
La rencontre avec notre vie émotionnelle se joue d’écoute, de compréhension, d’ajustement, de remise en question pour éviter tout débordement personnel et pour accueillir ceux des autres. C’est un véritable entraînement auquel s’évertuer tous les jours, avec patience et persévérance. Les périodes de crise ne sont pas les meilleurs moments pour s’exercer. À l’image de la navigation, l’apprentissage de la marine ne se fait pas en mer indomptable : le calme océanique de l’avant ou après tempête sera propice pour l’apprentissage de la navigation émotionnelle en solo ou en duo.
Gribouillage émotionnel
Prendre le temps de s’accorder du temps [je supprimerais, trop de « temps » dans cette phrase] pour apprendre à voir à temps se pointer ses émotions est un temps soit peu [idem] fastidieux, mais si essentiel qu’il est impossible d’y échapper. Surtout quand on sait que l’émotion est contagieuse, et qu’elle se communique et teinte [je remplacerais par « joue sur » (répétition)] la nature de nos relations. En effet, parfois notre partage émotionnel se teinte d’harmonies colorées et à d’autres moments, on assiste à un embrouillamini relationnel : des émotions bariolées s’entrelacent, se juxtaposent, se ricochent les unes aux autres, et il est très difficile dans cette situation ardente d’accéder au rôle constructif du processus émotionnel : une transformation potentielle d’une énergie considérable pour accoster sur la terre ferme de nos réalisations individuelles ou collectives. Accompagner les enfants dans leur vie émotionnelle demande donc, d’avoir déjà détricoté ses propres entremêlements émotionnels pour pouvoir leur offrir des espaces de d’apprivoisement et de compréhension de leur propre palette émotionnelle.
Communication émotionnelle
Dés les premières heures de la vie, l’eau du fœtus se teinte des colorations affectives de sa mère : il baigne au sein du partage émotionnel. Et puis, quand il se hasarde à la vie extra-utérine, il expérimente sa propre vie émotionnelle dans laquelle il plonge en dehors de toute maîtrise. Il se laisse emporter par cette étrange dynamique communicative qui le met en relation avec un environnement qui réagit, tempère, apporte une réponse, soulage, … L’expérience émotionnelle des adultes maternants lui donne la sécurité nécessaire pour donner du sens à ses émotions qui le traversent et le bouleversent. En effet, rappelons-nous que nos émotions nous offrent la possibilité de nous éveiller à notre conscience d’Être : elles nous mettent en mouvement pour satisfaire nos besoins, construire notre intégrité, et faire évoluer notre autonomie et notre liberté. Face à un adulte, porteur de cette compréhension et de cette expérience du rôle de l’émotion, le bébé en dehors de toute verbalisation, se sentira contenu malgré la tension émotionnelle ressentie : un regard apaisant, la chaleur d’un contact, des paroles rassurantes, une respiration calme, la douceur ferme d’une présence seront déjà les toutes premières attitudes à adopter pour l’accompagner : l’environnement reste stable malgré le tourbillon intérieur. L’accueil respectueux de son émotion sans jugement va l’autoriser ainsi à la vivre jusqu’au bout pour l’exprimer et libérer toutes les tensions adjacentes que la montée émotionnelle a engendré.
L’enfant a besoin de vivre la résolution de l’émotion jusqu’au bout en l’exprimant à sa manière. Le pic de décharge est nécessaire et essentiel pour qu’ensuite vienne prendre place le retour au calme qui apportera consolation, puis discussion au fil de l’évolution de ses capacités langagières.
L’accompagnement à la vie émotionnelle demande donc aux accompagnants autant d’écoute, de compréhension, d’ajustement et de remise en question qu’ils s’accordent pour eux-mêmes. Encore une fois, la bienveillance reste la qualité essentielle à développer.
ENCADRE
Maturation émotionnelle
« Tant que le cerveau n’a pas atteint sa pleine maturité, les processus de gestion des émotions, des affects ne sont pas totalement fonctionnels. Cela explique les difficultés que l’enfant peut avoir pour contrôler, maîtriser ses réactions émotionnelles ou affectives. » Catherine Gueguen
Le cerveau de l’enfant ne peut réagir comme celui d’un adulte, puisque ses réseaux cérébraux maturent au fur et à mesure de son développement. En effet, les dernières recherches en neuroscience affirment que le cerveau de l’enfant est très malléable et donc peu structuré pour apporter des réponses de régulation émotionnelle. C’est seulement entre 5 et 7 ans que les parties du cerveau dans le néo-cortex en charge de cette régulation rentrent en fonction. Elles seront en cours de maturation à la fin de l’adolescence pour complètement s’épanouir entre 25 et 30 ans. L’enfant ne peut donc pas contrôler ses émotions, et il agit spontanément, pour décharger la tension. L’émotion qui le submerge échappe à son langage et l’enjeu pour les accompagnants est vraiment de lui offrir des espaces de libération des tensions, de parole pour tenter de mettre des mots sur ses ressentis, et de lui aménager des espaces de retour au calme.
Texte à mettre sous l’illustration
Trouver le bon tempo entre chaque vague, comme un surfeur aguerri qui prend le temps d’observer la manière dont les vagues se forment, se gonflent et se brisent, avant de plonger. Et quand il y va, c’est pour être avec elles. En aucun cas par contre elles.
Pour aller plus loin :
Christophe André, François Lelord, La force des émotions
Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l’enfant
Catherine Guéguen, Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau
C’est un état affectif associé à des sensations de plaisir, de déplaisir ou encore à des sensations liées à la tonalité agréable, désagréable.
Le processus émotionnel est un système de communication : les émotions sont comme des indicateurs qui nous renseignent sur nos besoins.
Ainsi, l’intelligence émotionnelle s’élargit au gré de l’expérience et de la maturation neuronale, mais surtout grâce au feed-back positif de l’entourage.
l’empathie
Yoéva




