
Arriver jusqu’à Palazingues a été relativement facile (merci monsieur le GPS !) mais pour aller à l’endroit précis, à savoir le hameau de l’Auzelou, eh bien, ce n’était pas évident. J’ai cru réellement me perdre dans la campagne profonde et me faire dévorer par des sangliers alertés par mes cris d’agonie. Mais heureusement, je suis parvenue à atteindre la maison tant désirée (merci à Alain Rigal d’avoir accroché des flèches pour guider les âmes perdues).
J’ai été très bien accueillie par l’animateur et sa femme qui avaient préparé de quoi rassasier un régiment. Je pus parler avec de nombreuses personnes s’y connaissant bien plus que moi en chanvre comme des entrepreneurs, des particuliers, des personnes travaillant pour Alain, etc. C’était très convivial, nous pouvions déjeuner à l’abri du temps brumeux et faire connaissance tranquillement. Tranquillement c’est bien le mot, car la machine à projection de chanvre ne fonctionnait pas en début de matinée. Alors pendant que nous patientions, je glanais des renseignements sur ce chantier, je feuilletais les livres, les publicités mises à disposition, buvais beaucoup de café pour me réchauffer, mangeais toutes les chocolatines et fumais comme un pompier.
Je pus faire plus ample connaissance avec Alain Rigal et il m’expliqua le procédé pour isoler une maison en chanvre. La première étape était de former l’isolant qui se composait de chènevotte (une partie ligneuse du chanvre) et d’un liant (qui permet de lier la matière pour la solidifier, permettre la cohésion et créer tout simplement l’isolant). Ce liant en question est la chaux, du calcaire chauffé à 1 000 °C. On rajoute de l’eau, on prépare cette bouillie qu’on met dans la machine et le tour est joué ! Quand la machine veut bien fonctionner…
Après, rien de plus simple, on projette le tout sur le mur en pierre, qui a été au préalablement débarrassé de son béton (cette partie n’était pas comprise dans la démonstration) et où l’on a appliqué les mesures nécessaires. Adhésion immédiate, il se solidifie instantanément et grâce à ce procédé le chanvre s’introduit dans les trous facilement pour une isolation complète !
Il était bien midi passé quand nous commencions à parler des avantages du chanvre en compagnie d’un ami de l’animateur (un vieux monsieur habitant près d’ici, qui avait lui aussi fait rénover sa maison avec cet isolant) et d’un ouvrier travaillant pour Saint-Astier (une entreprise qui produit du chanvre). L’isolation au chanvre permet au mur de respirer et, de ce fait, assainit la bâtisse pour qu’elle ne se dégrade pas. C’est un excellent isolant thermique et acoustique, il a un bilan pauvre en carbone, une grande résistance au feu, a une durée de vie de cent ans et surtout il n’est fait qu’avec des matériaux naturels. De plus, le chanvre est une plante qui a une croissance rapide, elle pousse en quatre à cinq mois, se cultive sur des terres pauvres et n’a besoin d’aucun pesticide ni engrais. Bref, cette plante est parfaite !
Maintenant parlons des inconvénients qui, je vous l’accorde, sont moindres. Il y peu de personne formées pour utiliser ce procédé et il n’est que peu cultivé. En effet, il est contraint à des réglementations très strictes en Europe, voire aux États-Unis où certains États interdisent encore son commerce et/ou sa culture* (merci cousin cannabis !). Mais le chanvre prend son envol petit à petit grâce à des associations comme Lo Sanabao**, qui est un groupe de paysans, vendeur et producteur de chanvre en Limousin, qui essaie de faire connaître cette plante et ses avantages dans tous les domaines. Son prix est élevé comparé à ceux des matériaux utilisés couramment comme la laine de verre. Mais son gros problème est qu’il est associé à sa cousine le cannabis. Ils sont similaires en apparence, mais la grande différence est qu’il a une teneur en THC*** bien plus élevée que le chanvre, qui, lui, ne dépasse pas le 0,2 % autorisé en France.
*: Pour plus de renseignements, voici un site qui récapitule toutes les lois sur la culture du chanvre : http://www.rueduchanvre.com/Autres/reglement.htm
***: Le THC, aussi appelé le tétrahydrocannabinol est une molécule possédant des actives psychoactives agissant sur le psychisme en modifiant le rythme cérébral.
Océane Mauvieux





