
Amandine
En ces temps de morbidité invasive et de létalité statistique, on se réjouirait presque de voir s’illuminer les maisons, même avec des pères Noël accrochés (pendus) aux balcons. Mais on se reprend vite et, plutôt que les futilités clignotantes, on se tourne vers des expériences constructives qui fuient l’exubérance et se vivent collectivement.
On a déjà évoqué, dans les colonnes de La Trousse, cette joyeuse initiative des « cantines » imaginée par un groupe de paysans et d’artisans de bouche à l’origine de l’association La dépaysante1. Amandine, installée maraîchère depuis le début de l’année 2020 à Saint-Priest-de-Gimel, était parmi les protagonistes de cette expérience originale.
C’est fortuitement qu’en 2018 elle se trouve un soir de guinche au Battement d’ailes, à Cornil, face à Nico qui se prépare lui aussi à s’installer. Face à Nico, mais pas pour danser. Pour discuter de leurs projets respectifs et de cette idée de cantine. Et hop ! Un petit noyau de producteurs, de cuisiniers dont un pâtissier passe bientôt à l’action : organiser une cantine festive tous les deux ou trois mois dans des lieux différents entre Tulle et Argentat.
Pour Amandine, ce réseau naissant de personnes qui partagent une vision et des envies sur ce qui fait vivre et ce qui nourrit est une aubaine. Je me suis sentie légitime dans mon choix d’installation. La Dépaysante, c’est pour moi un réseau d’appui et de soutien.
Un germe pathogène au nom barbare est passé par là. Plus question de cantine ! Qu’à cela ne tienne ! Avec le confinement du printemps, explique Amandine, les producteurs craignaient l’interdiction des marchés et, dans le même temps, des consommateurs souhaitaient des livraisons de produits fermiers. Dès mars, La Dépaysante réagit en proposant chaque semaine des livraisons et une distribution de commandes1. Les marchés de Tulle sont maintenus. Amandine doit choisir entre les commandes via l’association et le marché de la cathédrale où elle vend ses premières récoltes. Elle privilégie la première option. J’ai choisi La dépaysante pour l’esprit de solidarité et parce qu’il ne fallait pas rater cette occasion. Le marché, j’aurai toujours la possibilité d’y revenir plus tard. Elle ne regrette pas. On a été jusqu’à 24 producteurs et artisans de bouche. On est une vingtaine en moyenne chaque semaine et on a intégré des artisans pour cette fin d’année. Et d’ajouter : Cette semaine, on dépasse soixante-dix commandes ! (Dernière semaine de novembre, NDLR.) Sans tambour ni trompette.
Jusqu’à présent, les producteurs qui le souhaitaient ont rejoint l’association, permettant ainsi de diversifier l’offre de produits proposés. Mais arrive un moment où l’on se questionne sur l’entrée de tel ou tel nouveau. Débats, discussions, arguments, contre-arguments, par courriels, lors des livraisons, au marché… On est une organisation autogérée, commente Amandine, on décide par consensus. Il faut laisser le temps de l’apprentissage. Bientôt une charte élaborée collectivement.
Amandine a trouvé là le lieu d’une collaboration fructueuse et inespérée dans son parcours d’installation. Malemortoise de naissance, elle confie que, s’étant éloignée pour ses études, elle était bien décidée à ne pas revenir « s’enterrer en Corrèze ». Après quelques années au contact des milieux politiques du côté de Grenoble, c’est le retour. Cette expérience a eu raison de ses premières ambitions personnelles mais pas de sa clairvoyance. Un retour définitif et assumé.
8 – la trousse corrézienne n °34
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« repaysée » et La dépaysante
NB
1 La Trousse n° 20 et n° 29
Charte départementale d’engagements, clou du simplisme par mamielala
La charte départementale « vise à répondre aux enjeux de santé publique liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques sur des cultures » (cf. LTC N°33). Il y est aussi écrit, en préambule dès la page 3 « Les évolutions des modes de consommation (moins de protéines animales, plus de produits végétaux) vont entraîner un besoins (sic) en cultures céréalières supérieures qui exigeront une conduite technique plus complexe ». Donc, si je comprends bien, comme on va manger moins de viande (l’évolution de notre mode de consommation), on risque d’avoir moins d’élevage d’animaux herbivores (bovins ou ovins par exemple) qui mangent l’herbe. Donc moins besoin d’herbe. Donc qu’est ce qu’on fera ? C’est simple, à la place on fera des céréales « supérieures » ? Qui seront bien sûr bien plus complexes à produire, nous prévient-on. Vous imaginez ? On pourrait faire un GRRand plateau céréalier, ou bien une GRRande vallée céréalière. Et on ne le savait pas ! Dans le document, il n’est jamais, jamais abordé la question de la surface qu’on pourrait vraiment cultiver. Or ce n’est pas parce qu’on élève des vaches ou des moutons qu’on laisse pousser l’herbe, mais l’inverse. En 2016, sur 239 000 hectares utilisés par l’agriculture en Corrèze, il y avait 157 000 hectares qui étaient toujours en herbe. Ici et en zone de montagne en général, on ne peut pas travailler toutes les surfaces (trop de pentes, présence de zones humides, manque de sol…) donc on laisse pousser l’herbe. Et c’est parce qu’on a beaucoup de surfaces en herbe non cultivables que l’on fait de l’élevage. Et c’est évident qu’on ne peut pas cultiver partout. Surtout si on ne peut pas… drainer les zones humides. Bref, il y a des endroits où il ne peut y avoir que de l’herbe, donc de l’élevage d’herbivores.
Dans la présentation des itinéraires techniques de la charte, c’est réaffirmé, mais autrement : les surfaces en céréales et en maïs fourrager vont augmenter pour permettre aux élevages de gagner en autonomie (alimentaire) : comme les herbivores ne mangent pas que de l’herbe, les élevages vont produire davantage de céréales complémentaires, plutôt que de les faire venir de loin (vingt ans au moins que cela se dit et se répète).
Bref, on augmentera les cultures, sans trop savoir sur combien de surfaces potentielles, pour nourrir les élevages, mais on produira moins de viande, car il y a moins de demande. J’ai pas tout compris. Je dois être simpliste.
11/12/2020 16:08
didier bertholy





