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La Trousse Corrézienne

LTC 45 · 1 janvier 2023

écologique et climatique

écologique et climatique — La Trousse corrézienne n°45

société Estimer son empreinte Par CHRISTOPHE GIBIAT Il nous est nécessaire de réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), directes () ou indirectes (par l’achat de biens et services). Mais il est difficile d’estimer quelle est l’importance de nos émissions individuelles, et encore plus celles de l’État et des collectivités locales qu’il faut répartir entre l’ensemble des habitants du pays. Au-delà des GES, il est utile d’estimer notre empreinte écologique, c’est-à-dire de déterminer « combien de planètes » il faudrait à l’humanité si chaque habitant avait notre mode de vie. Des calculateurs existent.

Pour répondre correctement à ces tests, il faut prévoir un peu de temps et avoir préalablement fait le point sur ses consommations (énergie, objets) et habitudes. Les résultats obtenus ne sont bien sûr que des estimations.

Empreinte écologique L’empreinte écologique comptabilise la pression exercée par les humains sur les ressources naturelles et les « services écologiques » de l’écosystème terrestre. Le WWF Suisse (1) propose un calculateur d’empreinte écologique. Les réponses proposées manquent parfois de précision ; on peut donc supposer le résultat approximatif. Puisqu’il est suisse, probablement ce calculateur intègre-t-il l’empreinte de l’administration et des services publics suisses qui ne sont pas équivalents aux français (l’armée par exemple). Note : un franc suisse équivaut à peu près à un euro. Existe aussi celui de Global Footprint Network (2) , l’organisme qui calcule le jour de dépassement. Le jour de dépassement pour la France en 2022 a été estimé par Global Footprint Network au 5 mai. Cela signifie que les habitants du pays ont consommé approximativement en quatre mois ce que la Terre produit « pour eux » en un an. Il nous faudrait donc trois planètes pour vivre ainsi durablement.

Empreinte climatique L’empreinte climatique, plus spécifique, qui est une partie de l’empreinte écologique, reflète les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, constituées particulièrement de dioxyde de carbone (CO 2 ) et de méthane (CH 4 ). Le site Internet Nos Gestes climat (3) de l’Ademe permet de calculer l’empreinte climatique. Il a l’intérêt d’intégrer explicitement les émissions de l’État, c’est-à-dire l’administration et les services publics. L’objectif est de parvenir à des émissions par personne de 2 tonnes équivalent carbone (CO 2 e) pour respecter les accords de Paris sur le climat signés lors de la Cop 21 en 2015. Le niveau d’émissions en France avoisine officiellement 9 tonnes CO 2 e par personne ! (1) http://urlr.me/zDcpv. (2) http://urlr.me/h2FvM. (3) https://nosgestesclimat.fr.

J’ai fait le test

Je me suis plié à l’exercice avec honnêteté. Résultat : Les deux calculateurs d’empreinte écologique indiquent 1,7 planète pour le WWF Suisse et 1,8 pour Global Footprint Network. Ces résultats sont proches, ce qui suggère une certaine fiabilité. Le calculateur d’empreinte climatique de Nos Gestes Climat indique 3,1 tonnes CO 2 e lorsqu’il ne faudrait pas dépasser 2. Ce chiffre intègre 1,1 tonne CO 2 e par personne résultant du fonctionnement de l’État (administration et services publics). Cela représente plus de la moitié des émissions « allouées » à chacun et 37 % des miennes. Si on me considère souvent exemplaire à bien des égards du point de vue écologique (alimentation végétalienne, pas de voiture ni de déplacements en avion, chauffage très modéré consommation qu’effectivement nettement en deçà des productions consommations d’un Occidental moyen, mes empreintes écologique et climatique sont au-delà du niveau requis, ce qui se fait au détriment d’autrui.

Un changement d’imaginaire Par CHRISTOPHE GIBIAT

Si la décroissance est impérative pour des raisons écologiques, elle est avant tout un projet politique, et elle débute par un changement de représentations.

Le monde dans lequel nous vivons est limité, comme le sont les ressources qu’il nous procure. Mais l’imaginaire civilisationnel occidental encore largement partagé est celui de l’illimité. Et le tropisme productiviste nous conduit à l’accentuation du désastre. Car de ces représentations dépendent tous nos choix et comportements, collectifs et individuels.

Comme le journal La Décroissance le rappelait dans un récent entretien avec Serge Latouche (1) , les solutions techniques, lorsqu’elles peuvent être utiles, ne constituent pas une réponse suffisante sans que soit d’abord opéré un changement de trajectoire lui-même précédé par un inversement de l’imaginaire (2) .

Il est constaté dans cet entretien que, même si le socle de la société de croissance est en train de s’affaisser, le changement de représentations n’a guère lieu. Et les solutions technologiques prônées ne sont généralement pas écologiques, car elles s’inscrivent dans l’imaginaire qui nous a conduit au désastre. Elles sont en outre parfois autoritaires, tel que pourrait l’être un rationnement organisé par l’usage de l’ordiphone (3) . Elles vont alors à l’encontre de ce que promeut l’écologie politique, indissociable de la simplicité et des libertés.

Dans les années 1970 (et avant), le refus du productivisme était justifié par celui de la société qu’il générait (4) : celle de l’accumulation matérielle et de la vitesse comme objectifs, celle de la dépossession, tant des savoirs-faire que des modes et milieux de vie. Ultérieurement, face à la furieuse poursuite de la marche productiviste, la décroissance est apparue désirable pour se réapproprier nos vies. Aujourd’hui, elle demeure plus que jamais souhaitable pour des raisons anthropologiques et l’est de façon évidente du fait d’un impératif écologique.

Les puissances mobilisatrices de notre époque ne devraient-elles pas être de nous retrouver en tant qu’humains (des êtres autant que possible libérés de leurs artefacts) et de maintenir de bonnes conditions de vie sur Terre ?

(1) « Le grand saut dans la sobriété involontaire », La Décroissance, n° 193, octobre 2022. (2) J’exagère : ce n’est pas tout à fait un inversement, car la décroissance n’est pas l’opposé de la croissance. Lorsque la seconde se veut infinie, la première doit être transitoire, permettant d’atteindre un niveau de vie correspondant aux capacités de la planète et à la satisfaction des besoins (de tous les) humains. (3) On peut lire « Objets de la contrainte », La Trousse, n° 40, septembre 2021. mais au gaz, niveau de (4) Voir la critique de l’entretien de Floraisons avec modeste), et bien PMO p. 15.

de pollutions et des

13 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 45

l’usage d’énergie

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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