
Résumé de l’épisode précédent. Après avoir dignement fêté leur assignation à résidence avec leurs amis « à risque politique », Zolde et La Pouet se sont retrouvés au pied d’un vieux chêne creux indiqué à Zolde par une étrange vieille. Si le message mystérieux de cette vielle a troublé Zolde au point qu’il vienne explorer le vieux chêne, le souvenir obsédant de cette vieille peau a interrompu son étreinte avec La Pouet.
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Zolde se releva et lentement se rhabilla. Il était plein de colère et voir La Pouet se rhabiller elle aussi ne le calmait pas, loin de là.
« Aller mon limaçon fais pas la tronche. C’était pas une bonne idée. On va finir la boutanche en fumant une clope » lui dit-elle, affable. Et elle lui caressa l’épaule, en souriant.
C’est vrai qu’il restait un fond de bouteille et quelques brins de tabac et c’était bien ce qu’ils avaient de mieux à faire pensa-t-il.
En plus La Pouet n’était pour rien dans sa débandade. C’est le souvenir de la vieille qui lui avait pourri son étreinte. Alors il acquiesça et se rassit avec une grimace qui se voulait un sourire.
Putain de vieille ! Il n’arrivait toujours pas à se débarrasser de son image. Tout ce temps à désirer La Pouet en silence et cette vision hideuse qui venait tout casser juste au moment où ses souhaits les plus intimes allaient se réaliser. Et maintenant c’était foutu… Demain c’était le déménagement pour l’assignation à résidence, la séparation à durée indéterminée.
Il faillit tout raconter à La Pouet puis se ravisa à la dernière minute. L’histoire de cette vieille était trop louche. Tous ces euros-francs arrivés par la poste et les plans et ce poème laissés dans sa poche. Largement de quoi déclencher des tas de questions de la PPP (Police Politique de Proximité). Moins de monde serait au courant plus il serait en sécurité et les autres aussi d’ailleurs.
Il se remémora alors le poème. La Pouet parlait, La Pouet lui parlait mais il n’écoutait plus.
« Le tronc creux de l’arbre perdu
Est le reste
Invisible pour ceux dont le regard ne perce pas le lointain de l’air »
Le reste ? Quel reste, Et le lointain de l’air ! C’est quoi le lointain de l’air ? Putain de vieille ! Et il se répétait ces quelques vers. Il se mirent à résonner comme un mantra et il se détacha de lui. Il se vit, loqueteux, amoureux, assis au pied du vieux chêne avec la femme dont il rêvait depuis si longtemps. Il regardait ce triste spectacle d’au-dessus : présent et absent. Le mazout avait-il été coupé au LSD ?
« Le tronc creux de l’arbre perdu… »
Il se leva alors et fit le tour du chêne à la recherche de quelque orifice. De l’autre côté, à hauteur d’épaule un un énorme trou béait entouré de boursouflures. Rien d’invisible.
Sans même réfléchir il y plongea le bras jusqu’à l’épaule. L’intérieur était chaud, brûlant, et sa main devint torche. Pourtant il ne ressentit nulle peur, même pas le désir de retirer sa main avant d’avoir exploré ce trou dans ses moindres recoins.
Il palpait soigneusement les parois. Le bois s’effritait sous ses ongles. La brûlure s’intensifiait et remontait le long de son bras. Il pensa que le mazout était une vraie saloperie et poursuivit son exploration. Tout au fond il découvrit une petite bille. Tout son bras était en feu mais il avait trouvé. Il sortit alors précipitamment sa précieuse découverte.
Sous la lumière de la lune il découvrit un gland au creux de sa main meurtrie et la douleur prit le dessus. Il cria.
La Pouet accourut. Il regardait sa main, la montrait à La Pouet. Lentement la douleur s’estompait mais sa main n’en portait pas le moindre stigmate, pas même une vague rougeur. Il la retourna, le gland rejoignit ses frères au sol et le dos de la main était aussi bêtement normal que la paume. Une minuscule araignée remonta le long de sa manche de chemise.
La Pouet le regardait bizarrement.
« Il est dans quel délire mon limaçon ? »
Il jura que l’arbre l’avait torturé. D’abord elle rit, puis fut prise d’un doute, Zolde n’avait pas pour habitude de faire des plans à la con, même torché au mazout, et c’est pour ça qu’elle l’aimait bien,
Elle décida alors de tester ce fichu chêne et plongea à son tour le bras dans le trou. L’intérieur était tiède, vaguement spongieux, vaguement répugnant, mais rien ne se passa. Elle s’accorda une longue minute le bras dans le trou espérant ressentir au moins un échauffement anormal mais il continua de ne rien se passer. Alors très lentement elle ressortit son bras.
Il y avait de la méfiance dans son regard lorsque ses yeux se posèrent sur Zolde. Il en fut tellement consterné qu’elle dut le sentir et le prit tendrement dans ses bras.
« Aller mon limaçon t’as dû vraiment abuser du mazout ce soir. Pas grave demain il fera jour et moi aussi j’suis vraiment pompette, Ça va être dur de ramper jusqu’à mon pieu. J’pourrais pas squatter chez toi ? »
Zolde ne s’emballa pas. Souvent elle squattait chez et il savait ce que ça voulait dire : juste dormir à ses côtés. Mais au moins ils s’endormiraient l’un contre l’autre et ce soir il avait besoin de tendresse. Son bras le brûlait toujours.
Ils rentrèrent en zigzagant dans le cagibi qui tenait lieu de chambre à Zolde. Puis, à peine arrivés La Pouet s’allongea et s’endormit dans la foulée. Zolde la regardait ronfler. Il sentit la nostalgie l’envahir et eut envie de pleurer.
Il se déshabilla et observa longuement son bras endolori : un bras exactement semblable à son autre bras. Perchée au sommet du tas de fringues la petite araignée de tout à l’heure semblait rigoler. Il s’allongea tout contre La Pouet. C’était bon de sentir son corps chaud contre le sien et très vite il sombra dans un sommeil peuplé de rêves étranges.
Il discutait avec un mâle. Qu’il s’appelât Arrg et que ce fût un mâle araignée ne le troublait pas.
« Toutes vos poudres, vos gaz et autres armes de destruction massive nous foutent dans la merde. Non seulement elles ravagent parfois des colonies entières mais plus grave encore elles pourrissent notre bouffe. Un moustique dopé à ces saloperies peut nous faire avoir des œufs difformes, non arachnides. Des handicapés naissent par milliers et meurent à peine éclos. Tu peux faire quoi pour arrêter ce massacre ? »
Le plus sérieusement du monde Zolde se défendait d’utiliser des pesticides ; de toute manière il n’avait pas les thunes pour en acheter.
« Vous êtes vraiment cons » reprit Arrg. « Qui vous débarrasse des moustiques, hein ? Les hirondelles et nous et vous nous tuez. Alors moins d’hirondelles j’ai rien contre elles nous bouffent aussi mais la malaria c’est vous qui la chopez. Viens voir, les œufs d’Angie vont éclore. Tu vas voir la cata. »
Des centaines d’œufs étaient en train d’éclore et en sortaient de minuscules bestioles. Toutes avaient 8 pattes et la tête de Zolde.
Il se réveilla en sueur. La Pouet était partie et sur le tas de fringues la petite araignée l’observait. Il se leva la tête lourde, fit doucement glisser la petite bête dans la poche de sa chemise et s’habilla.
Il était prêt pour l’assignation à n’importe quelle résidence.
Odyseus Katsantrente





