
Christophe Rastoll, l’un des piliers du collectif corrézien Nous voulons des coquelicots, se demande comment une commune peut encourager ses agriculteurs à renoncer progressivement aux pesticides. Il est, laisse-t-il entendre, plus sensible au dialogue et à la persuasion qu’à l’interdiction et à la sanction.
C’est, à la veille des élections municipales, par le dialogue et l’argumentation que des membres de ce collectif ont voulu sensibiliser des conseils municipaux corréziens aux dangers des pesticides employés en agriculture. Mais pas de méprise. Le collectif l’affirme dans sa lettre aux maires : « Il ne s’agit pas de montrer du doigt ou de condamner qui que ce soit. » Allons, pas même les industriels de la chimie à l’origine de ces produits délétères ? (Ne pas lire « Déméter » !) Si, tout de même, et de condamner l’attitude de l’État qui « oublie qu’il n’est pas au service de l’industrie et de l’intérêt privé ». En tout cas, « le mouvement des coquelicots tend une main fraternelle aux paysans », pouvons-nous lire dans la déclaration « Nous voulons des paysans ». Mais cette main tendue ne s’adresse pas à leur syndicat majoritaire, dont les défenseurs des papavéracées s’inquiètent du climat de tension que ses responsables entretiennent : ils (les responsables de la FNSEA (1) « tentent de masquer leur responsabilité dans la situation d’aujourd’hui », situation qui se caractérise par l’élimination continue des paysans, la destruction de la biodiversité et les menaces sur la santé humaine.
Depuis un an et demi, en toute saison, un peu partout en France, fleurissent chaque mois des coquelicots. En Corrèze, à Brive, à Tulle, à Argentat, à Meymac et en d’autres localités, on a vu des calicots-coquelicots, des caracos-coquelicots et autres déco-coquelicots. Fort de plus d’un million de signatures recueillies en France, le collectif Nous voulons des coquelicots poursuit sans relâche sa campagne citoyenne pour l’élimination des pesticides en agriculture.
Certains maires ont volontiers accueilli des représentants du collectif en ouverture de leurs dernières séances de conseil pour leur permettre de plaider la cause de la biodiversité auprès des élus : Jean-Louis Lascaux à Voutezac, Bernard Combes à Tulle ou encore Jean-Claude Leygnac à Argentat où cette plaidoirie a manifestement été appréciée des conseillers qui ont au passage signé en nombre l’Appel des coquelicots. D’autres maires, cependant, n’ont pas autorisé de prise de parole devant leur conseil. Pas de vagues pour ne pas se mouiller si près des élections pour Nicole Poulverel à Voutezac, Pascal Fouché à Cornil, Jean-Pierre Decaie à Lubersac, Philippe Brugère à Meymac. À Arnac-Pompadour, Alain Tisseuil a même prétexté l’interdiction de toute propagande électorale faite aux maires par la loi. Une lecture bien commode de ladite loi ! Tout espoir demeure puisque ces édiles se sont toutefois engagés à ouvrir les portes de leur salle de conseil… s’ils sont réélus, cela s’entend (J.-P. Decaie ne se représente pas). À l’heure où ces lignes sont écrites, on déplore encore le silence de Marc Géraudie à Seilhac et de Daniel Ringenbach à Lagarde Marc-la-Tour.
Et après les élections ? Les coquelicots entendent bien cultiver ce dialogue avec élus et paysans sans animosité… et sans pesticides. Nous aussi, nous voulons des coquelicots parce que nous voulons des paysans et vice versa. Et des élus qui s’engagent. Pigé ?
Note 1 : Fédération nationale des exploitants agricoles
Didier Bertholy




