
Il y a quelque temps, j’ai été interpellé par une collègue sur : « … les efforts que j’étais prêt à consentir pour adopter une démarche éco-citoyenne pérenne en privilégiant les déplacements doux et alternatifs… » !
J’étais pas d’humeur et comme on sortait de la journée de la violence faite aux femmes, je me suis abstenu, en guise de réponse de lui proposer un déplacement non doux et si peu alternatif de ma main sur sa gueule (notez que dans un souci d’égalité des sexes j’aurais eu la même réaction si cela avait été un collègue). Je ne suis donc pas éco-responsable, je ne privilégie qu’un déplacement avec une voiture pour me rendre quotidiennement sur le lieu où je passe un certain nombre d’heures en activités multiples et variées, en échange desquelles, je reçois mensuellement sur mon compte bancaire une somme d’argent que j’échange à mon tour, entre autres, contre du gasoil pour remplir le sus-évoqué véhicule. Désolé d’être aussi peu original. Et puis d’abord, pourquoi tu me demandes ça ? Que je lui rétorque. Mais c’est la semaine nationale de la mobilité ! Qu’elle me répond. Alors c’est ça ! On est donc dans le syndrome de la semaine nationale, de la journée mondiale, la maladie de la cause nationale, le syndrome du « y a qu’à y passer une bonne journée comme ça, c’est réglé ». Avec la fâcheuse impression d’être sollicité quotidiennement pour un truc ou pour un autre.
Je me suis donc mis à chercher toutes les journées thématiques de mobilisation sur tous les sujets du monde. Et là, mes recherches ont dépassé mes espérances : tous les jours y a une cause différente à défendre. Je ne résiste pas à vous livrer un florilège des meilleures journées mondiales (que vous pouvez retrouver sur le site : http://365data.fr).
C’est parti avec le 11 mars, la journée mondiale de la plomberie ! C’est une journée créée en 2010 qui a pour objectif de sensibiliser le grand public à la contribution des professionnels de la plomberie aux enjeux de santé publique liés à l’eau, son traitement et son approvisionnement. On ne redira jamais assez le niveau de mobilisation des plombiers dans le monde pour sauver la planète.
Le 21 janvier, c’est la journée internationale des câlins. L’idée c’est de se prendre dans les bras quelques secondes, en marque de tendresse. Un peu comme Trump avec Kim Jong-un. Cette manifestation d’affection serait bonne pour la santé et le moral, en favorisant la sécrétion d’ocytocine. Peu célébrée en Syrie depuis quelques années.
Le 21 décembre c’est la journée mondiale de l’orgasme à ne pas confondre avec le 2 février, la journée mondiale des zones humides.
Parfois c’est bien fait : le 12 janvier par exemple, c’est la journée des roux, et bien, le 14 c’est la journée pour habiller son animal de compagnie, et mieux, le lendemain, c’est la journée du chapeau !
Une autre curiosité : le 22 mars, c’est la journée mondiale de l’eau, alors qu’il faut attendre le lendemain, le 23 mars donc, pour avoir la journée mondiale de la météorologie ! Toujours un jour de retard dans les prévisions.
Sinon, nos copines ne sont pas en reste en ce bas monde : le 24 janvier, journée du sport féminin, le 11 février, c’est celle des filles et femmes de science, le 8 mars c’est pour leurs droits, le 12 mai, c’est les infirmières, le 31 juillet, c’est celle de la femme africaine, le 11 octobre celle des filles, le 15 celle de la femme rurale, le 18, la ménopause, le 25 novembre celle des violences à leur égard, bref, au total une dizaine de journées leur sont consacrées. C’est à se demander si nous les mecs, on n’aurait pas quelque chose à se reprocher !! (J’oubliais tout de même que le 3 novembre, c’est la journée de la femme au foyer, une journée normale quoi !)
Notons que ces journées dédiées sont consacrées à mettre un coup de projecteur sur une problématique, et que cela n’est pas toujours adapté : par exemple, le 22 octobre, c’est la journée mondiale de sensibilisation au bégaiement ; et bien là curieusement, je sais pas pourquoi, j’aurais mis deux jours.
A l’inverse, le 21 décembre, la journée de l’orgasme, je trouve ça un peu long.
Et il y a des journées de mauvais goût : prenons par exemple le 25 octobre, pour réduire la consommation de papier dans le monde, c’est la journée mondiale sans papier. Je connais des migrants qui fêtent ça toute l’année.
Et des associations douteuses : prenons le 20 janvier, c’est la journée des manchots, journée qui précède la journée des câlins ! C’est d’un goût… ou bien le 8 mars, journée de la femme et le 9 journée de la poupée Barbie…
Bon, j’arrête là ma liste. J’aurais pu vous parler de la journée mondiale du gâteau à la carotte, du puzzle, de la mesure des pieds, du Nutella le 5 février qui est sans doute responsable de celle du 6 mars, journée des dentistes, ou de celle du 23 mai sur l’obésité.
Je vous laisse avec cette cause qui remporte ma préférence et vous invite à vous mobiliser avec moi : le 7 juin, c’est la journée mondiale de la sécurité routière aux passages à niveau ! Et je ne me moque pas car Lucille Quillet, journaliste au Figaro Étudiant avait tenté de le faire dans son article du 5 février 2014 « Les 10 journées mondiales les plus grotesques » en ces mots : « Journée mondiale de sensibilisation aux passages à niveau. Très, très important, les passages à niveau. Espérons que les dos d’âne, démarrages en côte et créneaux trouveront également grâce auprès du calendrier suprême des journées mondiales. »
Et il lui a été répondu sur le site journee-mondiale.com : « Combien de morts vous faudra-t-il encore, madame, pour cesser de proférer de telles âneries ? »
On ne rigole pas avec les causes internationales.
Le sous-commandant Jean Marcos




