
L’association Horizon19 construit le ’bien vivre’ avec les habitants de la communauté de Morado Kasa en Bolivie. Une alternative au modèle dominant.
À Treignac, Hélène et Michel Peyrat décident en 2008 de « contribuer à rétablir un peu de justice dans un monde où l’écart se creuse entre les plus riches et les plus pauvres ». Ils créent Horizons19, réactivent leur réseau d’amis, choisissent la communauté de Morado Kasa où 70 familles ont acheté son hacienda en ruine au propriétaire parti aux USA.
Le projet est écrit en concertation avec la communauté et le directeur de l’institution travaillant sur place. Il est approuvé par le Conseil Régional du Limousin. La Région Nouvelle Aquitaine financera des formations à partir de 2016.
Construire des hommes
Michel pilote la rénovation des bâtiments, effectuée par des habitants de la communauté ; trois ans de mobilisation et de formations aux techniques et au développement humain.
« L’avenir d’une société se joue d’abord au sein de chaque personne. le développement humain vise à généraliser des comportements, qui mobilisent, patiemment, vers la construction d’un autre modèle. Ainsi se construit pas à pas une citoyenneté consciente, politiquement engagée et responsable ».
Autre clé, l’agro-écologie, indispensable pour la souveraineté alimentaire et condition de la santé : fertilisation naturelle, semences traditionnelles, lutte naturelle contre les prédateurs, associations de culture et irrigation au compte-gouttes. Aujourd’hui, vingt trois familles cultivent un potager contre une seule en 2013. L’agro-écologie est peu exigeante en capital, intensive en main d’œuvre et à haute valeur ajoutée.
Le centre de formation encourage aussi des enclos pour les animaux, générant une fertilisation naturelle et un environnement propre. Il promeut une mécanisation utilisée collectivement. Ce développement local s’appuie sur la création de micro-entreprises et la formation de leaders paysans.
Faire réfléchir
Le centre d’éducation et de formation émancipatrices Rijch’ariy anime les formations en se basant sur une pédagogie inter-active inspirée de celle de Paolo Freire. Il veut donner aux paysans la fierté d’appartenir à une culture, développe conscience de l’histoire et mémoire des luttes. Il valorise la musique, récupère et développe certains savoirs faire ancestraux, notamment dans le domaine de l’artisanat et de la santé.
Le modèle de santé en construction responsabilise les habitants et limite le recours à la médecine conventionnelle. En Bolivie existe la médecine des « kallawayas ». Ces médecins incas qui ont survécu à des siècles de colonisation sont riches d’une médecine ancestrale par les plantes.
« Le ’bien vivre’ est une affaire de longue haleine. Le chemin reste incertain, mais tracé », résument Hélène et Michel.
Propos recueillis par Gilles Madec
Encadré: une critique radicale du modèle agricole dominant
« Notre modèle agricole productiviste a tourné le dos aux valeurs paysannes d’humilité et d’entraide. Les petites fermes de polyculture où l’on élevait les animaux avec les produits de la ferme, ont disparu sous les roues des tracteurs et des moissonneuses batteuses. L’imagination bureaucratique a mis en route la prodigieuse marche du divin progrès. Tout ce qui était ancien doit disparaître, la loi du marché doit régner.
Aujourd’hui, nous constatons que ce modèle a eu des effets spectaculaires, mais dévastateurs. Une partie des sols en France est épuisée par un matraquage chimique. La monoculture prétend nourrir la planète, elle finit par tuer la terre et les hommes. Les agriculteurs, qui ont utilisé les pesticides et fongicides sans précaution, décèdent de cancer ou sont malades. Dix millions d’actifs travaillaient à la campagne en 1945, il en subsiste 600 000 et 600 se suicident chaque année. Les paysans ont perdu leur identité.
Les dangers des produits issus de l’agriculture conventionnelle et de l’agro-alimentaire interrogent de plus en plus les chercheurs et les consommateurs.
Sur notre planète, environ trois milliards de petits paysans, principaux pourvoyeurs de denrées alimentaires, occupent moins d’un quart des terres agricoles mondiales. L’économie moderne les condamne à disparaître ». Hélène et Michel
Gilles Madec



