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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 28 · 13 mars 2020

Retraite corrézienne

Retraite corrézienne

Je pars, ai-je décidé durant l’année scolaire 2015/2016. Non pas que les élèves me pesaient, j’avais la chance d’enseigner en BTS « Gestion et Protection de la Nature » à Neuvic (19), et comme profil de classe, c’est royal. Mais, la complexification ubuesque de l’institution, là oui, ras le bol. Un calcul me prévoyait davantage que les 1 209€ de retraite moyenne brute pour les femmes partant en 2017¹ (oui vous lisez bien 1209€ brut!). J’ai connu le passage de la retraite à 60ans en 1981, puis les remontées de l’âge de départ par la loi et le jeu des pénalités pour défaut de trimestres. Je n’avais pas tous les trimestres, comme beaucoup, tant pis. Au 1er janvier 2017, avec un bras d’honneur à tous ceux qui m’engageaient à culpabiliser d’abandonner ainsi l’année scolaire, je suis restée en vacances. Fatiguée des mesquineries administratives, des injonctions et cris de certain(e)s supérieur(e)s hiérarchiques, j’ai tiré la langue à l’emploi, et suis partie m’activer comme bénévole associative, dans des groupes organisés ou non mais avec affinités, et comme grand-mère. Et toc.

Le mot retraite sonnait non pas comme une défaite, mais comme une reculade raisonnable (et possible !) devant la broyeuse d’en face. Mieux valait s’en détourner.

J’étais attendue : le vieux, ou la vieille, qui a bon œil et bonnes jambes est recherché dans notre département rural, où les associations s’activent dans les villes et villages, brassant culture, sports, caritatif, nature, politique, défense des droits et même journal. Les emplois salariés associatifs représentaient 10,6 % des emplois salariés du privé, dans notre département en 2018/2019, soit 6 435 emplois², pas mal non ? Un secteur associatif pour lequel l’engagement bénévole est incontournable et exigeant en présence. Parfait : le retraité a du temps. Le tout gracieusement ma brave dame. Et aussi, souvent, sans demande de remboursements kilométriques et autres fariboles puisqu’on a des ressources … confortables, et que cela évite des écritures comptables. On fait même des dons.

Je décide de ma propre exploitation en me répétant que je peux toujours dire non, même si je n’y arrive pas. Je m’agite, je compte et gère, avec ma petite compétence de savoir faire des comptes ET de savoir les analyser, je me mêle de ce qui me regarde au sein d’associations de « défense des droits ». Je ris car cela agace nos élus territoriaux qui préfèrent l’administré à l’habitant curieux et regardant. Je m’amuse et me fatigue. Parce que si l’associatif permet de se prélasser dans ce qui fonde la richesse de l’espèce humaine, le collectif (supprimez-le, l’espèce humaine meure), eh bien ce collectif, comme on le sait, ce n’est pas parce qu’il est nécessaire qu’il est simple, surtout si on tente d’enlever la gestion verticale. En sus l’absurdité d’Ubu a débarqué sur ce terrain depuis un moment et les vieux bénévoles ont du apprendre à créer et se promener dans leurs espaces associatifs plein de pièges.

Je ne suis pas la seule à travailler ainsi sans emploi. Et cela me met en colère d’entendre les sphères hautes expliquer ce que coûte le retraité, et s’en tenir à ce simple constat. Cela me met en colère qu’on place ce temps humain bénévole consacré à de l’humain dans une case loisirs. Étrange comme sans emploi, pas de travail au sens de labeur.

Ce temps « de loisirs » ne durera pas : il va évoluer nécessairement avec l’état de la santé, même s’il contribue à nous maintenir en alerte. Et, ce bénévolat associatif risque de prendre une claque avec cette folle réforme qui nivelle tout par le bas et confond espérance de vie et vie en bonne santé, sans envisager d’autres effets que les effets comptables. Quand évaluera-t-on vraiment la valeur du « non-marchand » ?

¹ : Data DRESS, études et statistiques, http://www.data.drees.sante.gouv.fr/ReportFolders/reportFolders.aspx

² : https://www.associations.gouv.fr/IMG/pdf/essentiel_vie_asso_19.pdf

En ces temps-là

Peut-être se souvient-il de ces temps anciens où le travailleur savait l’âge auquel il aurait fini de purger sa peine. Notre président maître-des-horloges voudrait désormais faire à son gré.

En ces temps là, les règles du jeu semblaient fixées pour l’éternité. En tout cas, pour l’éternité d’une vie humaine. C’était bien un peu ennuyeux, sans grande surprise, mais celles et ceux qui le voulaient, pouvaient se projeter dans l’avenir.

C’est ainsi que dans les années 90, je fis la connaissance d’un cousin éloigné, habitant en Corrèze et moi en région parisienne. Il s’appelle Léon. À 80 ans, cet homme vigoureux cultivait son jardin et élèvait ses volailles depuis bientôt 30 ans.

Après un apprentissage sur ses terres natales, Léon passe à 18 ans le concours de conducteur de métro à la RATP(* doit-on donner la signification?). Il quitte Chamboulive et s’installe à Paris, sans même un coup de pouce ; en ce temps là les présidents n’étaient pas corréziens. Il suffisait d’avoir un pays traminot (*qu’est-ce?)pour connaître les règles du jeu-concours.

Léon est beau garçon. Il ne tarde pas à trouver l’âme sœur, une Lorraine, sans sabots, une première dans l’histoire de Chamboulive. Ils emménagent dans un deux pièces modeste rue Saint Sabin dans le 11ième. Ils acquièrent un petit terrain en banlieue proche. Chaque semaine, ils vont cultiver leurs légumes pour ne pas perdre la main et mettre des épinards dans le beurre.

Trente-deux ans plus tard, Léon a 50 ans. Le lendemain de son départ en retraite, ils remplissent la 4L(*j’ai un doute sur l’emploi de l’italique ici) avec Gaby(*la Lorraine? Peut-être donner son prénom avt? Ou dire, sa femme, Gaby) et quelques heures plus tard la déchargent dans leur maison de Chamboulive. Tout était prévu. Les économies sur le salaire plus un petit prêt remboursé l’année précédente ont permis de faire construire le pavillon sur 3000 m2 de terrain. C’est parti pour 30 ans de retraite au pays.

Moins de 20 ans plus tard, étant moi même devenu corrézien d’adoption, j’y rencontre Jean-Paul. Ancien parisien. Il a commencé à travailler à 18 ans pour financer ses études. Il ne passera pas sa vie professionnelle sous terre(*ds le métro comme Léon? Phrases très courtes, qui donnent un rythme saccadé pas très agréable). Naturellement(*ah bon? Pourquoi? Car il n’est pas à la RATP? Le préciser), il doit contribuer plus longtemps à la caisse commune de retraite par répartition ; soixante ans au lieu de cinquante.

Il a maintenant 54 ans. Comme pour respecter le taux d’emploi des seniors, son entreprise profite d’un déménagement pour lui (*il manque la fin de la phrase). Restent six ans à faire. Pas question de retrouver un boulot équivalent, « trop qualifié » disent-ils, c’est à dire un peu cher et peut-être pas assez malléable, pour cause d’artères durcies certainement.

Il cède aux sirènes de la création d’entreprise. Il se laisse tenter par la création d’entreprise : Une entreprise d’insertion, pour donner du sens,(ou user de tirets), qui propose des travaux forestiers raisonnés et maraichers, pour l’écologie. Pour les seniors licenciés créateurs d’entreprise les indemnités chômage courent sur trois ans sans être harcelé (*bon c’est la vérité certes ms mon avis c’est quand même préciser: pas de rdv, de comptes à rendre? Et pourquoi l’écrire là alors qu’on est entre la création d’entreprise et l’accident) .

Un accident invalidant plus tard, qui l’immobilise pendant un an, c’est la fin de l’expérience. Il reste huit trimestres à trouver. Ce sera comme jardinier dans une association.

Seulement, entre temps, la loi a augmenté le nombre de trimestres, 62 ans au lieu de 60. Merci Sarkozy-Hollande. Le contrat d’insertion de deux ans se termine. Il faudra pointer pendant deux ans à pôle emploi pour 500€ mensuels.

J’allais oublier. Les 25 meilleures années ont aussi remplacé les 10 meilleures dans le calcul des pensions. Entre les jobs étudiants, quelques accidents de parcours et les huit dernières années, la pension escomptée a baissé. C’est pas encore Germinal, mais « on avance, on avance »(*citer auteurs).

En 20 ans, la situation s’est nettement dégradée. Transposez maintenant ces deux exemples du vieux monde dans le nouveau monde de notre horloger-président : pour le premier ce sera 10 ans de plus sous terre avec les années de vie en moins à la clé, pour le deuxième, 10 ans de RSA(*préciser) : universel et équitable.

Marie-Laure Petit

En ces temps-là

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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