
Viennent les jours heureux, le goût du bonheur.
Je retiendrais cette phrase des différentes campagnes pour l’élection présidentielle. Les candidats finalistes n’ont laissé paraître aucune liberté d’élargir les finalités de leurs programmes au droit au bonheur pour tous. Je parle de la possibilité de jouir de ces moments éphémères au-delà de toutes conditions sociales. La bienveillance, le lien-être, ces mots si souvent entendus dans le langage des nouveaux politiques aujourd’hui, ne semblaient être que des termes adoucissant la réalité. La bienveillance est nécessaire, mais ne peut être une fin en soi. Ce terme renvoie à la relation à l’autre dans laquelle on le conforte dans sa position. Une dose de dialectique pouvait venir chambouler tout ça et vivifier un peu nos relations sociales, voire faire naître un conflit social fructueux plutôt qu’un dialogue social bienveillant. Les mots semblent manifester l’intention d’adoucir la réalité afin de rendre impossible la résolution du conflit social. C’est peut-être pour cela qu’ils n’osent parler de bonheur, ce mot est trop synonyme de liberté. On réduit l’ouvrier à sa position d’ouvrier, avec lequel il faut être bienveillant. On n’ose imaginer son bonheur, car l’on serait alors confrontés à lui comme être libre, ouvert au monde, au-delà du monde limité de son travail. Stéphane Hessel traversait-il le temps de prendre un pique-nique entre amis ou en famille au bord d’un étang ? Il semble encore difficile de l’entendre. Doit-on y voir la marque d’un oubli inconscient ? Cela doit plutôt être le reflet de la conscience cynique de l’impossibilité d’imaginer quelques moments de bonheur au sein d’un système régi par la loi du marché. Et pourtant, elle tourne ! Ou plutôt, pourtant, le monde est ouvert !
La Tounette





