
« Défendre l’avenir de nos enfants, de nos écoles, de nos communes et de nos territoires ruraux. »
C’est ainsi que le président du Conseil départemental introduit le communiqué qu’il faisait publier le 23 janvier dernier, communiqué en forme de diatribe contre un État méprisant à l’égard des départements ruraux et de leurs habitants, selon ses propos. Qui plus est, un État représenté par des menteurs au premier rang desquels le préfet, pour Pascal Coste, offensé personnellement, après que la carte scolaire 2018 et son cortège de fermetures de classes aient été dévoilés aux syndicats sans qu’il en fût lui-même informé.
Comment ne pas voir chez ce preux chevalier de la ruralité, pourfendeur des abus de pouvoir d’un gouvernement qui dédaignerait tout ce qui se tient à l’écart de Paris et des métropoles, pour le moins une posture ambiguë, au pire une malhonnêteté intellectuelle crasse. Expliquons-nous. Il faut se rappeler l’histoire syndicale de Pascal Coste au sein du monde agricole dont il est issu. N’a-t-il pas été président du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA) et n° 3 de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), donc héritier en ligne directe, comme ses pairs qui agissent dans ces sphères dirigeantes, des orientations économiques et idéologiques du syndicat agricole le plus puissant ? Quel rapport avec ses protestations véhémentes contre les fermetures de classes, demanderont certains. Défendre l’agriculture et défendre l’école rurale, ça va dans le même sens, après tout. En apparence, oui.
En Corrèze, en une génération (1988-2010), ce sont 5 500 fermes ou exploitations, selon le terme consacré, et plus de 8 000 emplois directs qui ont disparu. Les surfaces concernées ont été majoritairement absorbées par des exploitations toujours plus étendues. Les enfants des paysans ont généralement quitté la commune d’origine pour étudier et/ou s’employer en ville, le plus souvent hors de la Corrèze et du Limousin. Ce processus, qui s’est accompagné de la spécialisation des bassins agricoles – en Corrèze, surtout l’élevage bovin destiné à la boucherie – et d’un système de primes dont dépend le revenu, faible, des agriculteurs, a largement contribué au déclin démographique de la plupart des campagnes corréziennes comme à celles d’autres départements ruraux à vocation agricole. Ce processus a été conçu et mis en œuvre sous la double impulsion, au début des années 1960, de l’État et de la FNSEA, pour moderniser l’agriculture et conférer à la France non seulement son autonomie alimentaire mais aussi une place de leader de l’économie agricole mondiale.
Le paradoxe est là : la place de l’agriculture française s’est construite au prix de la dévitalisation des campagnes, et pas que dans les zones où les « handicaps naturels » donnent lieu à compensations (voyez les départements du Grand ouest, ceux du Centre). C’est sans évoquer les désordres écologiques, de l’appauvrissement des sols à celui de la biodiversité en passant par les pollutions et les évènements sanitaires : là n’est pas le propos.
Bien sûr, ce n’est pas Pascal Coste en personne qu’il faut rendre responsable de ce constat. Mais, à travers les engagements qui sont les siens depuis toujours et les fonctions publiques qu’il a exercées dans certaines instances agricoles, il est le pur produit de la politique conduite depuis des décennies, dont les infléchissements les plus récents sont, somme toute, bien ténus.
Alors Monsieur Pascal Coste n’est sûrement pas le meilleur ambassadeur de la cause des écoles rurales.
Elzéard Bouffier





