
Parce que c’est quoi, l’argent ? Ou plutôt, en avoir ou en manquer ? Qu’est-ce qui fait que, pour certains, rien n’est important, que pour d’autres, c’est lourd ? Que cela rend taiseux d’en manquer, de compter, comme une honte ? C’est quoi ce truc qui fait que les uns ne comprennent pas que l’autre n’y arrive pas ? Cela se limite-t-il à notre pouvoir d’achat ? Nous voulons causer d’argent, de ressources, de ce qui influence notre rapport à l’argent.
Nous avons rencontré Jacqueline. Elle vit en bout de petite route, sur les hauteurs du sud de la Corrèze, dans la maison où elle est née. Une ruine délaissée qu’elle a achetée à peu de frais dans les années quatre-vingt et qui a été retapée. Quand on arrive, le printemps nous éclate
L’EMPLOYEUR par sarah minpeu
6 – la trousse corrézienne n °43
aux yeux. Au mitan de la soixantaine, retraitée contente, elle dispose d’une ressource monétaire de mille-six-cents euros (sa retraite, millequatre cents, et la recette d’une petite location, deux-cents). Elle n’estime pas qu’elle ait « beaucoup » d’argent, mais « ça me suffit », et « cela ne m’empêche pas de faire plein de trucs ». Ce qui veut dire partir en vacances chez des copains, loin ou près, accueillir des copains ou des copains de copains de loin ou de près, aller au cinéma et au théâtre, organiser avec une association des soirées documentaires, se balader, proposer des randonnées, inviter et être invitée. Avoir portes ouvertes. « J’aime les gens », dit Jacqueline. Elle aime le dehors et le jardin, nécessaire à son équilibre et ressource essentielle qui l’a entraînée à toujours travailler à temps partiel. Voire à prendre un mois de congé sans solde, chaque année. « Parce que le jardin, c’est une ressource. »





