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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 28 · 13 mars 2020

Step by step : le caca, affaire publique à Vigeois

Step by step : le caca, affaire publique à Vigeois

La station d’épuration (STEP) de Vigeois peut être fière : c’est la seule de Corrèze à être équipée d’un système à « disques biologiques ». Ça fonctionne comment une station d’épuration à disques biologiques ? Explication avec le maire, Jean-Paul Comby. La visite commence à l’entrée de la parcelle nichée entre la gare SNCF et la rivière. Cette nouvelle station, à laquelle sont raccordés environ quatre-cent-cinquante habitants sur les mille-deux-cent de la commune, tourne depuis 2013. La parcelle près de la voie ferrée était la seule disponible pour faire l’installation et comme elle est plutôt petite, il a fallu trouver un modèle compact. Le système à disques a été choisi non seulement parce qu’il prend peu de place, mais aussi parce qu’il pouvait être géré directement en régie municipale. Depuis la mise en route, l’entreprise installatrice, MSE, est intervenue une seule fois, pour remplacer les filtres. Pour le reste, ce sont les techniciens de la commune qui se chargent de l’entretien.

À l’entrée, un grand panneau résume les différentes phases du traitement : autant d’épreuves que l’eau, déjà usée par sa traversée du village, devra encore surmonter, avant d’être considérée comme assez propre pour rejoindre la Vézère en contrebas. Étonnement : de l’extérieur cette station ne sent presque pas mauvais. C’est en ouvrant le local du dégrilleur que le fumet des eaux usées assaille le nez, une odeur forte et bizarre, écœurante, organique et chlorée à la fois. Mélange de lessive et d’excréments, en somme. Au niveau des disques, ça sent déjà beaucoup moins. Et dans les bassins, quasiment plus rien. C’est donc que ça travaille là-dedans…

Dans le local technique, un écran de contrôle tactile permet de gérer l’alimentation électrique des différents éléments. Commençons donc à suivre le chemin de l’eau : un exercice pratique de pompes et de tuyaux… Ça commence par un bassin de 55 m3, qui récupère les eaux d’égout et sert tant bien que mal de « tampon » en cas d’orage. Puis intervient le dégrilleur. Equipé d’une pompe puissante, il permet le filtrage des déchets solides (lingettes, serviettes, mais aussi bien d’autres choses, comme de la litière pour chat !) qui sont compactés et rejetés vers une poubelle. C’est ainsi cent-vingt litres qui partent de là chaque semaine en déchetterie car, malheur, les toilettes à chasse d’eau sont souvent considérées comme un genre de vide ordure.

L’eau, très brune à ce stade, rejoint ensuite les disques chargés de digérer la matière organique qu’elle contient (excréments, papier toilette, jus de vaisselle et de douche…). Les disques, c’est un genre de goupillon géant de trois mètres de diamètre, inséré dans une série de bassins fermés. Un long bras rotatif entouré d’un feuilletage métallique. Sur les disques s’étalent des boules gluantes et brunes de formes diverses, où habitent ces communautés de bactéries qui font ce qu’elles peuvent pour manger tout notre caca. Là, comme l’explique le maire, « il faut que ce soit sale pour que ça travaille ». Sur les parois s’alignent aussi de petits escargots d’eau à la coquille en cône. La couleur des disques s’éclaircit peu à peu pour arriver au beige dans le dernier compartiment, avant le filtre de sortie.

Le filtre enlève de l’eau ce qui n’a pas été digéré encore : les particules supérieures à 20 micromètres de diamètre sont collectées dans un puits à boue et envoyées vers les bassins plantés où elles continueront leur vie. De son côté, l’eau « propre »(1 Elle contient encore de l’azote, du phosphore et de nombreux produits chimiques face auxquels les petites stations d’épuration rurales sont tout à fait impuissantes.) part vers le poste de sortie où son volume est comptabilisé. Et hop, à la rivière. Le surplus d’eau récupéré dans le puits à boue est renvoyé en début de circuit, sur les disques. Et voilà le travail. Un système plutôt performant pour sa taille mais qui n’a pas bien sûr, le pouvoir magique de rendre à l’eau un état virginal…

Elle contient encore de l’azote, du phosphore et de nombreux produits chimiques face auxquels les petites stations d’épuration rurales sont tout à fait impuissantes.

Marine Legrand

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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