Une fois n’est pas coutume, je vous l’assure, je décide, connement, il est vrai, et je m’en repends, d’aller me vautrer dans un Intermarché, mu par une fringale soudaine. Pour un paquet de bien bonnes et grasses madeleines Saint-Michel me voilà coincé dans la queue interminable d’une caisse qui n’évoque pour moi à ce moment là rien d’érotique, quoi que quelqu’un de bien pensant a dit un jour que l’érotisme, justement, est de surseoir à la consommation. Là pour surseoir, je sursois longuement… Arrive alors deux charmants bambins agitant chacun une série de portraits de photomaton bien léchée devant la permanente blanche qui me devance.
Mamie, mamie, ça y est, regarde.
Mamie se penche sur la production brillante de la boîte noire automatique. Elle est dubitative. Elle lance la question fondamentale de l’air expert de l’ancien qui sait quelque chose de l’exigeante modernité qui finalement ne serrait que récurrence d’un monde déjà expérimenté, le sien.
Elles sont conformes au moins ?
Ouah ! Les braves enfants de rassurer immédiatement l’ancêtre sur l’incommensurable chance de l’impossibilité mécanique de ne plus être conforme grâce à la tech-no-lo-gie.
Oui, oui, de toute façon si elles ne sont pas conformes, le photomaton refuse de les imprimer.
Ah ! braves photomatons. À mon époque, ils étaient cons comme des mécaniques – mais on disait des bites – et ils s’autorisaient à tirer vraiment n’importe quoi… Ce devait être pour ça « bites »… Mais mamie reste dubitative, et peut-être même frustrée d’un enseignement. Alors dans un élan de transmission tinté de désinvolture elle rend d’un geste un peu hautain les portraits à sa petite-progéniture accompagné d’une radicale affirmation.
Vous auriez pu sourire tout de même.
Et du tac au tac.
Mais mamie, c’est interdit de sourire sur les photos d’identité !
Pauvre mamie. Ce monde décidément la dépasse. Elle ne pensait pas que la conformité avait été jusqu’à ôter le sourire à nos identités.
Auguste Bref





