
Ce mois-ci je (me) touche plus
Non, vous n’êtes pas dans La culotte des filles mais bien dans votre fiche de paye du mois d’octobre (c’est comme pour la culotte, c’est pour ceux qui en ont une) sur laquelle vous constatez avec une joie non retenue qu’elle indique, tout en bas, dans la case « net à payer », une augmentation substantielle de quelques euros…
Ces quelques euros de plus par mois que vous retrouverez sur votre compte en banque dépendent évidement du montant de votre salaire. Ils correspondent à 21,72 euros pour un SMIC et 32,63 euros pour un salaire d’une fois un et demi ce dernier. Cette progression est en comparaison du revenu de fin 2017. Elle a été progressive : 7,50 euros en janvier et 14,22 euros en octobre. Mais attention, tour de passe passe, il n’est pas ici question d’augmentation du salaire. Non, ce dernier, le brut, celui de référence, reste au même montant, hormis l’augmentation annuelle du SMIC en janvier.
Pour bien comprendre ce que je raconte en terme de salaire de référence, ou encore réel, il suffit de prendre l’exemple récent de la mutuelle pour tous. Par « tous », il fallait entendre « les salariés ». Effectivement depuis deux ans, obligation est faite à l’entreprise de proposer une mutuelle à ses salariés1. Dans la plupart des cas, elle est prise en charge à 50% par l’employeur et 50% par l’employé. Sur une cotisation totale par mois de 30 €, 15 € seront donc à la charge de l’un et de l’autre. Comment cela s’écrit-il sur la fiche de paye ? Et bien, les 15 € de l’entreprise sont ajoutés aux cotisations que doit verser cette dernière aux différentes caisses de sécurité sociale. Ils augmentent donc les cotisations patronales de 15 €. Pour ce qui est de la part à payer par le salarié, elle est déduite de son salaire, celui de base, le réel, dit encore le brut. Pour un smicard à 35 heures, les 15 euros se déduisent donc des 1498 € en s’ajoutant aux autres cotisations sociales, qui elles sont fonction du montant du « brut » et donc s’expriment en pourcentage selon le « démodé » principe de solidarité2.
Ce mois-ci le salaire n’a donc pas bougé d’un iota. Esbroufe. Que s’est-il passé alors ? Une décision gouvernementale de soustraire le salarié à la cotisation aux caisses d’assurance maladie, en janvier, et chômage, en octobre. Concernant cette dernière, les travailleurs auparavant y cotisaient à hauteur de 2,40 % de leurs appointements, soit 36 € par mois pour un SMIC3. Les voilà libérés de cette obligation ! Quelles conséquences ? D’un point de vue comptable et gestionnaire, s’en suit une diminution considérable des ressources d’indemnisation des chômeurs. Si l’on considère le chiffre de 129 milliards d’euros de masse salariale en France, la fin de la cotisation entraîne 3,1 milliards de déficit dès 2019. Le petit gestionnaire de l’Elysée prendrait-il un tel risque ? Non. Il anticipe, il régule. Selon un article du Figaro de juin 2018 « L’assurance-chômage devrait atteindre le « quasi-équilibre » en 2019, puis engranger des excédents de 1,6 milliard d’euros en 2020 et de 3,6 milliards en 2021 ». Le journal stipule plus loin que ces chiffres ne prennent pas en compte les mesures gouvernementales dont nous parlons ici… D’un point de vue démocratique, plus grave encore, la gestion dite paritaire de l’UNEDIC4 (cf note 1) en prend un coup. Voilà de fait les salariés délégitimés, puisqu’ils ne cotisent plus ! En contre-partie, ils payent de plus en plus d’impôts et de taxes sur leurs ressources, ersatz d’assujettissement féodale. Nuance de taille !
A ce stade de la lecture vous avez fait, j’imagine, le parallèle avec les réformes de l’assurance chômage en cours. Le projet : élargir les indemnisations aux entrepreneurs, indépendants et salariés démissionnaires. Généreux ! En contrepartie, les demandeurs d’emploi seront plus contrôlés et les équipes chargées de la sale besogne renforcées. Le vil petit com-ptable de l’Élysée pense retrouver l’argent qu’il nous a pris là : chez ces faignants de chômeurs en les remettant de force au travail. D’autant plus qu’à l’avenir ils ne cotiseront même plus à la caisse qui les indemnise. Ils n’auront plus qu’à fermer leur gueule ! C’est déjà généreux ces 23 euros pas mois pour payer l’augmentation des taxes sur le plein de gazole pour aller bosser, non ? Ré-jouissez-vous !
1- Cf Ecophil de LTC N°3 « l’attentat des frères Sarkozy »
2- Un des grands principes de la sécurité sociale est que chacun y contribue selon ses moyens et en bénéficie selon ses besoins suite à « un accident de la vie ».
3- La hausse du salaire net est de 21,72 euros parce que dans le même temps la cotisation pour la CSG « Contribution Sociale Généralisée » et la CRDS « Contribution au Remboursement de la Dette Sociale », deux impôts prélevés sur certains revenus des contribuables, ont augmenté de manière significative, réduisant ainsi l’effet de la fin de la cotisation à l’assurance maladie et de la cotisation à l’assurance chômage.
4- L’UNEDIC est l’association qui gère l’assurance chômage en France. Elle est dirigée par un Conseil d’administration et un Bureau. Formées d’un nombre égal de représentants des salariés et des employeurs, ces instances paritaires gèrent le régime d’assurance chômage et la font fonctionner.
Philippe Van Assche




