Le cercle des participants s’élargissait à mesure que les personnes entraient dans la salle. Arnaud Jacquart, l’organisateur de la rencontre1, ignorait si, en ce début décembre aux frimas précoces, les quelques « inscrits » honoreraient leurs engagements. L’intitulé de la soirée, « Conférence-débat / Éducation populaire : histoire, actualité et puissance d’agir », avait de quoi rebuter même les plus fervents thuriféraires de l’Éduc Pop, les vieux briscards des mouvements laïques, de la Ligue de l’Enseignement à Peuple et Culture, pour ne parler que de ces associations historiquement implantées en Corrèze. En effet, ces « dinosaures » de l’engagement associatif militant avaient, ce soir-là, mieux à faire qu’à écouter et dialoguer avec l’un des leurs. Il fallut pourtant plus d’une trentaine de chaises. Pas si mal pour une soirée où l’on pouvait être tiraillé, comme sympathisant de causes citoyennes, entre plusieurs propositions simultanées. Surprise : la majorité des participants n’étaient, selon toute apparence, pas encore quadragénaires !
Au cours d’un jeu de questions-réponses quelque peu convenu entre Arnaud Jacquart, l’animateur, et Dominique Cresson, l’invité, ce dernier a rappelé les fondements sociaux et républicains de l’Éducation populaire, ses principes d’émancipation citoyenne et d’accès à la culture, et l’institutionnalisation étatique dont elle a été l’objet. Avec une certaine assurance emballée dans une jovialité de bon aloi, Dominique Cresson a fustigé les manipulateurs de tous poils qui diffusent et entretiennent la novlangue. Se réapproprier la langue, le vocabulaire, la signification des mots. Se préserver de toute expression, locution, tournure verbale qui tend à réifier l’être humain. Le recours à l’étymologie est devenu un classique dans ce type d’exercice démonstratif, et Dominique Cresson ne s’en est pas privé. Mais ça fait du bien.
Le propos de Dominique Cresson était aussi de sensibiliser l’auditoire aux bienfaits de l’ « Entraînement mental » (EM), dont les linéaments méthodologiques se sont dessinés lors de la Résistance en Vercors. Un passeur, Pierre Davreux, non sans enrichir l’invention des pionniers dans les maquis, a largement contribué à l’essaimage de l’EM en développant la formation. Il s’agit, selon les dépositaires de cette méthodologie, de donner les outils d’un travail sur soi, en profondeur, pour se construire en tant que sujet pensant, apte à élaborer une parole critique mais aussi à concilier théorie et pratique. La pensée « ternaire », à la différence de l’approche binaire (codage informatique 0/1 et, par analogie, tout ce qui enferme l’individu dans un non-choix à 2 termes généralement opposés : oui/non, blanc/noir, tout/rien, vrai/faux, bon/mauvais, efficace/inefficace, rentable/non rentable…), qui introduit nuance et complexité, est une des clés de l’Entraînement mental.
De l’Éducation populaire, nous n’aurons pas vraiment abordé les évolutions, les formes actuelles, les constructions collectives émergentes, la transmission. Certaines questions sont restées sans réponse intelligible : puissance d’agir ? Beaucoup peuvent s’en prévaloir. Que nous dit l’Éducation populaire de la pratique démocratique dans une association ? Quoi qu’en disent ceux qui perçoivent un retour en grâce de l’Éducation populaire – où sont les signaux, même faibles ? – suffit-il de s’en réclamer pour agir avec efficience sur l’atomisation, le consumérisme, l’arbitraire, le consentement à tous les étages ? De quoi nourrir une prochaine rencontre.
Notes
Arnaud Jacquart, fondateur et animateur de l’association « Roule ta plume », à Tulle. La conférence-débat était proposée par cette association, conjointement avec l’Office central de coopération à l’école (OCCE)
Stage de formation méthodologique à l’Entraînement mental du 22 au 26 janvier 2018
contact@rouletaplume.fr Tel : 06 63 47 80 45
Didier Bertholy






