
Pourquoi la mobilisation de ce printemps ?
Pour défendre notre statut contre la réforme du ferroviaire décrété par M. Macron. Nous avons en effet un statut particulier de cheminot qui n’est pas un statut de fonctionnaire. Nous sommes assimilés fonctionnaires. Nous sommes salariés de droit privé. Au début du conflit tout le monde nous a tapé dessus, avec des mensonges et des énormités. Cela a été très mal vécu par les cheminots, y compris par l’encadrement. Par cette réforme le but de Macron est de donner les trains au privé. Ce qu’il voulait c’est un SCALP. Les cheminots sont un symbole encore de lutte dans le monde du travail. Son idée est de faire tomber un bastion, comme ça, si d’autres lèvent la tête derrière, il suffira de faire passer la faucheuse.
Ca continue ?
Pour l’instant c’est compliqué de mobiliser les cheminots et la population. L’avantage, si je puis m’exprimer ainsi, c’est que les conséquences de la réforme tombent déjà. 950 postes sont prévus d’être supprimés en 2019 dans le domaine de la vente au guichet et l’accueil en gare. 950 postes sur un métier ! Maintenant avec les fermetures de guichets, l’usager ne peut plus acheter en gare et, s’il achète dans le train, il va prendre une amende, parce qu’il faut acheter par internet. Et il va devenir interdit de ne pas avoir de smartphone pour prendre le train. Et la Région valide. Le président Rousset, son rêve c’est la dématérialisation.
A ce propos, il y a du soutien chez les politiques locaux ?
Actuellement, les élus se plaignent du contrat de performance signé entre la SNCF Réseau et l’État. Ils constatent que les petites lignes ne sont pas entretenues. Mais ce contrat est tenu par la règle d’or de la rentabilité. Et qui a fait cette loi : c’est le gouvernement Holande ! Cette loi impose à la SNCF de faire zéro investissement. Tout repose sur la Région. Et aujourd’hui, Rousset se plaint parce qu’il doit payer. Combe est entrain de dénoncer les fermeture des guichets dans la gare de Tulle ! C’est symptomatique de l’amateurisme politique. Nous avions rencontré Nauche un peu avant le conflit. Il nous a dit : « mais dans quelle entreprise vous travaillez ? Comment c’est possible ? ». Nous avons rencontré Chasseing, il était en accord avec tout ce qu’on disait. Trois jours après il a voté l’inverse au Sénat !
Pour ma part je constate une dégradation constante du service…
L’entreprise fait tout pour que le service ne corresponde plus aux besoins des usagers, ce qui entraîne une baisse de fréquentation. C’est le cercle vicieux : trains non utilisés, retirés, et baisse des usagers. On transfert les derniers sur des bus. Baisse encore de fréquentation. Et tout se reporte sur la voiture individuelle. Un gars qui fait de la vente de billet et l’accueil de voyageur et en même temps fait circuler des trains se retrouve géré par deux entités différentes de la SNCF. Ainsi, si un voyageur vient au guichet, il faut qu’il lui dise parfois « non, non nous ne faisons pas d’accueil et de vente », alors qu’il a tous les sacrements et le temps pour le faire ! Mais comme Mobilité ne veut plus payer Réseau alors ce n’est pas possible ! Et il y a sanction si l’agent le fait.
Impressionnant cette façon de saucissonner le service au point de le rendre impraticable…
Il y a aussi ce train de nuit vers Paris qui s’arrête à Brive. La consigne est surtout de ne faire monter personne. Il n’est même pas possible de vendre un billet sur le logiciel. Le train s’arrête 20 minutes et on ne peut pas monter dans ce train qui permet d’arriver à 8h du matin à Paris. Des voyageurs qui connaissent le truc achète des billets de plus loin, Souillac, et s’arrangent avec les contrôleurs pour entrer tout de même dans le train à Brive. Le but primaire en fait est de crever ce train pour le supprimer.
Mais quelle est la logique ? Je ne comprends pas
La gestion qu’il veulent mettre en place est en conflit avec les intérêts encore publics de l’entreprise. La logique est de dire on supprime tout ce qui est possible de supprimer sur le rail. Pepy (Président de la société) n’a qu’un souhait : ne plus faire de ferroviaire. Le premier transporteur routier c’est la SNCF. Pepy, il vaut faire de la mobilité, de la logistique, de l’ingénierie, du bus mais surtout pas du ferroviaire. Il ne veut plus bosser avec des cheminots, ils se syndiquent ! Il veut du contrat précaire. Il y a de plus en plus d’intérimaires, chez les contrôleurs par exemple. Ils sont formés vite fait mais n’ont pas toutes les attestations pour faire toutes les missions. La SNCF va vers des trains à agent seul.
Et le syndicat a des propositions pour tenter d’inverser la tendance ?
Oui. Par exemple faire une halte ferroviaire avec un ticket multimodale Bus et train sur la ligne Tulle-Brive, à Malemort. Une vraie pertinence. Il y a du foncier libre et il est possible de faire un parking. Nous sommes pour proposer des réponses aux besoins pour désengorger la ville et la périphérie. Nous cherchons des outils de développement pour l’activité ferroviaire. Ce projet a été chiffré au départ à 200 000 euros. Mais l’entreprise n’arrête pas de gonfler le budget par des frais d’ingénierie bidons. Aujourd’hui nous sommes arrivés à un million d’euros pour couler un peu de béton ! Comme Brive et Malemort ne sont pas trop pour le projet, ça ne se fait pas.
Rentabilité, service public et sécurité, comment tout cela peut-il s’articuler ?
Nous n’avons pas vocation a être rentables. Nous avons une rentabilité sociétale à assurer mais pas économique. Les logiques ne sont pas les mêmes. La leur est simple : faire le constat qu’un train pour 10 voyageurs ce n’est pas rentable et donc le supprimer. Nous nous proposons de réfléchir au nombre de voyageurs que nous sommes en capacité de transporter et de mettre tout en œuvre ensuite pour le faire. Leur logique invite à supprimer les trains et faire des taxis à la demande. C’est ce qui s’est fait pour le train du lundi matin entre Eymoutiers et Ussel.
Un exemple concret de mobilité à améliorer sur le territoire ?
Nous avons rencontré le maire de Vigeois, où il y a un bus pour le primaire, un pour le collège, un pour le lycée. Les enfants du collège vont à Uzerche. Il faudrait juste les descendre à la gare de Vigeois pour aller soit à Uzerche, soit à Brive en train. Mais au lieu de cela, on fait des myriades de bus qui vont dans tous les sens. Alors qu’il faudrait un bus de rabattage en correspondance avec le train.
La concurrence c’est pour bientôt alors ?
Transdev (la RATP) s’organise avec la Caisse des dépôts et consignation et La poste pour faire de la concurrence à la SNCF. Le but : casser la SNCF. Une fois celle-ci démantelée le privé viendra se faire du blé sur le service public, comme pour l’eau, les télécoms… Tous rentables, mais à une condition : que les investissements soient payés par la puissance public. On paye tout ce qui coûte et on file au privé ce qui rapporte ! Infrastructure neuve, matériel neuf… Ils arriveront avec des salariés low cost et ils fileront le pognon à leurs actionnaires. En Angleterre, le montant des dividendes s’est monté à 30 milliards d’euros. Le coût de la renationalisation du réseau est de 50 milliards. Les anglais payent et les actionnaires prennent le pognon. Nous nous pensons que le transport ferroviaire n’est pas là pour dégager des bénéfices et engraisser des actionnaires.
Alors, vers quelle destination allons-nous ?
Le fameux mythe du train sans chauffeur, ça va être possible d’ici une dizaine d’années. Mais est-ce que c’est la société que nous voulons ? Technologiquement c’est possible mais est-ce que c’est la société que nous voulons ? C’est quoi notre vision de la société ? Produire de l’argent avec les besoins de mobilité ? Faire de l’argent sur cette contrainte ? Nous, on y oppose une autre vision à dimension humaine. Notre lutte s’inscrit dans un projet plus vaste que simplement défendre nos métiers.
Philippe Van Assche





