Ils sont dans la rue ou aux ronds-points ; les gilets jaunes sont à la pointe de la lutte sociale depuis des mois. Pas de représentants élus du mouvement, pas de structuration officielle, pas de liste aux prochaines élections, leur credo, c’est la révolution, de celles qui doivent redonner le pouvoir au peuple sans passer par les urnes. Ils sont dans les médias ou en meeting ; les hommes politiques sont sur le devant de la scène depuis des semaines pour nous dire d’aller voter aux prochaines élections, pour exercer ce droit fondamental du peuple sans passer par la rue.
Alors élection et révolution, vrais ou faux amis ? Si on en vient à se poser la question, c’est que les partisans de l’un comme de l’autre veulent nous faire croire que les deux sont antinomiques. Soit on va dans l’isoloir mettre un bulletin dans l’urne, soit on va dans la rue renverser le système en place. Et pourtant, comme à chaque élection, dans la liste des bulletins possibles se trouveront des partis qui se diront révolutionnaires : une élection pour une révolution. Et pourtant la révolution en cours en Algérie a pour but de mettre en place une vraie élection présidentielle : une révolution pour une élection.
Mais alors quel est le problème ? Et comme on fait bouger le système ? En allant voter, en descendant dans la rue ? Parce que s’il y a une chose sur laquelle on peut faire rapidement consensus, c’est qu’il faut changer le système ! Sauf que le problème ce n’est ni la révolution ni l’élection, le problème c’est la violence. La violence est dans le système lui-même, dans la souffrance qu’il impose au grand nombre, dans l’inégalité outrancière qu’il génère, dans les rapports de domination qu’il instaure, dans son incapacité à s’attaquer aux sujets les plus urgents… Alors si la violence est le problème, comme pourrait-elle aussi être la solution ? Hurler sur un enfant pour lui demander d’arrêter de crier ne fonctionne que quelques secondes, avec la certitude qu’il faudra recommencer bientôt et que, devenu adulte, l’enfant trouvera que le hurlement est un moyen légitime d’expression. La violence engendre la violence, la violence est un système qui assure sa propre survie !
La Révolution française a-t-elle réellement mis fin aux privilèges ? Non, elle n’a fait qu’opérer un changement de classe dominante ; la bourgeoisie a pris la place de la noblesse, et le peuple continue d’attendre son tour. Mais la lutte des classes proposée par les parties révolutionnaires, en visant à changer les rapports de force, pourrait n’arriver qu’à faire des dominés les futurs dominants et des dominants les futurs dominés. À procéder ainsi, on ne fait pas évoluer fondamentalement le système. C’est d’ailleurs la définition même de la révolution au sens astronomique : faire un tour sur soi-même pour revenir au même endroit !
D’un autre côté, on ne peut pas dire non plus que les élections des dernières décennies aient fait fondamentalement évoluer le système. Nous ne faisons que nous enfoncer de plus en plus profondément dans un capitalisme inégalitaire et donc violent…
Mais alors on fait quoi pour sortir de cette violence ? L’inverse de la violence ce n’est pas le statu quo ou l’immobilisme, ce n’est pas l’acception, ce n’est pas la révolution, ce n’est pas l’élection. La violence est une opposition. L’inverse de la violence c’est la coopération, l’union. Alors replongeons-nous dans l’histoire, au moment du Conseil national de la Résistance. Alors que la Seconde Guerre mondiale n’était pas encore terminée, toutes les tendances politiques représentées dans la Résistance se sont unies, sans exception, pour mettre au point un programme politique de sortie de guerre. Nationalisations, Sécurité sociale, retraites, tous s’accordent à dire qu’il s’agit des plus grandes réformes sociales qu’ait connues la France contemporaine. Et pourtant le CNR n’était ni issu d’une révolution, ni d’une élection, c’était juste une union… de quoi s’inspirer pour les temps à venir !
Michel



