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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 28 · 13 mars 2020

Saint-Geniez-ô-Merle, pauvre réalité

6 novembre 2019, réunion du conseil communautaire de la communauté de communes Xaintrie-Val’-Dordogne (XV’D) en présence d’une vingtaine d’habitants silencieux et attentifs comme de droit. L’achat par XV’D d’une parcelle située sur la commune de Saint-Geniez-Ô-Merle est votée par trente sept voix pour, deux contre et trois abstentions. Achat nécessaire à l’installation d’une antenne de téléphonie de quarante cinq mètres inscrite par le Département dans le programme national 2016 « 1300 sites stratégiques ». Antenne à laquelle s’oppose vivement des habitants du territoire (voir LTC n°27).

Le site des Tours de Merle est « un site touristique majeur de la Corréze […] avec près de 20 000 visiteurs en 2019, les Tours de Merle ont vu leur fréquentation augmenter de près de 30 % en l’espace de cinq ans […] atout incontestable pour l’attractivité de Xaintrie-Val’-Dordogne. » La gestion du site a été pris par XV’D à la place de la commune de St-Geniez-Ô-Merle, en septembre 2019. L’antenne « est un cadeau pour notre territoire. »(1) Le 16 janvier 2020, l’antenne est montée, pour le moment non équipée.

Pourquoi cette antenne ? La sécurité ? Mais le numéro 112 (urgence en cas de zone blanche) fonctionne. Alors, quel est l’objectif d’intérêt général qui préside à cette réalisation liée explicitement au site ? Pourquoi avons nous besoin de téléphonie en 2019 aux Tours de Merle, principalement de la 4G, alors même que la fibre déboule et que dans son magazine d’informations de décembre 2018, XV’D notait que cela améliorerait sans grands travaux de la part des opérateurs la réception des portables ?

Le 17 octobre 2019, dans le quotidien La Montagne, le Président de XV’D explique que « ce pylône va permettre une progression de l’offre touristique » et cite la « réalité augmentée. »(2) L’objectif est de développer la fréquentation. Comment ? En permettant au visiteur via une application ou un équipement appartenant à la structure d’accéder à des informations complémentaires comme la visualisation d’images historiques. Le visiteur se balade avec son portable ou avec une tablette qu’il pointe là où la « réalité a été augmentée » et hop, il a les informations complémentaires (images imaginées d’avant, vidéos, informations…). Le site de Tintignac est ainsi équipé. Tout le monde sait que c’est attractif. Mais, je pense à Madame Saule, de Corrèze Tourisme, qui lors d’un comité de pilotage de la Réserve départementale de biodiversité d’Argentat-sur-Dordogne, émettait des réserves quand la solution numérique oblige le visiteur à télécharger au départ de sa visite une application. J’imagine les visiteurs, les uns derrière les autres, en pleine nature, smartphone en l’air pour augmenter la réalité nue, visible, sensible, alors même qu’on se plaint du temps passé sur écran, et qu’on invente des journées sans. Et, en plus, combien coûtera ce truc ? Moins ou davantage que le futur son et lumière très attractif aussi, quoique beaucoup moins pour les chauve-souris.

Dans mes recherches, je suis tombée sur une foultitude d’entreprises qui proposent de réaliser votre projet de« réalité augmentée ». Qui se donne ainsi le droit d’augmenter notre réalité en nous racontant une histoire passée. N’est-ce pas en définitive une réalité diminuée, l’outil fermant la voie de son propre imaginaire, de sa curiosité, du questionnement à un guide, des relations sans outil interposé et ouvrant celle d’une réalité unique, imposée dans le paysage même ?

Il existe des cadeaux empoisonnés qu’on prend et qui nous guident ensuite vers une forme de tourisme et de territoire. Ne peut-on vraiment pas faire autre chose dans ce site ? En s’appuyant sur ses atouts ? Apprendre enfin à ressentir, sans média ? L’intérêt général et la gestion du bien commun, n’est-ce pas penser et préserver la qualité des vrais paysages, des vrais arbres, des vrais vestiges, des vrais chemins ? Juste parce que c’est vivant comme nous, que cela est rare, et que c’est notre richesse.

Le 6 novembre 2019 aussi, l’association de sauvegarde Merle & Maronne est créée par des citoyens pas contents du tout de la façon dont s’est installée cette antenne dont ils dénoncent l’inutilité et la nocivité.

1 Compte-rendu conseil communautaire du 18/09/2019

2 La Montagne du 17/10/2019

Marie-Laure Petit

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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