
Paroles , marie-laure petit et philippe van assche
Robert Boyer écrit dans le Monde diplomatique de novembre 2020 « La vie humaine, qui semblait, n’avoir aucun prix, a un coût. Tourisme, restauration, transport aérien, spectacle : des secteurs entiers sont proches de la faillite, et leurs organisations professionnelles demandent un retour à une activité plus soutenue. » Voici pour les secteurs perdants. On pense aussi, bien évidemment, aux commerces de ville, qui marquent la sociabilité des espaces urbains. Nous avons en mémoire les arrêtés municipaux pris début novembre autorisant leurs ouvertures en raison d’une rupture d’égalité avec les grandes surfaces et la vente en ligne. Les maires revendicatifs se sont vite faits recadrer par l’État. Les arrêtés se sont arrêtés, les commerces sont restés fermés. Alors, qui sont les gagnants ?
Qu’avez vous fait, vous, pendant ces deux longs mois printaniers et ce mois automnal ? Lecteurs de La Trousse, peut-être ne vous êtes vous pas précipités sur les commandes en ligne de tout poil. Quoique. Mais, nous avons chacun et chacune, télétravaillé, réunionné, enseigné, nous nous sommes détendus avec quelques visionnages, nous avons utilisé des plateformes d’échange. Si Skype, s’est vu largement concurrencé par Zoom, il n’en reste pas moins que nous avons socialisé à distance. Ce qu’analyse Robert Boyer1 : « le Covid-19 a accéléré deux des tendances observées depuis la décennie 2010. La première a trait au capitalisme de plate-forme […] Avec la crise sanitaire, il a montré sa puissance en maintenant l’activité du commerce électronique, en facilitant travail et enseignement à distance, en explorant des voies d’avenir ouvertes dans de nouveaux secteurs […] » Bref, les fameux GAFAM, se sont gavés, comme on dit. « S’il n’y avait qu’un seul chiffre à retenir, c’est celui-ci : 7 300 milliards de dollars (soit 6 160 milliards d’euros). C’est la capitalisation boursière cumulée, Jeudi 5 Novembre, de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. C’est autant que l’ensemble des entreprises cotées de la zone euro et 20 % de toutes celles qui le sont aux États-Unis », note Philippe Escande dans Le Monde du 7 novembre. Les GAFAM ont vu leur chiffre d’affaires exploser sur les neuf premiers mois de l’année : +35 %2 pour Amazon, l’équivalent de Noël au printemps, note le journal La Croix. Le dernier rapport d’Oxfam « Covid-19, les profits de la crise » image ainsi ces données : « Jeff Bezos pourrait, avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime de 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10 000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus. » Ces entreprises de plateformes, occidentales ou non (comme le chinois Alibaba par exemple) sortent renforcées de la crise sanitaire actuelle, avec un pouvoir grandissant sur les États, les secteurs de la santé et de l’éducation en particulier. L’article de Slate3 est particulièrement éclairant en la matière.
hélène chastagner rebeyrotte





