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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 11 · 2 mars 2017

Du feu dans les mains

« Du feu dans les mains » : l’illustration

Autrefois appelés metze ou meige dans le patois local, ils apaisent et dénouent avec leurs mains différents maux. Mêlée à la religion catholique dans les siècles passés, à ce jour la pratique semble connaître un renouveau. Nous sommes donc partis à la rencontre de magnétiseurs corréziens bien établis dans la société contemporaine.

Quand vous arrivez en Limousin, vous ne tardez pas à entendre parler de façon répétée, de guérisseurs et magnétiseurs. Il en est de même en Auvergne. Comme si ces « terres du milieu » concentraient en leur sein une quantité d’énergies insolite. Certains expliqueront le phénomène par la géologie des lieux, d’autres par la puissance que dégage ici la nature.

Autrefois, magiciens et sorciers

C’est avec beaucoup de romantisme, à la toute fin du XIXème siècle, que Gaston Vuillier, va s’intéresser à ceux qu’il appelle les « magiciens et sorciers » de la Corrèze.1 G. Vuillier était ethnographe, artiste, plus connu pour avoir valorisé le site des cascades de Gimel et moins pour avoir signalé à Édouard Alfred Martel l’entrée du gouffre de Padirac. Dans un article de 1899, l’ethnologue commence ainsi à décrire les secrets des campagnes corréziennes :

« Cette étude, à laquelle je n’attachais point grande importance, peu à peu s’est agrandie devant moi ; dans les visions qui hantent ces paysans, dans les opérations bizarres auxquelles ils se livrent, il m’a semblé découvrir des restes de croyances et de rites se rattachant à des origines sacrées, des survivances thérapeutiques qui furent probablement en usage chez des races primitives »

Passé cette introduction, G. Vuillier, parle d’un médecin de son temps et de Tulle qui aurait été élu au Conseil général grâce à sa réputation de grand guérisseur, de gardien d’un secret ancestral. D’après lui, les canapés de la salle d’attente de ce docteur étaient constamment déchiquetés, les patients grappillant des morceaux de siège qu’ils conservaient tel des talismans.2 Dans la suite de l’article, on découvre, près de Gimel, un forgeron nommé Chazal qui guérissait les souffrances physiques des personnes par le biais des outils de son métier, à proximité du feu, et par un rituel quasi chamanique. Dans les Monédières, c’est un certain M. Vauzanges, célèbre par-delà la Corrèze, qui soignait une quantité de maux, enlevait le feu et aurait été capable d’envoûter et de mener des loups, voir même les gendarmes, au moyen de ses mains et de prières très chrétiennes.

Aujourd’hui, magnétiseurs et sourciers

C’est au creux de l’hiver, que nous avons recueilli la parole de quatre magnétiseurs.

C’est avec beaucoup d’humilité que tous nous ont parlé de leur don. Tous nous confient n’être qu’un intermédiaire, entre le malade et « Quelque chose ». Oui, mais quoi ?

Catherine Demeyer, pour commencer, habitante de Sainte Fortunade, au bord du chemin de Compostelle, a découvert son don à 23 ans. Elle l’interprète comme le résultat d’un long cheminement vie après vie. « J’ai tissé ma toile » dit-elle.

C’est la même idée qui habite Bernard Virevialle, ancien du milieu de la nuit et guérisseur magnétiseur depuis 25 ans à Brive, à deux pas des grottes Saint Antoine. Il aime répéter : « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Il est chrétien mais va puiser dans toutes les religions des sagesses de vie. Bernard trouverait bien prétentieux toutefois de dire que son don lui vient directement de Dieu.

Sophie Jauliac, magnétiseuse du bout de la forêt, sur les hauteurs de Lanteuil, est aussi sensible aux vertus de l’esprit, mais avoue n’avoir jamais pu adhérer à une quelconque éducation religieuse. Elle ne saurait expliquer l’origine de son don. Peut-être de son père, qui est sourcier. Car, d’après les confidences qui nous ont été faites, lorsque l’on est magnétiseur, on est aussi touché par le don de sourcier.

À l’opposé de ces considérations métaphysiques, il y a Anthony, habitant d’Égletons, étudiant en école d’infirmiers, qui reconnaît être totalement cartésien. Sauf que voilà, un jour il s’est découvert un don pour la guérison par les mains. Tout a commencé par son téléphone qui s’affolait et sa voiture qui se verrouillait et déclenchait l’alarme quand lui seul les touchait. Depuis, à force d’expérimenter sur des amis et connaissances, parfois tout aussi sceptiques que lui, il s’est rendu compte qu’il était capable d’apaiser de nombreuses douleurs. Aujourd’hui, Anthony se garde de toute explication. Il a bien pensé à l’effet placebo, toutefois pour certains cas qu’il a traités, il constate que l’effet placebo ne suffirait pas à justifier la guérison. Lui vient aussi le souvenir de son arrière-arrière-grand-mère, mais avec beaucoup d’humour, qui fut connu comme sorcière dans la région de Bézier. Peut-être, tout comme les autres magnétiseurs que nous avons rencontrés, que son altruisme naturel a des vertus extra-ordinaires.

En tout cas, cette pratique s’ouvre à de nouvelles formes de spiritualité, orientales et agnostiques par exemple. Les magnétiseurs ne sont toujours pas reconnus par le corps médical, mais plusieurs nous ont confié que les hôpitaux du coin leur envoient des patients, en particulier pour traiter les brûlures. Ainsi, bien des phénomènes nous échappent encore.

P.S : Entre le 14 février 2017 et le 6 janvier 2018, ne manquez pas l’exposition « Gaston Vuillier, chez les magiciens et sorciers de la Corrèze » au musée du cloitre de Tulle

NBP 1 : Gaston Vuillier, « Chez les magiciens et sorciers de la Corrèze » in la revue leTour du Monde, 1899

NBP 2 : G.Vuillier ne donne pas le nom de ce médecin, mais d’après nos recherches aux Archives départementales de la Corrèze et aux Archives municipales de Tulle, il pourrait s’agir du docteur Maschat, surnommé en son temps « le médecin des pauvres » pour le dévouement et les soins qu’il prodiguait gratuitement aux plus démunis. Le docteur Maschat fut extrêmement populaire à Tulle, conseiller général élu au suffrage universel, en 1898, il fut par la suite Maire de sa ville, de 1919 à 1922. À sa mort, environ 7000 personnes ont accompagné son cercueil à travers les rues de la ville et jusque dans la cathédrale de Tulle.

Florian Rochet

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