L’écologie est-elle forcément de gauche ? Fidélité et liberté s’opposent-elles nécessairement ? Le non-formisme est-il une forme de conformisme ? Il y a dans nos têtes pleins de notions qui, de prime abord, semblent s’opposer ou au contraire s’associer à merveille. Mais il arrive que prendre le temps de la réflexion puisse changer les vrais amis en faux amis et vice versa… Et si, pendant quelques numéros de la Trousse nous prenions le temps d’amorcer modestement cette réflexion ?
Pour démarrer nous parlerons de méritocratie, idée charnière de la droite, qui aime à l’opposer à ce qu’elle appelle – de manière volontairement péjorative – l’assistanat. En 2007 Nicolas Sarkozy déclarait à ce propos « Je suis contre l’égalitarisme, l’assistanat, le nivellement ; pour le mérite, la juste récompense des efforts de chacun, et la promotion sociale » . Cette mise en opposition n’est d’ailleurs pas l’apanache ( connais pas ce mot) de la droite. La même année, Marie-Georges Buffet – elle aussi candidate à la présidentielle – déclarait « Soit on va vers une société de pleine précarité, une société du « mérite » , soit on va vers une République des droits, de l’égalité et de la fraternité ! » .
« A chacun selon ses mérites » serait donc un principe de droite pendant que son contraire supposé « à chacun selon ses besoins » (cette redistribution égalitaire rebaptisée assistanat par la droite) serait éminemment de gauche. Et c’est à ce moment là que l’on se pose pour un instant de prise de recul. La droite libérale – dans laquelle on peut classer sans prise de risque trop importante l’actuel gouvernement – nous pose régulièrement des modèles de réussite « au mérite » au travers des grands patrons d’industrie qui, s’ils gagnent beaucoup d’argent, « ne l’ont pas volé mais gagné à la sueur de leur front, à la lueur de leurs immenses compétences » . Soit… Alors prenons les plus exemplaires parmi eux : les 5 plus grandes fortunes de France. Nous avons dans l’ordre en 2017 Bernard Arnault (LVM), Liliane Bettencourt (L’Oréal), Axel Dumas (Hermès), Gérard Mulliez (Auchan), Serge Dassault (Groupe Dassault). Trois d’entre eux sont d’ailleurs toujours dans ce classement alors qu’ils ne dirigent plus leur groupe industriel depuis plusieurs années ou décennies, c’est vous dire le très haut niveau de mérite auquel on a à faire ! Leur point commun, en plus bien-sûr d’être les 5 plus méritants de France ? Avoir démarré dans la vie avec une entreprise en héritage ! Ça aide…
Parce que oui, quand on promeut la méritocratie, on omet souvent la fin de phrase qui semblerait pourtant logique : « à chacun selon ses mérites… et uniquement selon ses mérites » donc sans distinction d’origine sociale, géographique, ethnique ou autre. Et comme ces discriminations existent de fait dans la société, la véritable réussite au mérite présuppose que l’on gomme toutes ces inégalités de situation qui ne sont pas liées au mérite propre de l’individu. Gommage des inégalités financière, des handicaps, des disparités géographiques … Toutes ces choses qui nécessitent des mécanismes forts de redistribution pour supprimer tous les biais extérieurs au mérite. Toutes ces choses qui visent à remettre de l’égalité entre tous, toutes ces choses que la droite nomme avec mépris égalitarisme ou assistanat…
Mauvaise nouvelle, la méritocratie, la vraie, est une notion de gauche qui ne peut que marcher main dans la main avec la redistribution, parfois rebaptisée « assistanat » par ceux qui ne voudraient justement pas que seul le mérite compte !
Michel





