
Fin août, l’écosocialisme rassemble cent-cinquante personnes dans la salle Latreille de Tulle. Pas mal par ces temps de distanciation, mais où étaient donc les absents ?
Un sujet apparemment le moins clivant qui soit et une Corrèze qui accumule les projets et réalisations accélérant la venue du désastre climatique planétaire. De nombreuses associations s’y opposent. Quand Daniel Tanuro1 vient défendre des solutions écosocialistes, la quasi totalité des associations concernées et des syndicats2, invités à témoigner et échanger, sont absents. Rappel de quelques dossiers qui auraient utilement alimenté le débat et les perspectives.
Pneus, pellets, veaux et pommes
La palme revient aux édiles de Bugeat-Viam et alentours. C’était il y a quelques années, un chasseur de primes inventif3 promet de recycler les montagnes de pneus générés par la folie voiturière. Une fois les généreuses subventions engrangées, le ruffian s’envole en laissant la montagne.
Pas rancunières, les collectivités remettent le couvert. Sous prétexte d’utiliser les andins de souches de Douglas, le sulfureux Gaudriot les convainc de produire des pellets de bois torréfiés, au mépris de la plus élémentaire logique économique et environnementale ; on pourra utiliser la gare à bois de Bugeat-Viam, cette belle réalisation chiraquienne qui n’a jamais servi.
La préfecture emboîte le pas des élus locaux. Il faudra une mobilisation militante et juridique pour découvrir ce qu’un enfant de dix ans peut trouver sur internet : le porteur de projet est une planche pourrie connue de longue date. Le décret d’autorisation est annulé ; aucune autocritique institutionnelle.
Pendant ce temps, grâce à une intervention de dernière minute de notre ex-président, les engraisseurs de veaux sont autorisés à atteindre le seuil de rentabilité de huit-cents têtes. Il est vrai que le veau limousin part à la rencontre des seringues des Mama italiennes… Ça fait désordre. Un seul acheteur, la centrale d’achat d’Intermarché, fixe ses prix. On souhaite bonne chance à ce groupement d’éleveurs, naïfs ?
Et nos pommes Golden continuent d’absorber de quinze à trente fois par an leur Monsanto ou équivalent. Quand la Russie qui achète 40 % des récoltes décrète l’embargo, Andros est là pour récupérer à prix cassés la surproduction. Bonne Maman s’occupe bien de ses enfants.
Tomates, volailles, méthaniseurs, éoliennes et bitume
Au tour de la tomate. Égletons déjà célèbre pour son élevage moyenâgeux de papes, offre vingt hectares agricoles pour élever cette fois des
4 – la trousse corrézienne n °32
tomates hors-sol4. Dès la première année, quand la surproduction ou la maladie surviennent, on jette à même la terre5.
Peut-être jaloux de l’éleveur breton Yvon Jumel qui veut passer à 190 000 poulets en batterie6, la Chambre d’agriculture corrézienne et le Département, qui soutiennent la mise en place d’élevages de volailles (voir Contrat de Transition Écologique du Département) doivent se réjouir de voir l’installation sous hangar de 20 000 volatiles pondeurs près d’Argentat.
Il ne manquait plus que les méthaniseurs industriels, de valorisation gazière des lisiers et autres déjections animales. À l’échelle industrielle, c’est une hérésie : importation de paille, rejets incontrôlés7. Le Conseil départemental de la Corrèze dans sa délibération de juillet-août 2018 a mis les gaz ; Varetz, Allassac, les projets sortent de terre. La Chambre d’agriculture pavoise.
Parlons aussi de ces champs d’éoliennes qui tentent de coloniser le Plateau ou encore de la nouvelle déviation de Malemort. Après le bétonnage des centaines d’hectares d’excellente terres maraîchères8 pour installer
cette vrai-fausse-bonne
la zone commerciale, le prestataire Eurovia va achever de stériliser une des plaines les plus fertiles de la Corrèze.
Cette dévastation sans limite, au profit du capitalisme industriel et agricole que nos élus, toutes tendances confondues, encouragent, ce n’est certainement pas chacun dans son coin qu’on arrivera à y mettre fin.
1 Voir entretien dans LTC N°31. 2 On attendait aussi les salariés de Borg Warner, en pleine réflexion sur les avenirs possibles du site d’Eyrein. idée 3 Le fameux « Limousin environnement 2000 ». 4 Dossier dans LTC N° 27. 5 Photo dans LTC N°31. 6 https://bit.ly/2GjRpYp. 7 Quarante communes du Finistère ont été privées d’eau suite à un accident de méthaniseur en août dernier. 8 Qui se souvient de ses magnif iques champs de petits pois ?
GL






