
A la source de La source
Elles poussent actuellement comme des champignons. Elles renaissent d’un mycélium local et humain enfoui sous nos mauvaises habitudes de consommations industrielles et désincarnées. La source nous y ramène. Elle est une de ces épiceries nouvelles. Depuis le 13 juillet, accolée au resto-bar Les épicuriens du deuxième rond-point de Saint-Germain-les-Vergnes, elle propose des produits locaux.
Des saltimbanques épiciers
Valérie et Géraud ne sont pas du métier. Elle, elle était aide médico-psychologique pour des autistes dans le Cantal après avoir travaillé auprès de personnes sans domicile fixe. Corrézienne d’origine, elle y est revenue en 2010 avec un projet en tête. Pas celui d’une épicerie mais celui d’un cabaret saltimbanque lié à sa passion du théâtre de rue. Mais c’est un projet compliqué à porter seule. Elle doit le laisser de côté. Lui, il a travaillé deux ans et demi pour un sous-traitant d’un grande firme des télécommunications mais sans avoir la fibre. Démission. Il consacrera son temps à ses enfants, à la guitare et la musique irlandaise. C’est la vie de famille qui transporte ce Cantalou en Corrèze. Valérie habite alors à Brive. Il est son voisin. Ils se rencontrent. Deux années passent. Puis un jour de janvier 2016, au téléphone :
« Tiens, si on montait une épicerie »
« Tiens, moi aussi j’ai eu la même idée »
La déconvenue de Brive, la gaillarde américaine
En apparence, c’est simple comme un coup de fil. En réalité ce sera un peu plus compliqué. Ils font un stage à la CCI1 qui valide leur projet. Elle le trouve viable et dans « l’air du temps ». Mais Valérie et Géraud veulent l’ancrer à Brive. Ils rencontrent le manager du centre-ville. Ils ont en effet repéré une vieille épicerie fermée depuis des lustres et qu’ils feraient bien leur. Le manager trouve que cette devanture est une verrue et les envoie vers la rue de la République. Mais le gaillard manager est un peu bonimenteur et la rue prometteuse s’avère morte. « La verrue », elle, sera vite occupée par un Day by day, commerce du premier réseau français d’épicerie en vrac. En vrac aussi nos aspirants épiciers. Avec les banques, ils comprennent vite qu’ils ne se comprendront pas. Alors ils tablent sur un peu de finance participative agrémentée d’un prêt individuel et d’un prêt familial. Les 18 800 euros recueillis suffiront. Reste donc à dégoter le local. Ils le trouvent sur Le bon coin à Saint-Germain les Vergnes. Bien sur, ce n’est pas Byzance, mais ce n’est pas cher et, avec un peu d’huile de coude et de la récup’, ils arrivent à mettre un peu de chaleur dans ce hall froid d’arrière-boutique.
« La source est née d’une rébellion contre le monde actuel »
Valérie veut agir contre la mal bouffe et ses conséquences néfastes sur la santé. C’est ce qui va la motiver à fonder La source, une épicerie de produits pas forcément bio mais sains et locaux. Les seules exceptions faites sont le chocolat, le sucre et le café. Quoi que le café est torréfié à Tulle ! Et quand on se prénomme Géraud, le local s’entend jusqu’à l’Auvergne, du côté de ses fromages et de sa viande… Sinon, le tour des étiquettes du petit magasin raisonne des villages du pays vert : tisane de Saint-Ybar, celle de Chanteix, beurre salé et doux d’Allassac, yaourt multi-fruits d’Ussac, flan de Lanteuil, savon à la découpe des Monédières, jus de pomme de Cornil, confiture de myrtilles de Saint-Mexant, et celles de Seilhac, miel sauvage de Coussac-Bonneval, bière d’Uzerche et de Chamboulive, légumes de Tulle, Donzenac, Sainte-Fortunade et d’autres de ces bourgades déjà citées… Le lien avec les producteurs est fluide. Une bonne partie de ces derniers ne veulent pas avoir affaire aux grandes surfaces et sont bien contents qu’une vitrine nouvelle accueille leurs produits.
Reste finalement à trouver la clientèle. Elle n’est pas encore au rendez-vous. Il faut dire que La source n’est pas très visible. Mais des cartes de visite viennent d’être éditées, des flyers sont à venir, des panneaux vont être implantés. Et le bouche à oreille est en cours.
1 – Chambre du Commerce et de l’Industrie
Philippe Van Assche



