’on a dit ça, on fait quoi ? On garde tout, on jette tout ? Un peu des deux ? Comme d’habitude, on réfléchit. On prend n’importe quel problème un peu conséquent genre le dérèglement climatique, la misère sociale, les migrations, les guerres et on remonte de fil en aiguille à la cause racine. Bingo, on tombe toujours sur la même chose… mais je vous laisse trouver tout seuls !
Michel Dupuis





