
Y’a des séries comme ça. Là, « je fais de la chanson française, toute simple, toute gentille, avec douceur, pas une note qui dépasse, pas une rime qui surpasse, les sentiments faciles font du surplace, la casquette est bien en place… un deux trois, un deux trois… »
Alors c’est quoi la différence entre Gauvain Sers et Guyom Touseul ?
D’abord, le deuxième n’est pas le delirium tremens de Renaud, un bon point pour lui ! Ensuite, sa voix ne ressemble pas au cri des acnéiques protéiformes se secouant l’excroissance le soir au fond d’leur lit, encore un bon point ! Enfin, le Guyom, il nous l’a envoyé son album pour que l’on puisse en dire du mal… ou du bien, allez savoir !
Pour le reste, toutes ces chansons qui se veulent des réhabilitations de traditions « bardesque », ne sont finalement qu’une espèce de recette millénaire dans laquelle on mixerait Le petit pont de bois avec Petite Marie, le tout baignant dans du jus de Lily1.
Ce n’est pas tant le profil de chanteur monocorde, grattant de son instrument sur de la rime plus ou moins riche que le manque d’envergure de l’ensemble qui est en cause. Ou la facilité des thèmes qui m’en touchent une sans bouger l’autre : peut-on chanter les migrants sans faire dans le sirupeux bienveillant ? Doit-on encore – comme si on ne le savait pas dans nos petit milieu de gaucho-écolo – chanter notre détestation du foot ? Quand Henri Tachan chantait son dégoût de La Chasse, on l’entendait son écoeurement, il ne s’excusait pas, il pissait sur les chasseurs !
De belles idées pourtant font écho au monde qui nous entoure. Dans Rémi, sensation croisée d’une victime pacifiste et de son bourreau robotisé. Mais là encore, où Brassens faisait claquer les mots pour rendre la violence palpable dans Hécatombe (Le marché de Brive-la-Gaillarde), Guyom Touseul ne nous narre qu’une « fablette » un peu triste finalement….
Cet album est malgré tout une petite balade sympathique au pays des mots d’amour… Mais bordel, avec cette plume là, il y a moyen de lâcher les chevaux et de décrasser un peu les poumons des immondices réactionnaires qui s’y collent !
À part ça, comme il le dit lui-même dans (Je m’) fous du foot : […] à chacun ses chansons, […] à chacun ses passe-temps.
1 – Yves Duteil, Francis Cabrel et Pierre Perret
Pluton 427




