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POUR par stéphane laffarge
Samedi 15 janvier, Saint-Martin-la-Méanne. Le Café du Tilleul accueille Laura et Kévin, auteurs du livre Régime général1. Ils sont membres de l’association Réseau Salariat qui tente de promouvoir un modèle politique axé sur la généralisation du salaire à vie, donc de la fonction publique, ainsi que l’extension de la Sécurité sociale à d’autres secteurs que celui de la santé. Ces deux-là s’attaquent à celui, central, de l’alimentation.
PETIT par marie da silveira
Selon un article paru en 2005 dans le Psychonomic Bulletin & Review2 lorsqu’on parle d’implantation mémorielle, une image vaut moins que quarante-cinq mots : les récits produisent de meilleurs faux souvenirs que les photographies. Oui, vous avez bien lu, il existe des études comparant les qualités de différents médias pour implanter de faux souvenirs, on n’en doutait pas, une fois lu, mais cela ne nous vient pas fréquemment à l’esprit. Dans cette étude, il s’agit de mettre à mal l’idée populaire selon laquelle les photos sont plus marquantes que les mots.
Méthode : quarante-quatre étudiants ont recruté chacun un membre de leur famille, chaque sujet (chaque membre de famille recruté) a été informé que l’étude portait sur les souvenirs d’enfance, mais ils n’ont pas, bien sûr, été infor-
16 – la trousse corrézienne n °43
UNE SÉCURITÉ SOCIALE de l’alimentation
COURS D’AUTODÉFENSE INTELLECTUELLE1
NB
Pour bien comprendre leur propos, il faut avoir en tête que l’institution de la Sécurité sociale en France est le fruit d’expériences sociales multiples qui ont permis, dans la première moitié du 20 ème siècle, une prise en charge socialisée de la santé dans bon nombre de villes ou de bassins de vie : les syndicats et la CGT en particulier en furent à l’origine. Cette poussée de progrès social depuis la société civile a été ensuite gravée dans le marbre par un ministre communiste : Ambroize Croizat. La Sécu est aujourd’hui un pilier central de notre protection sociale que les gouvernements néolibéraux successifs ont bien du mal à déboulonner, tant le modèle est solide. Il s’appuie, rappelons-le, sur le système des cotisations sociales qui génère plus de cinq-cent-milliards d’euros chaque année, gérés par des caisses autonomes échappant au contrôle du gouvernement. Le tout pour l’intérêt général. Depuis des années, l’association Réseau Salariat propose, autour de son porte-parole Bernard Friot, de généraliser ce modèle radicalement anti-capitaliste à d’autres secteurs. Dans celui de l’alimentation, la population dispose d’expériences sociales sur lesquelles il est possible de s’appuyer. Celle des Coopérateurs de Limoges en est une, majeure. Résumons-la : la création en 1881 de L’Union de Limoges, « la ville rouge », a résulté de la fusion de deux coopératives ouvrières de consommation et a permis avant tout de mettre en place une coopérative alimentaire à l’échelle
més qu’on leur présenterait de vrais et de faux souvenirs pour ne pas les mettre en alerte. Pour chaque sujet, il a été créé un carnet contenant des photos et des textes. Dans chaque carnet il y avait trois moments, deux vrais et un faux. Pour chacun, le faux souvenir consiste à être monté dans une montgolfière entre l’âge de trois et six ans. Pour la moitié des sujets, le faux souvenir a été présenté avec une photographie trafiquée (avec au moins un autre membre de la famille sur la photo), pour l’autre moitié, le faux souvenir a été présenté sous forme d’un texte, de quarante-cinq mots, relatant le souvenir, incorporant lui aussi des détails familiers. Chaque sujet a eu ensuite trois entretiens avec des chercheurs au cours d’une semaine.
Notons que dès le premier entretien aucun des sujets n’a remis en cause le souvenir, aucun ne l’a identifié comme faux.
de la ville où chacun pouvait venir faire ses courses et accéder ainsi, à moindre coût, au bon pain, à la viande ou aux fromages produits localement, ou aux fruits et légumes de saison. Une alimentation de qualité pour toutes et tous. En 1931, un demi-siècle plus tard, les deux tiers de la population de Limoges, soit environ vingt-six-mille foyers, adhéraient à L’Union, modèle coopératif s’avérant être une organisation économique extrêmement efficace. On dénombrait alors vingt-deux coopératives équivalentes en France. À supposer que des expériences contemporaines similaires continuent d’éclore sur le territoire français, l’histoire nous montre donc qu’il est tout à fait possible de créer, parmi d’autres, une Sécurité sociale de l’alimentation, projet progressiste qui permettrait en outre de mettre en place un outil puissant contre le système patriarcal (les femmes sont aux premières loges dans ce secteur, que ce soit pour faire les courses ou pour cuisiner) et pour une décolonisation effective (de nombreuses denrées que nous consommons sont produites à bas prix par des populations colonisées). Deux leviers s’imposent d’évidence : la multiplication d’expérimentations locales (comme les AMAP2) et un relais politique fort et convaincu en réponse à ce projet d’envergure qui l’est tout autant.
1 Voir critique dans LTC n° 42. 2 Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.
Quelle différence alors entre fausse photographie et faux récit ? D’après les chercheurs, les résultats suggèrent que le récit permet une meilleure implantation de faux souvenirs, car il facilite l’appropriation. Au cours du troisième (et dernier) entretien de l’étude, 82 % des sujets soumis à la fausse narration étaient capables de décrire l’événement, contre seulement 50 % des sujets soumis aux fausses photos. Les autres sujets tenaient pour vrai le fait d’être monté dans une montgolfière mais n’en avaient pas de souvenir propre. Une interprétation possible est que la fausse narration permet au sujet de créer sa propre vision de l’événement, de broder, et de déployer son imagination pour s’approprier pleinement le souvenir, tandis que la fausse photographie par son réalisme briderait l’appropriation. Le souvenir est donc tout aussi accepté, mais moins intériorisé par le sujet.
Cet article contient quatre-cent-cinquantehuit mots, environ dix fois plus que nécessaire pour implanter un souvenir dans votre mémoire. Protégez-vous, protégez vos cerveaux, soyez sélectif sur ce que vous acceptez de lire et de voir. On est bien plus influencé qu’on ne veut le croire.
1 Le titre de l’article est emprunté au livre du même nom de Normand Baillargeon. 2 http://urlr.me/RbKcf.
17/06/2022 13:12





