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La Trousse Corrézienne

LTC 34 · 1 décembre 2020

électIonS aMérIcaIneS

électIonS aMérIcaIneS — La Trousse corrézienne n°34

une grande démocratie puérile ?

C’est finalement, dans la nuit du 23 au 24 novembre – soit seize jours après le verdict des urnes – que Donald Trump a donné le feu vert pour la transition et ouvert la voie à une reconnaissance officielle de la victoire de son adversaire démocrate, Joe Biden, même s’il continue de contester les résultats. Retour sur des mois qui ont fragilisé l’Amérique.

Le combat politique entre Trump et Biden s’est vidé de toute substance rationnelle lors de l’avant-dernier débat télévisé – à dix-neuf jours de l’élection présidentielle du 3 novembre – pour se volatiliser dans des invectives de bas étage démagogiques et jouant uniquement sur les affects et l’émotion (cf. Les mobilisations de groupes paramilitaires d’extrême droite tacitement soutenus par Trump contre le mouvement Black Live Matter après la mort de George Floyd, un Noir américain tué par un policier blanc). De quoi capter l’attention d’un électorat républicain à fleur de peau dans une Amérique qui n’aura jamais été si divisée socialement et clivée politiquement. Le Monde du 31 octobre titrait alors : « Les États désunis d’Amérique hantés par la guerre civile ». « L’état de polarisation extrême est peut-être le seul constat partagé par l’ensemble de la population américaine. Non seulement les Américains sont divisés, mais ils fantasment en grande partie leurs différences. » Cet état de division patente « réactive une rhétorique de guerre civile ». En 2018, 31 % des Américains estimaient qu’une guerre civile était possible dans les cinq ans.

Dans ce climat délétère, fruit de quatre ans d’une présidence trumpiste marquée par « des tweets rageurs, des décisions unilatérales, des provocations, des mensonges »1, dès juillet, Donald Trump a pourri mentalement l’inconscient collectif des Américains, en sapant les bases de leur confiance en leurs institutions démocratiques, en déclarant à la télévision que les votes par correspondance serait « un vol » des élections, entre guillemets : de sa future élection. D’où ce slogan des républicains « Stop the seal » contre le « Every vote counts » des démocrates.

Pour Idris Fassassi2, professeur de droit public, « les républicains essaient de reproduire le schéma Bush contre Gore » de 2000. Les premiers résultats tombaient à peine mercredi 4 novembre au matin que déjà Donald Trump les contestait, menaçant de saisir la Cour suprême, « Cette attaque contre le droit de vote et le respect de la transition pacifique du pouvoir ébranle un peu plus un pays qui abordait déjà cette élection dans un état de polarisation extrême. » « Trump est un révélateur des carences structurelles du système : le rôle prééminent de l’argent dans la campagne, le système des grands électeurs et du « winner takes all » (le candidat ayant eu le plus grand nombre de voix dans un État obtient tous les grands électeurs) ». L’élection se joue finalement sur quelques États, ce qui néglige le vote de millions d’Américains. « Cette tentative de coup de force de Donald Trump prouve qu’il s’est conduit comme n’importe quel président autoritaire. Un comportement irresponsable et pas digne de la fonction »3 écrit Alexandra Schwartzbrod : l’épilogue de quatre années passées à piétiner le décorum et à bafouer les normes de la présidence, insultant, mentant et geignant à tour de bras et de tweets… Le scénario de l’élection volée que veut imposer Donald Trump à son électorat cache bien une stratégie : quel est son objectif ?

L’option de la guérilla judiciaire retenue par Trump est sans précédent dans l’histoire politique américaine « Pour certains, le milliardaire républicain n’est ni plus, ni moins qu’en train de fomenter un attentat contre l’institution démocratique américaine »4. Alors, que cherche à faire Trump ? Pour les partisans de la théorie du coup d’État, l’ex-magnat des affaires a jeté le masque et suit désormais « sans complexe une stratégie d’autocrate ». Selon un scénario encore plus catastrophiste, Trump œuvrerait à une prise de contrôle souterraine du collège électoral, l’organe rassemblant les grands électeurs chargés de désigner le 14 décembre le président. Le territoire de la Géorgie est devenu ainsi un véritable enjeu pour les deux camps, avec deux sièges à conquérir encore pour les démocrates afin d’atteindre une égalité avec les républicains. Les chiffres de cette élection parlent d’eux-mêmes : si le 46 e président de l’Union, Joe Biden, a comptabilisé plus de 74 millions de voix, un record, le président sortant, lui, 70 millions, soit plus que Barack Obama lors de son élection en 2008 (notons que les Américains votaient aussi le 3 novembre pour le renouvellement du Congrès, du Sénat et de la Chambre des représentants). Est-ce à dire que le trumpisme a vaincu ?

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NB

« On a trop voulu croire que Trump était un accident de l’histoire. L’électorat américain n’est plus lisible ; parce que ce qu’est capable d’insuffler Donald trump n’est pas suffisamment analysé », estime Sylvie Laurent5, historienne et maître de conférences à Sciences-po et chercheuse associée à Harvard et Stanford. « Trump est un candidat tribal, poursuit-elle, qui vient faire rempart à ce sentiment d’insécurité et de dépossession dont souffre une partie de l’électorat américain. » Le vote Trump est un phénomène qui nous échappe ; s’il n’a pas gagné, le trumpisme, si. Après tout, rien ne peut empêcher Trump de prétendre que les élections sont truquées ; le problème est de ne pas en fournir les preuves « Mais que peuvent les faits quand les croyances dévorent les esprits ? Rien. Imagine-t-on Donald Trump quitter sagement le Bureau ovale, après avoir félicité son adversaire et sans rage, ni fureur, filer golfer à Mar-a-Lago ? Jusqu’ici, c’est toujours lui qui a viré les autres. Cette élection de 2020 prend des airs de crash-test pour les institutions américaines. Après quatre ans de tweets psychédéliques en lettres capitales, la réconciliation des Américains reste très hypothétique », note Florence Chédotal6.

À moins que l’ex-magnat ne fasse un tour par la case prison ?

1 Dominique Diogon, La Montagne, dimanche 8 novembre. 2 Libération, jeudi 5 novembre. 3 Libération, jeudi 5 novembre. 4 La Montagne, samedi 14 novembre. 5 Libération, samedi 7 novembre. 6 La Montagne, samedi 7 novembre.

– la trousse corrézienne n °34 – 19

11/12/2020 16:08

hélène chastagner-rebeyrotte

Du papier, des crayons, pas de pubards.

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