
Vu de mes yeux vu ! Par L’ANGUILLE
Suite à l’emplumage matinal subi par ses troupes dans le hall de la tour administrative, le préfet a annulé l’entrevue programmée avec une délégation de la Confédération paysanne. J’arrive en ce lundi 12 décembre devant la préfecture tulliste, au moment où les esprits s’échauffent un peu, les manifestants insistant pour que la délégation puisse être reçue quand même. La ville s’agace sur dix mètres carrés, les uns souhaitant passer dans la ruelle montant à la préfecture, les autres, un peu couverts de plumes il est vrai, faisant barrage et ayant ordre de laisser libre la circulation routière. Soudain, les forces de l’ordre décident de repousser à l’aide de bombes lacrymogènes la trentaine de manifestants encore présents. Au premier rang, Gérard (1) baisse la tête, histoire de se protéger un peu. Et c’est là que l’un des policiers choisit de placer délicatement sa bombe juste sous son visage afin de l’asperger à bout portant ! Défiguré, en larmes contraintes et forcées, Gérard mettra plusieurs heures à se remettre des brûlures occasionnées. (1) Le prénom a été modifié.
10 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 45
Engagement n° 6 : Respect de la personne de la dignité humaine. Engagement n° 7 : Respect des symboles de la République. « L’association s’engage à respecter le drapeau tricolore, l’hymne national, et la devise de la République. » Certains de ces engagements ne choqueront personne, mais d’autres sont plus discutables et surtout plus interprétables… C’est pourquoi la plupart des représentants du monde associatif, Haut Conseil à la vie associative en tête (un organisme tout ce qu’il y a de plus officiel, placé auprès du Premier ministre) ont critiqué ce contrat d’engagement républicain. Qu’est-ce qu’« entraîner des troubles à l’ordre public » ? À partir de quand ne respecte-t-on pas les « symboles de la République » ? Où commence, où finit « un esprit de civisme » ? À Poitiers, le préfet de la Vienne a estimé que l’association Alternatiba avait enfreint le contrat d’engagement républicain en organisant un atelier sur la désobéissance civile… Chez nous, de manière informelle, c’est le non-respect de ce même contrat qui a été mis en avant pour justifier le retrait de plusieurs dossiers d’une commission d’attribution de subventions… Ce contrat est ressenti par les associations comme un signe de défiance – ce qu’il est clairement – d’autant qu’en aucun cas il n’est demandé aux entreprises qui reçoivent aussi des subventions de l’État de signer un tel acte d’allégeance. Les entreprises seraient-elles naturellement républicaines ?
Lundi 12 décembre a eu lieu une manifestation pour l’élevage en plein air. De quoi s’agit-il ? Qui est contre l’élevage en plein air ? Les éleveurs de la Confédération paysanne dénoncent la claustration des volailles élevées en plein air pour raisons sanitaires, à cause de la grippe aviaire. Les consommateurs ne sont pas informés : on continue d’utiliser l’appel-lation « plein air » sur les étiquettes mais dans les faits les animaux n’ont plus le droit de sortir. La manifestation a débuté à l’Intermarché de Tulle par un ré-étiquetage dans les rayons, puis de manière assez théâtrale les éleveurs se sont mis en cages et, tractés, ce sont rendus à la cité administrative qui a été emplumée (légèrement), puis un pique-nique a eu lieu devant la tour. À ce moment-là une centaine de personnes étaient présentes, c’était le pic de la journée. Les manifestants ce sont finalement dirigés vers la Préfecture ou une délégation devait rencontrer monsieur le préfet. Le rendez-vous a été annulé suite à l’emplumage, la rue barrée par les forces de l’ordre. Les manifestants ont tenté de poursuivre leur chemin vers la Préfecture, mais ils ont été bloqués physiquement puis gazés au poivre. Pour comprendre la « magnitude » du problème, en France, en 2022 c’est plus de vingt-millions de volailles abattues. Et l’une des causes majeures de la propagation de la maladie est la concentration des animaux et des élevages (1) . Nos éleveurs locaux demandent que les arrêtés préfectoraux prennent en compte les différences entre les petites et grosses installations. Interrogé par nos soins, un agent des services vétérinaires d’inspection confirme que cela est tout à fait possible. La manifestation était accompagnée musicalement du groupe lotois Les Conflits de canard.
Voir La Trousse n° 44 (article aussi disponible sur notre site Internet : https://urlr.me/ (1) 6JVwb).





